Messi est-il en train de tuer le Ballon d'Or?

Lundi soir à Genève, dans un suspense totalement soutenable, Messi glanait son quatrième trophée doré d’affilée. Une mainmise sur ce sceptre sphérique jamais égalée. On se demande déjà si on pourra empêcher Messi d’en engranger un cinquième dès 2013 si le Barça continue sur cette lancée. Outre le questionnement absurde de savoir si Messi est le Meilleur Joueur de Tous les Temps, on peut toutefois se demander si Messi n’est pas en train de tuer le Ballon d’Or.

Petit retour en arrière pour étayer la réponse. Jadis, moult journalistes européens, choisissaient parmi les joueurs européens celui qui avait effectué la meilleure saison, se basant sur son palmarès annuel ainsi que ses performances individuelles. A cette époque, les gens attendaient patiemment de retrouver dans leur kiosque l’édition papier de FF pour découvrir la photo du lauréat. Désormais, France Football ne se vend plus que sur tablettes tactiles ou en supplément de L’Equipe. Depuis 1995, tous les footeux du monde entier pouvaient espérer décrocher la gonfle dorée, d'abord seulement ceux jouant en Europe, puis rapidement ceux jouant ailleurs (ce qui est tout à fait louable en principe et tout à fait anecdotique en pratique) . Les médias attendant sournoisement l’arrivée d’un jet privé au Bourget, et de découvrir en avant-première qui se rendait dans les locaux parisiens du magazine pour poser avec le tant désiré trophée.

Cette époque est désormais révolue. Les joueurs sont convoqués à Genève et sont obligés de se farcir le discours mielleux et démago du vieillissant Blatter. Pire, ils sont obligés de faire une moue oscillant entre la déception de ne pas être élu et la haine du lauréat lorsqu’ils apprennent que c’est Messi qui est élu. Oui, car depuis le passage du Ballon d’Or France Football au FIFA Ballon d’Or, le jury n’a d’yeux que pour D10S. Depuis 2010, chaque fédération reconnue par la FIFA envoie un journaliste, son capitaine et son sélectionneur voter pour le Joueur de l’Année. Oui, depuis trois ans, Diego Lugano et Moumounir Dagano ont autant de poids que Joachim Löw et Vicente del Bosque, et ça ne gêne personne. La formule a le mérite, au rayon culture générale, de nous apprendre que Pasang Tshering est le capitaine de la sélection du Bhoutan.  On est passé d’un jugement de journalistes plus ou moins consciencieux qui ont dans leur métier une notion d’objectivité à un vote réalisé par des acteurs du football forcément subjectifs. Maintenant, chacun est amené à désigner qui, selon lui, est le meilleur joueur du monde dans l’absolu.

 
Sauf que voilà, depuis 2010, le meilleur joueur du monde dans l’absolu, il s’appelle Lionel Messi et personne n’y peut rien. Si l’an dernier, personne n’a pu remettre en cause la saison quasi-parfaite de l’Argentin, les sacres de 2010 et de 2012 font un peu plus jaser.
 
En effet, au sortir de la Coupe du Monde en Afrique du Sud, il aurait paru normal de voir gagner un des vainqueurs de la Coupe du Monde, voire un des joueurs qui a soulevé la Coupe aux grandes oreilles. Si les journalistes avaient eux voté pour Wesley Sneijder (champion d’Italie, vainqueur de la Champions et finaliste de la Coupe du Monde), les joueurs et entraineurs avaient fait pencher la balance pour La Pulga. Une attribution qui avait fait grand bruit et qui avait mis feu au monde du football. En 2012, un consensus s’est emparé du triumvirat de votants qui ont tous trois élu Messi avec grosso modo le même ratio. Globalement, seuls Hugo Lloris (Casillas, Falcao, Drogba) et Joachim Löw (Özil, Neuer, Xavi) ont voté comme dans les 90’s. Un jugement globalement basé sur le palmarès de l’année avec, en première place, le joueur de son cœur, comme quand le journaliste de la Slovénie plaçait Zlatko Zahovic en tête de son vote. Comme lorsque le capitaine de l’Algérie vote Benzema pour le Ballon d’Or.
 
Hormis ces électrons libres, tout le monde s’accorde sur le fait que Leo est le meilleur joueur de l’année. Mais, vous ne pourrez plus prendre le Ballon d’Or comme élément de comparaison. Si les règles avaient toujours été celles en vigueur de 1995 à 2009, Maradona et Pelé auraient reçu des Ballon d’Or à la pelle et peut-être que Messi n’aurait été sacré que trois, voire deux fois. Mais ça, c’est si on se rabaisse aux débats futiles du meilleur joueur de l’Histoire.

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