Conjugué au presque parfait

Précoces retrouvailles avec la mariée tout de blanc vêtue pour la bande à Tito, pour s'octroyer le trophée de celui qui a la plus grosse. Un match emotionnellement sinueux qui humait fort le crimen ferpecto jusqu'à l'improbable peau de banane des 5 dernières minutes.

Dans un retour aux affaires dilligemment casanier, le Barça bouclait hier son hospitalière trilogie de rentrée en souhaitant une bienvenue chaleureuse à son cauchemar adoré. Les hôtes se succèdent mais les maîtres de maison ne font pas foncièrement preuve d'équité de traitement. La troupe Txuri-Urdin a eu droit à une exécution sommaire en place publique, son homologue génoise du lendemain s'est fait servir les petits fours par les apprentis, les sujets du Roi auront eu l'honneur des réceptions en grande pompe.

 

Les clasicos étant devenus ces dernières années des denrées de consommation massive, le public ne paraît pas enclin à la lassitude, et la trésorerie blaugrana se frotte les mains, à defaut de pouvoir se frotter le fond de poches trop remplies par l'opulente recette de la soirée. Jouant de bons vieux leviers de capitalistes aguerris (l'abonnement socio n'offrait pas la place pour ce match), le club a ainsi pu ramasser une petite dizaine de millions d'euros, de quoi payer la moitié du nouvel arrivant Song (c'est à dire le premier couplet et le refrain qui s'ensuit).

 

Pour le spectateur, lambda ou non, on vous laisse seul juge, le match démarre sensiblement loin de la frénésie des guichets et de leurs tiroirs-caisses. La première mi-temps se joue dans une torpeur enjouée, où une paire d'occases catalanes tente de rivaliser avec deux, trois semelles madridistes au tableau des tentatives d'entrave à la monotonie. La clique à José est nettement venue pour défendre, ce qui emplit d'enthousiasme le petit Karim en pointe, qui se sait condamné à l'errance, loin des zones de jeu où le ballon s'amuse. Le Real défend, donc, mais plutôt mention très bien, mis à part Albiol qui avait du mettre toute la famille dans sa caravane. Le Barça domine (pléonasme) mais trouve peu de décalages. Xavi joue haut, mais D10S s'englue dans la blancheur de la surface de Casillas, et les couples latéraux, Pedradriano et Faudalves, montrent autant de complicité qu'un couple au bord du divorce à la barre du tribunal des cocus.

Mi-temps. Encéphalogramme émotionnel d'une platitude toute katemossienne. La seule à avoir vibré devant la télé doit être la mère de Busquets, inquiète pour son rejeton qui a tâté de la semelle meringuée et, subséquemment, de la pelouse. Mais on est prêts à parier qu'elle à l'habitude de voir son fils au voisinage des civières sans que ça ne l'émeuve outre mesure.

 

Les enfants sont déjà couchés lorsque le jeu reprend. Et rapidement, les espoirs culés sont douchés, par le truchement de l'occiput gominé de la re-sta portugaise d'en face. Alors que le microcosme du ballon hexagonal, avec grand renfort de palettes à l'appui, se gausse des buts encaissés en l'absence de joueur présent au second poteau, le Barça fait plus fort encore en ne mettant personne au premier, dans une allégorie de nightclub sans videur où l'on peut rentrer en sandales-chaussettes et survêt à pressions Rucanor. Alors que CR se la pète modeste devant la présidentielle, l'ascenseur émotif vient de plonger au 32ème sous-sol, bien en deça du niveau de la mer.

 

Soucieux de notre moral récemment sapé, Mascherano prend les choses en main dans la minute, histoire de rétablir un peu de justice dans ce sport qui en fait parfois divinement défaut. Les Blancs se tapotent encore allègrement les joues, entre clins d'oeil et bisous, quand le petit chef expédie Pedro, d'une diagonale homonyme à l'avenue de la ville, vers le rétablissement de l'ordre au tableau d'affichage. Légèrement hors-jeu au départ, le Canarien fixe San Iker dans la foulée d'un contrôle plus efficace encore que ceux des douanes helvètes. Les Madridistes ne manqueront pas de faire remarquer, à juste titre, que dans "légèrement hors-jeu", il y a "hors-jeu". Certes. Toujours est-il que l'assistant de M. Clos Gomez venait de fournir sur un plateau à José Mourinho le contenu de sa conférence de presse.

 

Revenu dans les unités positives, le profil émotionnel de la rencontre allait subitement s'emballer dans le quart d'heure, enchaînant les cols de première catégorie. Les locaux changent subitement de braquet, et Don Andres décide de prendre le guidon. Il réussit rapidement à se faire faucher dans la surface, là où Alexis, par deux fois, avait échoué par la faute d'exagérations surjouées dignes d'un acteur de telenovela. Iniesta offre donc l'occasion à Messi, invisible, de rappeler qu'il est bien sur la pelouse. Et à Sergio Ramos de faire étalage , en sus de son indigeste blondeur artificielle, d'une outrecuidante mauvaise foi en indiquant qu'il joue la gonfle, pourtant distante d'au moins 3 mètres (alors que, venant de perdre son short, il tente d'arracher celui du futur Ballon d'Or). Leo ne tremble pas mais laisse le costume de patron à son pote quasi-albinos. Après un court passage en revue mystificatoire de l'arrière garde pâle, il caviarde son alter ego moins touché par la calvitie Xavi Hernandez. Plat du pied. Securité. 3-1.

 

L'addition commence vraiment à dégager un savoureux fumet, un agent secret plein de tact jugerait bien que la blanquette est bonne. 85ème. Messi manque de près de concrétiser une oeuvre d'art collectif, de tuer le match et d'accrocher définitivement de petits rubans bleu et rouge sur la supercoupe. Iker n'était pas d'accord, un sentiment visiblement en vogue dans la confrérie des gardiens. Le contre madrilène est éteint par un excellent retour d'Adriano, qui remet en retrait sur VV, tranquille devant Di Maria. Un peu trop tranquille apparemment, puisqu'il se rend coupable de la cagade de l'année en cafouillant le cuir de façon abracadabrantesque (note de la rédaction : il est toujours opportun de citer Jacques Chirac quand on aborde des fèves monumentales. Exemple contextuel : "J ai décidé de dissoudre l'Assemblée Nationale"), qui finit dans sa cage 2 secondes plus tard. Apparemment, les aléas de son jeu au pied ont une tendresse toute particulière pour les attaquants madrilènes, après la "toile des 25 secondes" de Bernabeu l'an passé, dont avait profité Benzema. Une redite qui pose souci chez Valdés, le bonhomme semble choisir le match le plus attendu de la saison pour se percer en mondovision.

 

Les 5 dernières minutes venaient de rendre leur verdict. Nul besoin du flair de l'inspecteur Bourrel pour désigner le coupable, il est chauve, porte des gants, un maillot différent et vient de saborder un résultat qui paraissait parfait en tous points.

 

Le score en reste à 3-2, comme un sale relant de gentiane tenace dans la bouche de l'aficion culé. A part cette amertume, rien à signaler de particulier : pas d'échauffourrées, ni de doigts dans l'oeil des entraineurs adjoints, une fin de match dans la dignité.

 

On en vient évidemment à la notation sauce blogranaise.

 

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Le Client

Un déchet inhabituel dans les passes mais ultra décisif dans la dernière demi-heure, Iniesta a fait la diff avec ses nouvelles chaussures.

Nominés dans la catégorie : Xavi et Pedro, présent dans le jeu et pleins de sang-froid devant le but. Mascherano-Piqué, très bon dans les interventions, une passe dec' pour le premier et des montées (trop nombreuses ?) pour le second.

 

Le Bialès

Au contact, c'est le moins qu'on puisse dire, Busquets a alterné avec du moins bon, un peu de déchet technique et un duel aérien perdu devant CR7 sur le but. Les 2 latéraux ont fait leur match, mais le manque de connivence avec leurs ailiers rend leur apport offensif trop maigre.

 

Le Casper

Un but sur penalty et 2 frappes non cadrées en 1ere mi-temps, c'est trop peu pour Messi, qui est encore apparu isolé contre ce style de défense. Porté disparu après la pause. Comme Faudel tout du long, en plus d'être arrêté à chaque ballon touché.

 

Le Cagolin

Sans grande surprise, la peluche est dans les filets de VV pour son apport de la 85ème. J'espere que Mourinho a eu la décence de dire merci.

 

On se retrouve dimanche pour le 2nde journée de Liga. D'ici là, n'oubliez pas d'aller tâter du fiel académique avec Nando sur horsjeu.net .

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Commentaires: 1
  • #1

    KARIM (samedi, 25 août 2012 20:37)

    Heureux de vous retrouver les gars après de longues semaines d'attente ponctuées par des olympiades qui nous ont laissés quand même sur notre faim côté Foot ...
    Comme d'hab vos chroniques sont d'un décalage qui me rappelle mon philosophe de l'humour "noir", le Messi du one man show, j'ai nommé Dieudonné :) dans votre article il y a pas mal de quenelles qui n'ont pas manqué de me faire rire à gogo telles que : "Précoces retrouvailles avec la mariée tout de blanc vêtue pour la bande à Tito, pour s'octroyer le trophée de celui qui a la plus grosse" "Certes. Toujours est-il que l'assistant de M. Clos Gomez venait de fournir sur un plateau à José Mourinho le contenu de sa conférence de presse." "Les Blancs se tapotent encore allègrement les joues, entre clins d'oeil et bisous, quand le petit chef expédie Pedro, d'une diagonale homonyme à l'avenue de la ville, vers le rétablissement de l'ordre au tableau d'affichage" DIEU vous bénissent tous, continuez à nous "décaler" :)

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