Un détour au marché

Une saison se termine. Par une logique aussi implacable que cartésienne, une autre va commencer. Une saison pour montrer qui sont les plus forts. Evidemment, ce ne sont plus les Verts depuis 1976 (d’ailleurs ils n’ont même pas fait 3% au premier tour), mais on espère surtout que ce ne seront pas les Blancs de Castille. Bombardé chef d’un restaurant qui a les 3 étoiles du Michelin tatoués au blason, Tito, en toque et tabliers de chauffe, va devoir faire un efficace tour du marché, et nous livrer ses meilleures recettes pour la future carte. En bons commis, on commence à lui tailler les gros dossiers en brunoise…

Toute projection à portée futuristique ayant besoin de contextualisation référentielle, la préparation du Barça 2012/2013 commence forcément par un inventaire des pros and cons de la saison sur laquelle le rideau tombe déjà. Sans entrer dans une exhaustivité de détails au cas par cas que l’on conservera pour des développements visant à occuper le vide médiatique qui s’annonce d’ici à la reprise, un rapide tour de table permet de pointer les soucis de l’exercice qui fleure bon le clap de fin.

Messi-dépendance à la limite de la décence, blessures à répétition et manque de profondeur de banc (vous êtes en droit de faire un lien entre les deux), manque de vitesse dans le repli défensif depuis la mise sous perf’ d’Abidieu, trop de cadres en dessous de leur niveau en fin de saison, systématisation du jeu et déficit créatif au milieu, isolement de Leo dans les défenses dressées au Parpaing BM7 (les fameux…), manque de présence dans la boîte (ce qui n’arrivait pas du temps de Ronnie), trop faible rendement des buteurs n°2 et 3…

Le constat paraît aussi sombre que la turne de Sauron. Peut-être, pour un penalty réussi ou un hors-jeu mieux joué sur quelques matches de la fin avril, le bilan serait différent, sentirait la guimauve et les fleurs des champs. Mais il a bien l’amertume Piconée de l’inachevé, du pouvait-mieux-faire. La liste des problèmes est charnue, mais certainement pas nouvelle. Mais, ces dernières années, ces manques-là sont restés masqués par des trophées, pour un peu plus de maîtrise, de réussite, de grinta. A l'heure des comptes, on relève tout de même 91 points et 114 buts en Liga, une quasi-place en finale de LDC, une Copa, de la qualité de jeu, de grands matches... Tout un tas de pertinentes observations déjà mises en lumière par le père Sylve dans son bilan saisonnier.

 

Le Mercato

 

Jusqu'au premiers jours de Juillet, les centres d'attention de la planète futebol vont se partager entre les vertes pelouses des contrées d'Ukraine et de Pologne, et les âpres négociations autour des transferts divers et variés qui s'annoncent. Si l'Euro risque de scléroser la ferveur du marché, il va surtout, au gré des performances Clientées ou Cagolinesques, influer sur le montant des transactions.

C'est pourquoi les clubs acheteurs, comme le Barça, ont tout intérêt à boucler les dossiers avant qu'un 8 dans L'Equipe ne viennent rajouter 10 M€ sur la facture.

 

Un point rapide sur l'effectif en place ?

Ca ne devrait pas bouger dans les buts, malgré la saison moyenne de VV (on passera sous le silence le cas Pinto), la porteria n'est certainement pas le poste de dépense privilégié.

Derrière, de grosses incertitudes pèsent sur le niveau d'Abidieu à son retour (s'il revient), le match dans le match entre Puyol et le temps qui passe, et enfin les envies d'ailleurs déclarées de Dani Alvès. On l'aura compris, la défense sera le gros chantier, il faudra recruter un latéral gauche, un central, et donc peut-être un latéral droit.

Au milieu, Keita a de fortes chances de quitter le navire, et une des priorités sera de permettre à Xavi de choisir ses matches. Thiago et Cesc, qui ont taté du haut de survêt en fin de saison, ont du temps de jeu à revendre pour faire souffler les mollets du vieux.

Devant, il plussoie des ailiers. Avec Afellay, Cuenca, Tello, Pedro, voire Villa et Alexis, on peut raisonnablement penser qu'il y en a, au moins, un de trop. Point d'interrogation également sur le rendement futur de Villa et Pedro, et donc sur l'éventualité (la nécessité ?) de faire venir un vrai 9.

 

Pour le poste de latéral gauche, le match des rumeurs se joue entre Jordi Alba, qui a le mérite d'être Catalan de la Masia et d'avoir une étiquette d'une douzaine de M€ sur le palto, et Gareth Bale, qui a le mauvais goût de ne pas vraiment être un défenseur, en plus de posséder la nationalité galloise, les oreilles du Prince Charles et un bon de sortie à 40 plaques. Autant dire que si ça ne tenait qu'à nous, Alba serait l'élu, pour redorer le blason d'un prénom que le fils de Cruyff a sérieusement entaché sous le maillot culé.

Dans l'axe, le favori des sondages s'appelle Thiago Silva, même si les noms de David "La Frisette" Luiz ou Jan "Qui-C'Est-Lui?" Vertonghen circulent aussi. Quelle qu'elle soit, l'opération fera suinter le chéquier entre 30 et 40 millions. A ce prix-là, autant recruter un joueur qui puisse doubler les postes de 4 et de 6, la jurisprudence Mascherano ayant convaincu tout le monde. On vote Javi Martinez, auteur d'une grande saison en défense, et qui a l'avantage, après un an dans le giron de Bielsa, d'être familier de la philosophie de jeu, et de permettre de faire d'une pierre deux coups (Bertin) en renforçant aussi le milieu.

 

En attaque, Messi souvent isolé dans l'axe, aurait peut-être besoin d'un point de fixation sur qui s'appuyer, présent et pesant dans la surface, joailler dans l'art de la remise. Evidemment, avec ce cahier des charges, Fernando Llorente se pose un peu là. Encore une éventualité à faire fondre la Carte Bleue, mais on ne sait pas ce que Rosell a promis à Tito... 

 

Alba-Martinez-Llorente, recrutement chez Elite, que du beau gosse. Karl Lagerfeld devrait prendre son abonnement au Camp Nou l'an prochain...

 

La Tactique

 

Ce que pourrait faire Tito

Dans le coup, en tant que cerveau de l'ombre de l'ère Guardiola, des évolutions tactiques de l'équipe depuis 4 ans, on peut légitimement penser que Tito va s'appuyer sur le proverbial 4-3-3. Un système que les joueurs savent faire évoluer vers le 3-4-3, mais qui reste soumis au profil des acteurs. Difficile de défendre à 3 avec deux latéraux camp-adversophages comme Alvès et Alba, alors que le couple Alvès-Abidal avait la complémentarité de la balance offensivo-défensive.

Au milieu, on ne voit pas bien quelle révolution pourrait avoir lieu. Au besoin, Mascherano  ou Martinez, habitués à descendre en 4, auront l'intelligence pour endosser le rôle de sentinelle de Busquets. A priori, Xavi et Inesta partiront favoris pour occuper les postes créatifs, dont Thiago devrait pouvoir prendre la relève, dans le sens d'une extension de son temps de jeu. Dans cette configuration, quid de Cesc ? On l'a vu moins à l'aise dans cette position cette saison et Tito, qui l'a couvé à la Masia et fait revenir l'été dernier, lui prépare peut-être un costume sur mesure. Tom Ford est déjà passé prendre des mensurations.

 

Devant, en admettant un retour de Villa à son niveau, difficile de dire qui jouera et où... Messi sera encore aligné 72 fois (à moins qu'il finisse, à trop tirer sur la corde, par se faire les croisés, ou au moins le biceps fémoral). Dans l'axe ? Probablement, même s'il serait opportun, dans des matches verrouillés où il se trouve aussi seul dans la défense que Garou dans ses chansons, de mettre un vrai 9 devant lui. Villa et Alexis peuvent alors occuper le poste, même un profil Llorente serait plus idoine (aucun lien avec Zinedine).

 

 

Ce que l'on aimerait que Tito fasse

 

Oui, nous sommes prêts à l'admettre, ce système à un furieux lien de parenté avec l'arbre de Noël d'Ancelotti. Et on n'est pas forcé, en plus de porter le maillot du PSG l'an prochain, d'en copier également la doctrine tactique.

Mais la configuration mérite quand même qu'on s'y penche 5 minutes, ce qui n'est pas nécessairement le cas de la dernière mouture en date de Secret Story.

 

On sait déjà une chose des matches de l'an prochain. Le FCB va confisquer le ballon, dominer injurieusement et se heurter à des défenses rudes et épaisses comme des moëllons fraîchement maçonnés. Et dans ces cas-là, le souci est souvent de trouver le bon équilibre pour arriver à peupler les ailes et l'axe.

D'où le 4-3-2-1. La présence sur les ailes est assurée par les latéraux, qui, les connaissant, ne se priveront pas d'aller s'oxygéner de l'air iodé des poteaux de corners adverses. L'idée serait de veiller à le faire alternativement, le joueur à l'opposée du ballon gardant une main alerte sur la marche arrière, tout comme Busquets au milieu qui aura du colmatage au programme.

 

Voilà donc pour l'occupation des ailes, pour étirer la défense. Des ailiers dans le 4-3-3 peuvent le faire aussi, mais alors souvent il y a un déficit humain à l'entrée de la boîte (un problème auquel les frères Vairelles nous on proposé une solution, rejetée par la rédaction et son éthique au dessus de tout soupçon).

La défense étirée par les montées de latéraux, disions-nous, le danger viendra également de l'axe, et notamment de Fabregas et Messi en 9 et demi. Cette position est la meilleure pour Cesc, elle offrira à Messi des possibilités d'appui dans l'axe pour les raids dont il a le secret, et, on l'a vu entre septembre et janvier, ces deux-là ne sont jamais aussi bons que lorsqu'ils sont près l'un de l'autre. Ce qui leur fait un point commun avec Piqué et Shakira, que l'on ne développera pas puisqu'on vient de vous dire que la rédaction avait une éthique au-dessus de tout soupçon.

Les sceptiques diront qu'on éloigne du but un mec qui a claqué 73 grains cette saison. Pas sûr que dans cette disposition il soit beaucoup plus séparé des cages, au contraire, il sera plus entouré, et il serait peut-être clairvoyant et prudent de ne pas tabler sur 50 buts de Messi en Liga l'an prochain, mais sur une marque mieux répartie.

Pour occuper le poste de 9, on va se répéter mais Llorente, avec son sens de la remise tout en velours et son poids dans la défense tout en Déménageur Breton, doublé d'une possibilité de finition sur des centres aériens que nous ne connaissons pas, aurait le profil majestueux. Sinon, Alexis et Villa, là aussi, peuvent occuper le poste, même si pour eux il aura plus vocation de sacrifice.

Un système qui semble avoir plein d'avantages, mais qui, c'est certain, ne résoudra pas le problème de surabondance d'ailiers dans l'effectif. Difficile dans ce schéma de faire de la place pour Afellay, Cuenca, Pedro ou Tello...

 

 

On vous laisse tout l'été pour y réfléchir.

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Commentaires: 1
  • #1

    KARIM (vendredi, 08 juin 2012 09:43)

    Excellent ! Hats OFF ! juste une remarque sous forme d'avis personnel, au niveau des ailiers, entre Afellay, Cuenca, Pedro ou Tello, j'ose espérer un Pedro Titulaire à part entière avec comme pièce de rechange Tello, Affelay et Cuenca, à prêter si possible - sinon Merci infiniment pour le beau papier :)

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