La civière de la peur

Le match était dénué d'enjeu, mais il a néanmoins garanti son quota de frissons. Pas la jouissive chair de poule eructée samedi face à Bilbao. Plutôt le désagréable mélange du froid, des occasions adverses et la peur de perdre un être (très) cher.

Pour l'ensemble de l'aficion culé, il est des questions bien plus essentielles que de savoir si la Terre va péricliter avant la fin du calendrier de l'Avent. Sur l'échelle des priorités et des gravités, une blessure sérieuse de Leo Messi devance largement la vérification des prophéries Mayas. La fin du monde ? OK, pas de problème, mais seulement après le record de Müller.

Et hier, alors que les tocantes s'avançaient avec une scrupuleuse bonhommie vers le cap des 22h30, la Pulga n'en menait pas large, jeté sur le camion-civière comme un vulgaire fagot de sarments à l'arrière d'un J9 rouillé. Son articulation rotulisante venait de plier sous le poids d'Artur, l'Aigle ganté de Néoprène, mais avait-elle rompu ? Après avoir tout de même tenté de finir pour mettre une 85ème bougie sur sa pièce montée calendaire, le Ballon d'Or, en titre et en campagne, a la grimace persistante et convaincue des dégâts. Pendus au verdict sur la nature de la lésion dangereuse, les suiveurs blaugrana semblent promis à une nuit blanche. Dans la crainte de soirées noires, annoncées dans les mois à venir s'il advenait que le corps médical s'amuse à associer les mots "rupture" et "ligaments croisés".
Les Unes du lendemain se montrant rassurantes, évoquant seulement une incertitude pour le déplacement Betico de dimanche, les élucubrations sur la chute du record de Gerd devraient pouvoir reprendre pour la réception de l'Atletico. Une chasse au Bomber qui était, en début de soirée, un refrain qui plaisait, et qui alimentait les conversations à la découverte de la position banquette latérale du génie argentin au coup d'envoi.

Ceci nous conduit en toute logique à la composition des équipes car oui, il y a bien eu un match avant cette cruciale 82ème minute, et même un match décisif pour Benfica, qui jouait sa qualif pour les huitièmes. L'équipe type de Tito se trouvant confortablement emmitouflée en tribune ou dans les sièges bacqués Recaro, le onze blaugrana avait l'air sensiblement plus prenable qu'à l'accoutumée, avec un jeune imberbe aux joues roses par ligne. Le but confié au Chicano, la nouveauté défensive se nommait Carles Planas, titularisé à la gauche d'Adriano, Puyi et Montoya. Au milieu, c'est Sergi Roberto qui assurait le manque d'expérience entre Song et Thiago. Même chose pour Rafinha devant, dont la position de départ par rapport à Villa et Tello, d'une limpidité opaque, n'aura pas survécu au premier quart d'heure.

Fatalement, sans les quatre jugones au milieu, la qualité du jeu perd plusieurs étoiles au Michelin, et le Barça, étouffé par le pressing portugais, courbe l'échine devant l'averse d'occasions benfiquiste en première mi-temps. De sa légendaire sérénité sursitaire, Pinto parvient à faire le job pour garder son jardin inviolé. A l'autre bout du terrain, Villa semble avoir insuffisamment révisé sa leçon sur le hors-jeu. Entre les 2, Thiago et Rafinha nous prouvent définitivement que la famille Alcantara a un penchant certain pour tripoter au milieu. Peut-être pas autant que Francis Heaulme, mais pas loin.
Au terme de 45 minutes d'un niveau ventre mou de L1, le FCB rentre aux vestiaires avec un un 0-0 plus que flatteur. A noter tout de même une évolution dans le style offensif, dans la profondeur, assorti au profil des attaquants titularisés.

Benfica a laissé passer sa chance, sa seconde mi-temps sera moins incisive, le ballon plus proprement installés dans les pieds catalans. A l'heure, l'entrée de Messi doit signer le réel début des hostilités. Le mieux barcelonais est amplifié par l'entrée rassurante de Piqué. C'est lui, d'une ouverture à enseigner en école d'ingé, qui envoie Messi vers, crois-t'on alors, le numéro 85 de la collection. Leo ne tente pas le lob mais le dribble, finit par passer Artur malgré la craquante du genou, frappe en vain et s'écroule. Une action sur laquelle il aurait été opportun de tomber, pour le penalty évident qui devait en découler et pour sa santé. Mais comme samedi dans la surface de l'Athletic, Leo ne semble pas particulièrement au fait des lois de l'attraction terrestre. A l'arrivée, on peut se demander si D10S suscite plus de crainte dans les défenses adverses ou chez ses propres supporters lorsqu'il met son corps en danger.

 

Première cette saison, le Barça finit le match sans avoir scoré. En ce jour où le club s'est élevé contre la Wertgonya, où les institutions espagnoles veulent bafouer l'école catalane, sur la pelouse du Nou c'est l'école de foot catalane qui a bafoué l'institution.

 

Quatre jours après le FCB-Bilbao où toute l'équipe, sans exception, méritait le rang de client, la notation est un tantinet plus grinçante.

 

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Le Client
Improbable. Imbattable. Une énigme. Pinto as usual.
Nominés dans la catégorie : salvateur dans ses interventions et quelques poussées offensives, Adriano prouve qu'il est vraiment bon partout. Madame confirme. Milieu le moins polluant, Sergi Roberto a cherché plus vertical que lors de ses dernières sorties. Mademoiselle confirme.

 

Le Bialès
Pas multi-serein mais jamais directement incriminé, Puyol a tant bien que mal guidé une défense ric-rac.
Nominés dans la catégorie : en difficulté face à Nolito et Ola John (élu à l'unanimité patronyme de la semaine), Montoya et Planas échappent à pire notation en vertu de la clean sheet de la soirée. Mention passable pour Rafinha pour un de ses premiers matches chez les grands dont l'hommage capillaire au Client du jour est à saluer.

 

Le Casper
Pas aidés par leur milieu de terrain et leur propre propension à se trouver au delà du dernier défenseur, Villa et Tello attendent encore des ballons exploitables.

 

Le Cagolin
Avec un impensable niveau de déchets tout au long du match, Song et Thiago ont réussis à se mettre tous les écologistes à dos.

 

Prochain épisode dimanche à Séville... Avec ou sans Messi.

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