Saignés à Blanc

Sans Dieu, ni maîtres, les Barcelonais nous ont rejoué l’infâme partition de Milan face aux Laiteux ce mardi. Un mélange de porosité défensive et de pénurie d’imagination devant, qui a offert l’occasion au Madrid, excellent dans son rôle et particulièrement efficace, d’infliger aux Culés une claque mémorable. De quoi pavoiser…

Depuis une semaine, le barcelonisme tanguait sur la vague patibulaire de l’impression laissée par l’odyssée milanaise. Modérément rassurés par la victoire liguera du weekend contre Séville, les suiveurs ont vu leurs illusions replonger par le fond mardi, au détour d’une soirée qui aura confirmé la résurgence de symptômes profonds.

Au coup d’envoi, la Tresse est sans surprise titulaire dans sa surface de but. Ses dix accompagnateurs se trouvent être les protagonistes du « Onze de Gala », appellation, pompeuse s’il en est, qui commence sérieusement à s’approcher d’une usurpation d’identité en règle, à force de déceptions et de remise en questions de cette organisation. Qui eut fonctionné. Mais ça, c’était avant. On est en droit de s’interroger devant le choix d’aligner Cesc ou Xavi, à la cave en ce moment, à la place d’un Villa assez convaincant samedi dernier.

Si l’on considère que le 0-0 est qualificatif, qu’il est justifié de densifier au milieu et de conserver la gonfle, alors le choix fait sens. D’un autre côté, dans la perspective, aisément envisageable par les matches qui courent, d’un nouveau but inévitablement encaissé, marquer devenait nécessaire et Villa essentiel à la pointe de l’attaque.

Quoi ? t'aimes pas mon pansement ??!!
Quoi ? t'aimes pas mon pansement ??!!

Nos craintes de but Livide n’auront même pas à survivre au premier quart d’heure. Malgré une entame saignante comme un steak de cheval, où Messi manque de peu l’ouverture du score (pour ce qui sera certainement, bien que l’on ne le sache pas encore, le tournant du match), les Catalans vont rapidement piocher dans tous les compartiments du jeu. En face, Blanche de Castille déroule parfaitement son protocole. Pressing haut, prises à plusieurs sur Messi, fermeture des espaces, tenue de ballon par Ozil et Di Maria, contres supersoniques de plus-si-Tristiano-que-ça.

Le schéma est loin d’être révolutionnaire, mais l’absence de réponse blaugrana est redondante depuis peu. La question pourrait mériter d’être posée : les adversaires commencent-ils à cerner comment prendre le Barça ? ou les Catalans sont-ils dans un creux de vague actuellement qui les empêche de franchir ces obstacles pourtant familiers ? Qui, de l’œuf ou de la poule… On a aussi le droit de ne pas entrer dans un débat que quinze jours de discussions effrénées ne suffiraient à trancher.

C’est un fait, depuis quelques semaines, le FCB peine à trouver un second souffle, plombé par la méforme de certains joueurs cadres, par une statique apathie offensive, par un entêtement philosophé de construction de jeu trop systématique. L’observateur extérieur est partagé devant ce spectacle. Fasciné par cette conviction et cette candeur, de croire en son système avec l’assurance de le voir triompher. Mal à l’aise devant cette équipe qui se bat contre elle-même comme contre des moulins, inconsciente de ses propres limites actuelles, essoufflée de courir après ses automatismes perdus. Seule nouveauté, Cesc ou Andres ont déclenché de loin, histoire au moins d’obliger les lignes de défense à sortir, mais l’intention ne fera pas long feu.

Mis à part Iniesta et Busquets, voire Pedro dans les vingt premières minutes, aucun joueur n’aura su gagner ses duels, prendre le dessus sur son adversaire direct, amener sa contribution coutumière. Xavi n’impose aucun tempo au milieu, FabFab, dans l’axe ou en permutation sur le côté, n’apporte aucun décalage. Aux quatre coins de la pelouse, ce sont les Blanchâtres qui ont systématiquement pris le dessus dans l’impact. Messi, attendu au tournant après une semaine délicate, retrouvera des circonstances de jeu pareillement douloureuses ; prises à deux, prises à trois, dribbles ratés, ballons perdus. Mis sous l’éteignoir, dans son match dans le match des étoiles médiatisés jusqu’à l’overdose, par un CriCri Gel D’Acier au sommet, D10S aura raison d’être au moins jaloux d’un aspect de la soirée de son rival gominé. Là où l’Argentin s’est constamment débattu seul dans 8 m² face à quatre pitbulls (le charme des caves de Clichy-sous-Bois), le beau Tos pouvait lui cavaler à toutes jambes dans la prairie boulevardière laissé vacante par la défense des lieux, rarement contesté par plus d’un seul homme, de toute façon moins véloce que lui. Et là, papa, c’est quand même pas pareil. Pourtant, sur sa première frappe du droit ou son coup franc rasant, la Puce a failli répondre à Ronaldo, qui a fait mieux avec un peu plus de munitions.

Rapidement menés et obligés de marquer pour continuer à y croire, les Blaugrana se sont crûment fait trancher les veines par la vitesse de contre meringuée. Si, les rares fois où ils se sont trouvés en position reculée, Alves et Alba ont pu lutter à la course et stopper certaines velléités, Piqué et Puyol ont eux sombré dans ce lâché de lévriers Afghans. A l’origine de la paire de pions de CR7, des ballons dangereux dans les 20 mètres du Real, des ballons loin dans la profondeur, et des duels bêtement perdus par les PP, pénalisés dès le départ des actions par un criant déficit de célérité. Avec penalty bêtement concédé et chute de reins qui vont avec.

Si la supériorité des Livides est incontestable, autant que l’indigence de profondeur dans l’imagination catalane, l’impression dégagée par la rencontre n’est, comme ce fut le cas à Milan, que le reflet de l’efficacité avant-arrière des deux équipes. Ce qui est une farouche Lapalissade. Un remarquable enfoncement de porte ouverte. Mais qui, comme tout cliché qui se respecte, repose sur une épaisse vérité. Avant que le match ne tourne à l’humiliation à partir de 2-0, les affaires étaient encore relativement serrées, et dans ce genre de scenario, celui qui marque le premier simplifie la partie. Les sanctions suprêmes non sifflées sur Pedro à 0-1 et 0-2 pèsent dans cette optique. Alors que la Barça manquait de concrétiser ses occases obtenues à la sueur du front, son indice de confiance plongeait dramatiquement, remplissant, par la théorie des egos communicants, la toute puissance offensive des Pâles, insolents de réussite dans leur tentatives, symbolisée par la tête ascencionnelle de Varane, lulu parfaite, au terme d’une détente sèche qui défie les lois de la pesanteur.

 

Dans un rêve, alimenté par un esprit de revanche d’une lointaine manita reçue ici-même, la bande à José semble foncer vers son quatrième but et la sortie du stade dans un char romain par la grande porte, tout en modestie et en retenue. La clotûre du score sera finalement l’œuvre de Jordi Alba, délicieusement trouvé par-dessus la défense par Iniesta, pour un but qui ne suffit même pas à sauver un honneur bafoué par la honte du soir et la peur plus généralisée de l’état actuel des troupes.

Si Milan pouvait relever de la thèse de l’accident, la déroute copera jette un voile de doute bien plus inquiétant sur le niveau actuel de l’équipe, et pour son avenir à court terme, dans le seul objectif un tant soit peu bandant qu’il lui reste. Si les catalans veulent se donner les chances de renverser les rossoneri le 12 mars, il leur faudra sensiblement changer de braquet. Ajouter de la fluidité, du mouvement, de l’impact, de la présence dans la surface adverse, ce qui passera peut-être par le choix d’un véritable attaquant ou d’un pivot dans les 18 mètres. Surtout, il faudra marquer dès la première occasion, et rester hermétique derrière, pour rapidement prendre le score et surfer sur la confiance de voir le vent tourner enfin dans le bon sens.

D’ici là, un autre Clasico se dresse sur la route. Un Clasico qui pourrait sonner bizarrement si Don José décrète une hierarchie des priorités, et enclenche un turnover imposant dans l’optique du déplacement chez cette Vieille branche de Trafford. Honnêtement, la sérénité d’une équipe se construit sur la solidité de sa base, quand bien même il s’agit du Barça chantre de l’offensive, et l’on signerait illico pour un 0-0, même si l’on n’apparaît pas outre mesure être les plus catenaccio-compatibles. Tellement convoitées en vain depuis le début de la saison, il est définitivement l’heure des clean-sheets. Pour ne plus être mené au score. Pour pouvoir ouvrir la marque. Pour retrouver un allant égaré.

Notation 

 

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Le CLIENT

Le public de l’Estadi, coloré, bruyant et présent au soutient même à 0-3.

 

Le BIALES

Pompier de service, le seul véritablement à l’endroit au milieu, Busquets aura paré au plus pressé.

Nominés dans la catégorie : Iniesta aura été le seul à faire des différences, trop seul. Passeur pour Alba, qui a offert des solutions et contré des attaques blanches par sa vitesse, comme Dani de l’autre côté. Dans le coup, Pedro aurait été le Client si l’arbitre lui avait accordé les deux penaltys qui auraient dû être sifflés contre lui. (Vous remarquerez que l’on ne se cache même pas derrière ça). Enfin, que reprocher à Pinto sur les trois buts encaissés…

 

Le CASPER

Lu au moins 17 000 fois dans la presse ou les social networks, Messi a été « l’ombre de lui-même ». On n’aura pas la prétention d’avoir un avis supérieur à celui de 17 000 personnes plus ou moins avisées.

Nominés dans la catégorie : Si Cesc, hors du coup, a un tantinet tenté de sortir la tête de l’eau pour aller forcer la décision dans la surface (en vain, cqfd, comme sur la triple occase du début de deuxième), Xavi a lui traîné sa peine comme un boulet. Remplacés par Villa et Thiago, certes aussi transparents, mais qui mériteraient de débuter les matches en lieu et place.

 

Le CAGOLIN

Constamment pris de vitesse, Piqué et Puyol se partagent la responsabilité des buts. Une sale soirée à oublier, en contradiction avec la forme du moment pour Shakiro. Une lenteur qui pose forcément la question du recrutement de central. A choisir, on ne mettrait pas 20 M€ sur un Hummels à la charrette bien remplie, mais plutôt sur un NKoulou ou un Marquinhos. A moins qu’un Abidieu…

 

Bravo aux Lymphatiques, triomphe mérité. On se retrouve samedi...

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