Sables mouvants

Annoncé, voire auto-proclamé, ogre en chef de la compétition, le Barça s’est fait tout petit ce mercredi à San Siro, où le Milan l’attendait pour le faire brutalement choir de son piédestal. Un vide saharien dans le contenu et un résultat problématique plus tard, l’avenir européen s’assombrit passablement dans le ciel de la Catalogne.

Ce devait être une boucherie. Une classe, une division d’écart semblait séparer un FCB sûr de sa force, véritable Caterpillar dans ses compétitions domestiques et insatiable trublion de compteurs statistiques en tous genres, et un Milan tout tiède, sans son vedettariat d’un récent jadis, entre deux eaux dans son championnat et dénué de certitudes dans le jeu. La veille, semblable rapport de force accompagnait le déplacement du Bayern à Arsenal, avec un verdict sans sommation pour Arsène et ses rupins, saignés aux quatre veines avec sauvagerie et laissés pour mort sur le bord de l’autoroute A-Champions avant même d’apercevoir la barrière de péage du match retour.

Alors que l’on prépare déjà de la place pour le trophée de Liga dans les armoires du Musée, le maître objectif du club, suprême parmi les suprêmes comme Diana Ross en son époque, repose dans les formes girondes de la coupe aux immenses esgourdes. Roura avait donc, guidé par Tito, lointain marionettiste, installé son plus beau onze dans la plus moche des tenues de l’histoire. Puyol et Xavi rentraient comme titulaires alors qu’Iniesta, victime de sa polyvalence et des déficits de couloirs offensifs, laissait sa position axiale chérie à Cesc pour aller gambader un peu plus haut, un peu plus à gauche. Dans le camp rossonero, la défense couchée sur la feuille de match s’accompagne d’un prononcé point d’interrogation dans l’esprit des observateurs. Au milieu et devant, malgré les absences de Super Mario (qui brossait sa copine en tribune) et Nocerino, la squadra avait quand même la gueule d’une équipe rompue aux barouds sur les routes d’Europe.

 

Le premier quart d’heure est globalement maîtrisé par les visiteurs vêtus de Sunrise, qui arrivent à imposer leur possession dans les 30 mètres milanais, malgré une qualité de pelouse qui mériterait un chèque cadeau dans un salon d’esthéticienne. Mais rapidement, gênés à chaque prise de balle par une sphère de cuir sautillante, les Blaugrana vont s’enliser dans les sables mouvants installés par l’organisation défensive lombarde. Organisé en deux rangées de dunes compactes devant leur surface, dans un schéma que l’on ne connaît que trop bien pour y avoir naguère pataugé et péri, l’AC Milan parvient à enrayer la progression adverse vers son but.

Certes, le Barça campe dans la moitié rouge et noire, mais dans une forme de camping oisif, sans violence et sans menace, dont les autochtones n’ont pas à se plaindre. Comme d’autres avant eux, ils verraient presque d’un bon œil cette occupation de leur territoire, mais refusent pour autant de collaborer. Dans un hommage appuyé à Jean-Patrick Capdevielle, les Catalans traversent un désert d’inspiration, de mouvement, de solutions. Fuyant l’entrée de la surface tel un agoraphobe au premier jour des soldes, Messi s’essaie à des différences solitaires mais échoue à chaque fois, enlisé par un incessant et oppressant cortège de trois, souvent quatre Milanais. Embourbé, face à ses propres limites, le FCB s’expose évidemment aux tempêtes de sable, contres et coup de pied arrêtés. El Sharaawy puis Boateng sont à deux doigts de donner l’avantage aux leurs avant la pause. Partie remise, la diff’ se fera en seconde mi-temps.

 

 

Au retour des vestiaires, le Milan devient polyforme, parvenant à combiner la subtile position dite « du bus » en station défensive reculée avec des phases de pressing haut pour éviter que le ballon ne sorte des pieds du triangle Piqué-Puyol-Busquets. On ne peut pas vraiment dire que les culés se soient remis la tête à l’endroit ni les idées au clair pendant les 15 minutes de repos. Pire, ils n’occupent plus que très épisodiquement les 30 mètres adverses. Le Milan est dans le coup et fait le match qu’il faut, dans l’attente sereine d’un tournant du match qui va, c’est certain, bientôt leur sourire.

Ils n’auront pas à attendre bien longtemps pour que le destin leur donne raison. A la 55ème, à la suite d’un coup-franc frappé en deux temps de façon plutôt biscornue par Montolivo, Zapata, qui se trouvait là, enfile sa cagoule et entre dans la banque.

Haut les mains, c’est un Hold-Up ! Le temps de remplir les sacs et de les transmettre à Boateng, qui va derechef les mettre à l’abri en fond de filets. Pour en finir avec les mauvaises métaphores et les scènes de films vaguement hollywoodiens, la passe décisive d’une petite claquette de la main du défenseur central Colombien a bien du mal à passer. S’il est difficile de prouver l’intentionalité de la chose, la notion « d’augmentation de la surface corporelle » souffre nettement moins de contestation quand le ballon est dévié alors qu’il culmine à plus de 2 mètres du sol. Kevin Prince le Tatoué, lui, s’en cague et crucifie les Barcelonais, qui n’avaient vraiment pas besoin de ce coup de strabisme malvenu de M. Thompson pour les enfoncer dans leur marasme patent.

La suite ? Une lente et prolongée chute de moral pour les supporters culés, chaque minute qui passe morfondus un peu plus profond dans une mer de déception, à mesure que leurs protégés pédalent dans le néant. Jusqu’à sombrer par le fond dans les 10 dernières minutes, lorsque Muntari profite de la liberté octroyée par Dani Alves, aspiré par un ballon déjà défendu par Piqué et Puyol, pour épaissir le nuage de doute qui entoure désormais la qualification Blaugrana.

 

Défait 2-0, ce qui est à la fois assez logique et assez sévère, le Barça est tombé de très haut, et dans les faits est tombé particulièrement bas. Personne, parmi les 10 joueurs de champ, n’aura su et pu gagner la confrontation directe avec son vis-à-vis.

Pire, on a senti l’équipe sans solution, et sans ressource lorsqu’un Alexis plombé par la confiance en soi d’un quadragénaire puceau a été appelé à la rescousse pour sauver la nation. C’est un fait depuis plusieurs mois, au niveau offensif les ailes touchent la piste, si bien qu’Iniesta doit s’y sacrifier. Sans idées ni solutions comme ses copains, le Manchego était pourtant le seul que l’on sentait capable de créer quelque chose…

Le Barça connaît par cœur ce genre de rencontre où il se retrouve face à un mur, et force est de constater que chaque tour de Champions apporte plus son lot de problèmes que de solutions. Messi fuyant le trafic, nous étions depuis un moment favorable au recrutement d’un véritable n°9 de pivot, avec dans un coin de la tête Fernando Llorente, pour peser dans la défense, jouer en remise et servir d’appui à Leo qui pourrait partir de loin. Si personne n’a été recruté dans ce sens, des recours internes peuvent être envisagés. Alexis ou Villa pourraient être sacrifiés dans l’axe au 20 mètres, mais hier, à l’heure ou tout le monde tournait en rond, on aurait bien imaginé Cesc s’y coller, laissant la baguette un cran plus bas au Don. Preuve que cette stratégie pourrait payer, les seuls ballons intéressants dans la surface lombarde ont suivi des déviations de Piqué, monté à l’abordage en fin de match. Grand, bon de la tête et loin d’être un cancre techniquement, Shakiro est peut-être bien le profil idoine pour occuper la fonction, au moins ponctuellement. Au retour, sachant que c’est un exploit qu’il faudra aller chercher, pourquoi pas franchement innover et jouer le va-tout de l’originalité.

 

Mercredi, les illusions printanières du FCB se sont brouillées. Se faire sortir de la LDC, pourquoi pas, admettons, mais pas en huitième, pas début mars, pas contre le Milan. Pas contre ce Milan. Compte tenu de la santé défensive Catalane actuellement, il y a fort à parier que ce ne sont pas les deux buts d’un 2-0 prolongatif, mais les quatre d’un 4-1 qualificatif que les hommes de Roura devront aller chercher. C'est le prix à payer pour ne pas s'embarquer dans une fin de saison au quotidien morose, à cause d'une saison stratosphérique gâché par UN match sans. Ce qui fait à la fois la beauté et la cruauté des Coupes d'Europe.

Si la tâche paraît terriblement ardue, elle pourrait aussi nous offrir une des plus belles soirées européennes de l’histoire du club. Elle ne l'a jamais fait, mais s'il est une équipe qui peut renverser un 0-2 en sa défaveur, c’est celle-ci. Il n’est pas indécemment farfelu d’imaginer le Barça prendre le score rapidement au retour, et par exemple mener 1-0 à la mi-temps. Un genre de scenario sur le fil du Gilette qui pourrait donner lieu à toute sorte de dénouement. Même si l’on peine à l’imaginer, on ne serait pas foncièrement opposé à l’idée de voir Valdes garder sa cage vierge le soir du 17 mars.

D’ici là, Vilanova sera peut-être revenu au chevet des siens. La situation est devenue habituelle, mais on est en droit de penser que l’absence du coach pèse pour beaucoup dans l’approche et la gestion des matches couperets.

 

Match calvaire. Notation adaptée.

 

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Les MOINS MAUVAIS

Parmi ceux à qui il est difficile de reprocher grand-chose, Busquets, qui a fait le boulot au milieu. Piqué, plutôt propre dans ses duels et la relance et Puyol, le guerrier, ont également tenu le cap, comme Jordi sur son côté bien qu’il ait souffert face à la perf du duo Abate-Boateng. Enfin, Valdes est exonéré de reproches sur les deux buts à bout portant.

 

Les AUTRES

Il faut remonter très loin pour voir un Barça aussi stérile, inoffensif, en pénurie d'inspiration. Messi était seul et a contribué à son isolement par des tentatives individualistes. Xavi et Cesc n’ont jamais su quoi faire du ballon, comme Iniesta, qui a quand même été le seul à éliminer en un contre un. Pedro, fantomatique d’habitude quand l’équipe tourne, ne s’est pas révélé inversement proportionnel, même si une performance à contre courant de ses équipiers eut été salutaire…

 

La tête, le cœur, le bide, les maux sont partout au lendemain de cette défaite, lourde de score et de sens. Avant de partir à l’assaut de l’Everest au retour, il faudra déjà se remettre la tête au frais samedi contre Séville, puis revenir à des standards de cador européen dans la double confrontation face aux Livides.

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Commentaires: 2
  • #1

    Telex (vendredi, 22 février 2013 02:57)

    Un des problème de ce Barça là n'est-t-il pas tout simplement qu'il n'a pas de coach depuis quelques mois ? Tito fait ce qu'il peut depuis les States, et Roura depuis le banc, mais il est plus là pour compenser une place vide qu'autre chose.

  • #2

    blograna (vendredi, 22 février 2013 08:25)

    C'est pour ça qu'on parle de Tito le Marionettiste. Je pense que Roura est dévoué à l'équipe mais cetainement moins pointu que Vilanova ne pouvait l'être pour Guardiola. Je crois que depuis que Tito est à NYC, l'équipe est en roue libre et vit sur ses acquis. Quand l'adversité change et qu'il y a de nouvelles problématiques tactiques à résoudre, son absence pèse énormément. On est d'accord sur ce point.

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