Habemus Barçam

Nous avons un Barça. Enfin, après un mois de février putréfié jusqu’à l’os, le barcelonisme a pu se rendre compte qu’effectivement, en mars, ça repart. Une performance de haute volée, un exploit pour compenser l’accident du match aller et recomposer l’ordre des choses. Un ordre qui reflète, en toute logique, la supériorité du FCB sur le Milan AC.

 

Avant de se replonger, avec la délectation vorace de ceux qui ont cru aux temps de famine, dans le banquet balloneux de mardi soir,  nous vous devons des excuses, rapport à des approximations grammaticales latines sur support réso-social. En effet, trop peu au fait de la filmographie de Michel Piccoli, ou trop occupé en bavardages ragoteux avec mes charmantes voisines des infâmes cours collégiens de latin, avec le contondant M. Decout (que j’hésite franchement à saluer ici), avant de finir ma carrière de langues mortes sur un retentissant 3/20 en version, je me suis rendu coupable, au su et au lu de tous les connectés férus d’orthographie pointilleuse (ou pas…) d’avoir placardé par erreur, en long et en large, le slogan « Habeus Barçam », en lieu et place de « Habemus Barçam ». Je suis d’ores et déjà en train de me flageller avec de volumineux ouvrages chargés de vérités sur les déclinaisons, du nominatif à l’ablatif en passant par le (Rachida) datif. D’autant que ce qui se voulait être un très original mot d’esprit s’est retrouvé enlisé dans la tourmente de titres et de manchettes facétieux clignant de l’œil vers le conclave contemporain à l’écriture de ces quelques lignes, la fumée blanche, etc.  Le mea culpa s’imposait, l’heure de refermer la parenthèse également.

 

Mardi 20h, alors que l’aficion se demande encore s’il faut y croire ou ne pas gonfler de trop d’espoir la déception qui se profile, la seule certitude de la soirée réside dans l’attitude du Milan AC, que l’on imagine mal sortir façon Brésil’70 pour venir défendre ses deux buts d’avance. De l’autre côté, les rumeurs battent leur plein sur la compo du tandem Vilanova-Roura, allégorie moderne des relations à distance. Des onze de couloirs s’ébruitent un peu partout, du plus révolutionnaire au classicisme le plus snob, que la feuille de match officielle viendra pourfendre de son implacable sagacité. L’équipe titulaire alignée est, à l’exception près de Jordi Alba dans la peau d’Eric Abidieu, homme pour homme la même que celle qui a débuté la finale de Wembley 2011, le MVP à sa tête. Du grand classique donc. A priori. Sauf que.

Sauf que l’animation est subtilement différente de la posologie en 4-3-3 étalée froidement par l’UEFA sur ses animations synthétisées d’avant match. Jusqu’au but qui fera changer la qualification de camp, le système Catalan sera en pratique plus proche du 3-4-3 rêvé et mis en place, pour des fortunes diverses, par Pep Tout Puissant. Un remarquable sens du détail mis sur pied par le duo Tito-Jordi. Chapeau bas messieurs.

 

Englué dans la défense au match aller, Messi est décroché en position de 10 véritable, laissant la place ingrate de pivot à l’entrée de la boîte à Villa. Habitué de la droite, Pedro occupe le côté gauche, dans un remarquable ballet de compensations entre la percussion, le pressing et le repli, chorégraphié en symbiose avec un Jordi Alba très prudent, dont la retenue calculée a mis l’accent sur la nécessité fondamentale de contenir toute attaque milanaise. L’équilibre défensif balancé à gauche, donc, Alves trouvait lui une position contraire, hybride entre l’ailier et le latéral.

C’est dans cette configuration métamorphe que les Blaugrana se sont jetés dans l’arène, magique, avec l’odeur du sang dans la bouche. Sans se départir de leur maestria et de leur volupté, les artistes avaient les dents qui rayaient la moquette, une grinta phénoménale, une envie toute en violence, qui s’est exprimée dans chaque mouvement de pressing, chaque harcèlement de la première passe. Et dans l’exultation collective de chaque but marqué, comme des marches d’escaliers qui mènent de la cave à la terrasse du 7ème. Une volonté de se dépouiller qui se matérialisera jusque dans les derniers instants, encore lourds de fébrilité et de risque.

 

Il fallait mettre tous les ingrédients, pour un renversement de vapeur qui n’avait pas la faveur des pronos. Et tout y a été. A commencer par l’efficacité. Entamer le match en débarquant à 1-0 dès la 5ème minute, ça aide, ça gonfle les poumons au moment d’envoyer les coups de piolet dans la face Nord de l’Everest. Le tout au terme d’une action supersonique à une touche, conclue par qui vous vous doutez, dans un mouchoir de poche, à la sortie d’un enchaînement contrôle-frappe Oudhinien. Le Guide est dans la place, majusculement installé sur son socle, alchimie triangulaire de ce qu’il se fait de mieux dans le microcosme du rond central. En terme de milieu de terrain, en voilà trois qui se posent là, dont un, trop souvent dans l’ombre des deux autres (malgré qu’il les toise allègrement de la vingtaine de centimètres de rab que Dame Nature lui a octroyé), mérite de voir son derme un tant soit peu aggressé par la lumière des projecteurs.

Personne n’en parle, ou en tout cas n’en parle assez. Alors place aux dithyrambes. Monumental dans son rôle, supérieur dans le placement, dans l’intelligence, l’anticipation, la lecture des lignes de passes, le sang-froid et le ciselage technique, Sergi Busquets a survolé le milieu de terrain. La MATMUT assure, c’est de notoriété publique. Et il est toujours confortable et sécurisant, à l’heure d’aborder la rudesse des joutes labellidées LdC, de posséder une bonne mutuelle. 

Tel le boa étouffant sa proie, avant de la déguster au coin du feu avec un fond de sauce Gribiche et un verre de Pouilly Fuissé, le Barça s’est evertué à priver son adversaire de ressource et de répit. Obligé de concéder une touche ou une perte de balle au bout de trois passes, le Milan subit le déluge, dans sa fragile position d’équipe encore qualifiée. Abbiati sauve les meubles sur des frappes d’Iniesta (al larguero !!!!) puis de Xavi, avant de passer au travers dans une valse incomprise face à Villa. Le retour à la neutralité du score combiné n’a jamais semblé si proche, et pourtant le tranchant de la guillotine va faire sentir son souffle de glace sur les nuques catalanes. Au terme de ce qui s’apparente plus à un coup de sabot qu’une action de jeu, la Masche, dans un concentré pataud de mauvais placement et de timing grabataire, lance Niang vers son destin de héros, pour ce qui serait son premier but sous le maillot rossonero. Lorsque le couperet tombe, les têtes barcelonaises trônent toujours sur leurs épaules. Ouf, le coup est passé tout près mais plus de peur que de mal, malgré un second haut-le-cœur, lorsque Piqué dévie (de la main ?) le centre d’El-Sharaawy. Ni ralenti, ni contestation. Pas de bras, pas de chocolat.

Les dieux du foot ont eu moins d’une minute pour faire leur choix. Le ballon a à peine le temps de changer de moitié de terrain qu’Iniesta truande Ambrosini aux 40 mètres et balance illico le larfeuille au chef de la bande à l’entrée des 16 mètres. La situation ne mérite pas encore d’être estampillée « occasion de but » que la Pulga, dans un élan de mimétisme Wembley 2011, emporte le Nou dans une crise d’épilepsie collective. Les écrans géants, sur le point de brandir un laconique 1-1 voilà quelques secondes, scandent un vibrant 2-0. Ca fleure bon la Remuntada, d’autant que les locaux ont le bon goût d’éviter une 44ème minute inspirée du naufrage Chelsea.

 

Les cartes ont changé de mains. Les mouches ont changés d’ânes. Les femmes ont changé de coiffure. Les trav’ ont changé de sexe. Les puceaux ont changé de main. Bref, c’est plus vraiment la même limonade à l’orée de la seconde période.

Si l’on frôle le pléonasme en disant qu’il ne pouvait pas faire moins, le Milan sort néanmoins avec une volonté affichée de jouer plus haut, se sachant condamné à marquer pour voir le tour suivant. Mais les Lombards ne pourront pas repousser très longtemps l’inéluctable. Le sort du match se résume dans l’action charnière de la 55ème minute. Pris par le pressing d’Iniesta, le Milan est dépossédé du ballon par un jaillissement carnassier du Jefecito. Deux touches de balle des Maîtres plus tard, dont cette dernière en cachemire triple fil de Xavi, Villa se retrouve sur son gauche pour le seul ballon potable à extirper de sa soirée dans les bas-fonds de la charnière italienne. Catastrophique et méconnaissable dans cet exercice samedi en championnat, l’instinct de tueur revient au moment opportun, el Guaje mystifie Abbiati et part se jeter genoux en avant sur un coin de pelouse humide (une phrase qui pourrait être jugée tendancieuse si vous aviez l’esprit vraiment mal tourné).

Les quarts commencent à fièrement ouvrir leurs portes, mais peut-être un peu tôt pour le Barça, à qui il reste 35 minutes à marcher sur des œufs, pris entre l’envie d’en planter un quatrième et la nécessité de ne surtout pas en encaisser. Plus obligé de faire le jeu, plus prudent notamment sur le positionnement de Dani Alves et certainement un peu dans le rouge physiquement, le FCB va gérer tant bien que mal la situation, Alba ou Piqué passant par là avec la bonne idée d’éloigner les ballons chauds. Milan a beau sentir le désuet en nous jouant les va-tout Robinho et Bojan, fin de séries qui trouveraient grâce chez peu de prétandants au top 8 Européen, la menace pèse toujours, présente dans le fond de l’air sans trop de véhémence. Les 95 000 surexcités du Nou se posent sérieusement la question d’une pétition pour demander l’interruption de la rencontre dix minutes avant son terme, histoire de valider sereins la qualification.

Puyol, Adriano et Faudel sont venus participer à la mise minable collective pour préserver le sésame chèrement acquis. Alba, qui a rongé son frein tout du long malgré une escapade à la 70ème, s’offre enfin sa première montée au cœur des arrêts de jeu. Profitant d’une perte de balle milanaise incompréhensible sur un coup-franc, Messi puis Alexis envoient Jordi sur orbite pour faire définitivement chavirer la soirée dans le délire sous LSD.

 

Alea jecta est. La Messe est dite. Suffisant pour que les médias, qui donnaient la bande à Puyol pour morts depuis trois semaines, paluchent à nouveau un Barça éternel. Mais qui pourrait tout à fait se faire sortir en quart…

 

Le caractère exceptionnel de la situation exige une notation spéciale, unanime.

 

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Les CLIENTS

 

Sobre, VV aura su faire les gros yeux, juste assez pour faire tremble le jeune MBaye. Salvateur. Clean sheet, bro’ !

 

Intraitable dans le respect des consignes, même si l’on sentait que ça le démangeait, Alba a tenu son couloir impeccablement, contenant bien Prince et Abate en 2nde, auteur d’un sauvetage devant Robinho. Passé maître dans l’art du coup de théâtre pyrotechnique réussi à la dernière minute.

 

Balance réussie pour Dani Alves, qui a su gérer parfaitement son rôle offensivo-défensif. A l’ancienne.

 

Coupable de ce qui aurait pu être la cagade qui coûte trop cher, Masch s’en sort bien grâce au poteau. Saignant et plus qu’à propos sur toutes ses autres interventions.

 

Propre dans la relance malgré une paire d’hésitations, Piqué a su sortir les ballons chauds quand il le fallait dans la dernière demi-heure.

 

Monumental, le chalutier Busquets a tout ratissé au milieu. A-t’il au moins perdu un ballon ?

 

De retour au niveau supérieur qui est le sien, Xavi a rayonné, avec deux assists à la clé. La seconde étant directement issue de l’enseignement jedi d’Obi Wan Kenobi.

 

Le Don est magie, mais il avait aussi des p***** de crocs. Une essoreuse au pressing, dans le coup sur les trois premiers buts. Magique. Lui-même…

 

Deux buts venus d’ailleurs, une influence incroyable dans un poste à sa (dé)mesure. Messi est unique.

 

Sacrifié au rôle ingrat, Villa a parfaitement rempli le rôle, avec en prime le but décisif. A méditer pour les tours suivants.

 

Moins influent sur le jeu que ses partenaires, Pedro s’est montré très complémentaire d’Alba sur le côté, dans la couverture et le harcèlement.

 

On se retrouve ce week-end après le tirage au sort des quarts de finale et la réception du Rayo dimanche soir.

 

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Commentaires: 3
  • #1

    KARIM (mercredi, 13 mars 2013 23:44)

    étant un grand admirateur du sens de formule aigu et raffiné ... je vous tire mon chapeau pour cette belle analyse décalée comme d'habitude et à mon tour moi aussi de dresser une notation spéciale : j'ai tout aimé dans votre papier mais cette expression emporte haut la main, le titre de meilleure quenelle de la semaine, comme dirait mon humoriste préféré de tous les temps, M'bala M'bala "au dessus c'est le soleil" :) j'ai nommé " ...du nominatif à l’ablatif en passant par le (Rachida) datif..." j'ai pété une durite en la lisant ! un vrai moment hilare et admiratif de pur fou rire ! elle en a tout dit cette phrase ... dima dima et visca !

  • #2

    Nioc (jeudi, 14 mars 2013 10:11)

    Excellent papier qui retransmet bien le sentiment général du match.

  • #3

    MEHDILP (jeudi, 14 mars 2013)

    Merci pour cet article JuJu
    Visca barça et Dima Raja ;)

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