La vendange dans la peau

Il est des lendemains plus difficiles que d'autres. Il y a trois ans, on ne se lassait pas de revoir la frappe arachnophobe d'Iniesta, synonyme d'autoroute pour la finale de Rome. Ce matin, on ne peut croire à un tel gâchis, dans lequel, au cours de 180 minutes, quatre frappes sont venues heurter les bois de Cech et les espoirs de doublé dans le camp blaugrana. Le scenario paraissait pourtant bien ficelé.

Les défaites du match aller et du Clasico avaient montré les limites d'un Barça à bout de souffle et manquant parfois de créativité devant un adversaire cul-serré, et les Pep Boys se devaient de s'imposer par deux buts d'écart face au club aussi perfide que l'Albion qui l'héberge.

 

Pour pouvoir entrer Munich dans son GPS, Pep avait misé une fois de plus sur son étrange 3-4-3, solution perdante samedi face au rival blanc. La surprise venait de la titularisation de Cuenca en lieu et place d'un Dani Alves qui sait mettre de l'animation sur le côté droit, à l'instar de Marine. On retrouvait VV dans les cages, Piqué-Puyol-Masche pour trident défensif, Busi-Xavi-Iniesta-Cesc au milieu et une attaque Alexis-Messi-Cuenca.

 

En face, Di Matteo avait potassé l'ouvrage western-spaghetti Mourinho 2010 « Comment vaincre le Barça ? Volume 1». La recette était claire, dresser des barbelés dans la prairie pour interdire l'entrée du saloon aux pistoleros catalans. (Blograna vous épargne donc la formule "Chelsea avait garé son bus dans la surface", que vous pourrez retrouver dans environs 254 médias et profils Facebook, dans tous les bons kiosques numériques).

La vengeance étant un plat à manger froid, les loubards Blues, qui n'est pas un groupe de rock des 80's (malgré leur leader au look marginal, Raul Meireles, dont le coiffeur vient de rentrer en prison, son tatoueur venant d'en être libéré) , avait eu le temps de ruminer le scénario du match de 2009.  Celui d'hier, d'une dramaturgie Hitchcocko-Racinienne, aura fait profiter les supporters des deux camps  d'un tour de montagnes russes émotionnelles, avec dénouement d'une létale cruauté.

Si on est loin de la navrante mièvrerie sur 190 pages étalée par Paolo Coelho, il faut reconnaître à Di Matteo des dons pour l'Alchimie, avec cette cuvée Chelsea 2012, il est en train de transformer le plomb en or.

 

La première mi-temps avait décidé l'éradication du défenseur central. Cahill, victime d'une danse raï de Faudel, et Piqué, souffre-douler d'une collision rugbystique avec VV, quittaient rapidement la pelouse, bientôt rejoints par Terry, brillant dans la maturité et le contrôle de soi, dans un registre de bêtise que l'on croyait réservé à Pepe, le poinçonneur de tibias. A 30 mètres du ballon, JT26 éclate Alexis d'un grand taquet par derrière, qui rapellera des choses à Wayne Bridge, et à sa femme, selon le point de vue que l'on choisit.

Monsieur Ben Rajeb expulse l'anglais et la charnière de Chelsea se retrouve démunie de ses deux membres, comme un soldat qui se aurait été flâner trop près d'une mine anti-personnel. Improbable de stupidité, le geste de Terry est surtout suicidaire pour son équipe, qui va permettre au Barça de jouer à 11 contre 10 pendant près d'une heure.

Dans le jeu, les occasions ratées par Messi, sur une ouverture d'Alexis et un talonnade ingénieuse de Cesc, excitent les rythmes cardiaques culés jusqu'à la limite du défibrilateur. Les pouls reviennent à la normale sur l'ouverture du score de Busi, à la réception d'un centre à ras de terre de Cuenca.  

La joie du Camp Nou atteint son climax peu après. Messi profite des dribbles chaloupés et du décalage d'Alexis pour servir Iniesta qui conclut d'un plat du pied TitiHenryesque. Malheureusement, l'acte I se finit par un rebondissement inattendu. Sur une ouverture de Lampard, maître du duel face à Mascherano, Ramires crucifie VV d'un lob somptueux. Sur cette ouverture, le petit brasilou se retrouve seul dans la zone laissée vacante par Piqué, parti à l'hôpital en mode Jason Bourne retrouver le souvenir de sa soirée. Ascenseur émotionnel. On pourra regretter la mauvaise gestion des Blaugrana qui auraient dû se contenter de l'avantage de deux buts à la pause et laisser les londoniens se morfondre dans les vestiaires. Au lieu de cela, ils offrent un dénouement du premier acte que les publicitaires et TF1 ne peuvent que remercier.

L'acte II commence par un nouvel évènement dramatique. Après une énorme occasion d'Iniesta aux 6m, Didier Drogba accroche Cesc dans la surface d'un tacle maladroit. La décision peut prêter à palabres, mais le coup de sifflet de M. Ben Rajeb aura moins de conséquences sur son quotidien que celui de M. Ovrebo, retiré dans un couvent luthérien de Trondheim depuis sa prestation de 2009. C'est donc Messi qui hérite de l'occasion d'enfoncer Chelsea dans ses chaussettes. Course d'élan hésitante et frappe approximative, D10S échoue et relance du même coup la hargne défensive bleue. La Pulga remet par là même la course au Ballon d'Or  sur le tapis, perd peut-être son duel face à CR7 et la possibilité d'un record de quatre trophées consécutifs.

 

Du théâtre joué depuis le début de la rencontre, le Camp Nou se mue alors en cathédrale et on entend , sous les commentaires exécrables (habituels?) de CJP, le silence des socios, vissés sur leur siège en attendant le miracle. Faudel croie bien jouer les Bruce Willis mais son but libérateur est anéanti par un lever de drapeau, avant que Messi ne viennent encore s'empaler sur le poteau.

Le prodige sera finalement britannique, el Niño Torres venant rappeler dans son pays qu'il est dispo en juin.

 

Les trois coups de sifflet marquent alors la fin de tout espoir barcelonais de finir la saison en beauté. Il n'y aura donc pour se réjouir que la finale de la Copa del Rey, seule bribe que le FCB avait laissé au rival merengue l'an passé. On peine à croire que l'équipe qui était sur le toit du monde en 2011 ne finisse la saison avec peu ou prou de palmarès.

Surtout, après la Liga et la Champions, le barcelonisme craint aujourd'hui de perdre encore plus lourd dans les jours qui viennent en la personne de Pep Guardiola. Réponse sous peu.

 

Après deux matches d'une domination et d'une supériorité dans le jeu rarement vus en demi-finale de Ligue des Champions (elle est pour toi celle-là, Christian Jeanpierre), le Barça s'est procuré une grosse douzaine d'occasions pantagruéliques, contre trois seulement pour les Blues, à chaque fois dans les arrêts de jeu. On peut se demander s'il est plus grave d'avoir autant vendangé en attaque où d'avoir été aussi friable derrière. Particulièrement malchanceux, les hommes de Guardiola, à 2-0 et à 11 contre 10 à la 43ème mardi, n'avaient pas le droit de ne pas voir l'Allianz Arena le 19 mai.

 

On peut parler de fin de règne, mais il est un peu tôt pour parler de fin de cycle. Il faut surtout réaliser aujourd'hui combien la moisson de 12 titres sur 16 possibles ces dernières saisons est surnaturelle, même pour le Grand Barça. Cette année, on regrettera les petites blessures à répétition ajoutées aux blessures de longue durée de Villa et d'Abidieu. Même si la gestion d'un groupe réduit renforcé par de jeunes canteranos peut prêter à polémique, il ne faut pas oublier que c'est grâce à ce système qu'aujourd'hui le Barça peut débuter une demi-finale de Champions avec 9 joueurs issus de la Masia.

 

Même si le cœur n'y est pas, passons à la notation façon Blograna.

 

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Le Client

Multipliant les dribbles et les appels intelligents, Alexis a été le meilleur Barcelonais, notamment en première mi-temps durant laquelle il aura été roué de coups. Mal placé sur le but de Ramires, Busquets n'était pas loin de la timballe avec son gros match et son ouverture du score.

Même s'il n'est pas blaugrana, difficile de ne pas citer Didier Drogba, encore impressionnant d'abnégation et d'acharnement, qui auraient pu lui valoir cher si Messi avait transformé le pénalty. Il aurait pu aussi marquer le but de l'année sur une frappe du milieu de terrain après une course de 50 mètres.

 

Le Bialès

Très impliqué et buteur en première mi-temps, Iniesta aurait fait parti des joueurs étoilés en cas de qualif'. Auteur de 2 remises géniales qui n'ont pas accouchées de buts, et provocateur du penalty boisé par Leo, Fabregas n'a été que potentiellement décisif, au contraire de Cuenca, auteur d'un assist et de pas grand chose de plus.

Le Casper

Ne signant aucun arrêt, Valdes encaisse les deux seuls tirs cadrés londoniens hier. Même s'il ne peut pas faire grand chose sur les deux buts, on a du mal à voir quand VV nous a sorti un grand match récemment.

 

Le Cagolin

Dur de ne pas offrir la charmante peluche à Leo Messi. Deux actions gâchées en première mi-temps, un pénalty DiBiaggioyen en seconde, D10S a revêtu le costume de Jason Bourne pour le quatrième volet de la trilogie : « La vendange dans la peau ».

 

N'oubliez pas d'aller lire Nando vous expliquer comment le Barça est devenue l'équipe la plus stupide du monde dans l'Académie. On se retrouve dimanche face au Rayo pour un match sans enjeu ni saveur.

A suivre dans les prochains jours sur Blograna.com, guettez l'arrivée de la présentation des académiciens moustachus, Fernando Nandrolonas et Hristo Mario.

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