PSG-Barça : Le PaninHistorique (1995)

1995 : Match aller : Barça 1-1 PSG

Buts : Korneev - Weah

 

Match retour : PSG 2-1 Barça

Buts : Rai, Guerin - Bakero

 

1995. Avant d’être un groupe de pe-ra qui retourne à la source, 1995 est une année de la fin du XXème siècle qui correspond peu ou prou à la meilleure période de l’histoire du PSG, et aux lendemains toujours fringants de la Dream Team côté Barcelonais. Une année où les deux clubs se retrouvent en quarts de finale de Champions.

 

Champion de France en titre, Paris déboule dans ce quart de finale dans le costume de l’épouvantail qu’il s’est taillé dans le cadavre du Bayern Munich, battu deux fois en poule, avec notamment à la clé un but irréel de Mister George, dans feu l’Olympiastadion. 6 victoires en 6 matches, le PSG est déjà « Top Niveau », même si à l’époque on doute d’avoir entendu ces mots sortir de la bouche d’Eric Di Meco, encore en activité et en catogan du côté de Monaco. Le milieu des années 90, c’est l’apogée du Paris-Saint-Germain, alimenté par les deniers de votre abonnement Canal + à 184 francs par mois, et drivé par un Michel Denisot qui depuis cherche à oublier cet antan doré d’adrénaline dans l’animation de talk show, où son sens inné du recrutement lui a permis de côtoyer Louise, Pauline, Charlotte, Elise, Solveig, Doria, Omar et Fred (avec des niveaux de sexiness assez disparates, surtout pour les deux derniers). Enfin, et surtout, le PSG des 90’s, c’est du spectacle sur le banc, du sifflet, de grands gestes et de la sucette, du Luis de compétition, dans une exubérance truculente peaufinée à l’AS Cannes à cornaquer Mickaël Madar et Franck Priou.

Le Barça semble lui dans l’année d’après. Tombé de haut en finale de Champions la saison précédente face au Berlusconi AC, l’équipe de Cruyff sort d’une série de 4 Ligas consécutives, sur le point de s’arrêter au profit du Madrid. Surtout, l’effectif a perdu gros avec l’exil traître du monument de classe danois, Michael Laudrup, puis avec la disparition progressive de Romario, en froid avec Cruyff du fait de sa solubilité grandissante dans les soirées brasilou.

 

Sur la pelouse, Paris arbore toujours ses couleurs habituelles, même si la virgule s’amuse régulièrement avec le design Hechter. Sur la poitrine, RTL a rangé sa trompette, le club de la capitale s’est tourné vers les boissons gazeuses, avec une hésitation certaine, oscillant entre Liptonic et Tourtel, boisson houblonnée sans alcool qui aurait eu du mal à passer dans Radio Bière Foot (et accessoirement concurrente de la Buckler).

On retrouve dans le squad quelques briscards de l’époque Arthur Jorge – Denis Troch, membres éminents du Front de Libération de la Moustache, que tenteront de relancer quelques années plus tard, avec un succès qui reste encore à valider en laboratoire, Hristo Mario et Fernando Nandrolonas.

Moustache que Bernard Lama, gardien titulaire, a gardé en héritage, le temps de se laisser gentiment pousser le chignon, et d’étaler avec une ostentation grandissante les couleurs éthiopiennes sur son maillot. Un hommage rasta comme vision prémonitoire de son contrôle positif, né d’une idylle avec Marie-Jeanne symptomatique d’une décennie où il y avait du monde sur la corde à linge.

Si dans les buts Lama est félin et aérien, sa défense se montre bien plus terre-à-terre, s’appuyant sur un cercle restreint d’amis de la poésie et de la philosophie, symbolisé par Francis Llacer, le talisman de Luis, mondialement réputé pour la subtilité de son marquage à la culotte et la précision de ses interventions chevillophiles. Dans ce concert d’artistes du crampon alu longueur 18, Ricardo, au beau milieu d’une saison noire, manque à l’appel mais la relève est assurée par l’à-propos hargneux, 100% nerfs et tendons, de Patrick Colleter. Sur le flanc droit, jeunôt et le tif encore court, l’épi au milieu de la raie et le bouc incertain, c’est José Cobos qui fait le boulot, malgré son look de marlou, perfecto t-shirt blanc et ceinture à grosse boucle, zoneur de parking à la sortie des boîtes. Dans l’axe, Roche et Le Guen, l’exubérance criarde d’un inspecteur des impôts en imper gris, misent sur leur qualité de relance et de frappe dans leur bataille à trois pour deux strapontins, face à la grinta tribale de Tonio Kombouaré. Trois hommes que l’on retrouvera, avec des succès divers, dans les organigrammes du club des années 2000. La défense ne ressemble donc que modé- rément au coin des artistes, qui ont élu domicile au milieu, et devant.

Petit Prince du (stade du) Ray, bien avant Faudel, Daniel Bravo a délaissé à Paris sa panoplie offensive pour évoluer plus bas en n°6. Un abattage monstre et une première passe propre qui lui donnent une légitimité, 20 ans après, pour se battre avec sa mèche dans des costumes cintrés The Kooples sur le plateau du CFC, et défendre sa vision du foot entre Chris Dugarry et Pierre Ménès. Une reconversion télévisuelle qu’a également chatouillée, sans le même impact d’audimat, Vincent Guérin et ses bouclettes d’élève de CM1, que la calvitie aura trop rapidement rattrapées. Guérin s’en fout, la vedette de ce quart contre le Barça, c’est lui et sa frappe fourbe de la 83ème minute. Côté obscur et besogneux de la force, le duo Bravo-Guérin, épaulé par Le Guen monté en sentinelle, laissait toute la lumière au trio de devant (un trio de quatre jouors, pas facile d’être Luis et de faire des choix…). Des joueurs de classe, le toucher suave des brésiliens Rai et Valdo, la puissance et le sens du but de Weah. Et Ginola. El Magnifico, surnom que la presse ibérique lui a trouvé, avant qu’il ne s’en charge lui-même. La gravure de mode aux dribbles aquilins, qui, s’il avait pu, aurait fait poser des miroirs tout autour de la pelouse pour pouvoir se regarder jouer, voir virevolter sa chevelure parfaite et son corps ciselé. Parce qu’il le valait bien… Hélas, on n’aura, aller et retour, pas vu entrer Pascal Nouma.

 

Du côté catalan, bon nombre des joueurs présents sur la pelouse ont déjà reçu leur lot de quolibets dans le coin Panini. Parmi eux, évidemment Papa Busquets dans les buts, qui a succédé dans les bêtisiers de gardiens à Zubizarreta, et les frères latéro-siamois, Ferrer-Sergi sur les côtés. Hormis Ronald Koeman, toujours accompagné de sa blondeur albinienne, la charnière barcelonaise rivalise de finesse et de poésie avec la défense d’en face, avec des spécimens particulièrement patauds de la trempe de  Nadal ou d’Abelardo. Entre les joueurs qui ont laissé leur empreinte indélébile dans l’histoire du club, les Amor, Bakero ou Guardiola, se balladent quelques énergumènes qui n’auront pas les faveurs du Hall of Fame du Camp Nou. Ivan Iglesias, milieu de terrain asturien, aura par exemple fait étape pendant deux ans sur les Ramblas au milieu de son aller-retour au Sporting Gijon. En dehors de son pion lors de la mémorable manita infligée aux Meringues en 94, Iglesias sera rarement titulaire dans le onze de Cruyff, en dehors de cette double confrontation malheureuse contre le PSG. Ceci explique peut-être cela. En tout cas, en homme de goût qu’il était surement, il se distinguera par un passage en fin de carrière au Cartagonova F.C. Comme Pascal Cygan. Une comparaison qui en impose. Actuel entraîneur du Barça B, Eusebio Sacristan fait également partie du groupe, dans ce qui sera la dernière de ses sept années blaugrana. Un bail réussi, pour un joueur qui aura eu le malheur de s’appeler comme un illustre ancien, Ballon d’or avec ça. Un fardeau commun à José Mari, homonyme de l’attaquant de l’Atletico qui lui aura volé la vedette des recherches Google. Avec toutes nos excuses.

 

En attaque, Txiki et Hristo la Barbouze occupent toujours leur poste habituel, flanqué du Roumain Hagi. Le Maradona de où, déjà ? Des ? Carpates ? Ah ok, d’accord. Dévolu à Romario, avant qu’il ne juge préférable d’accumuler les Miles sur les longs courriers Barcelone-Rio plutôt que les buts de raccroc dans la surface, le dernier poste offensif végète et échoit sur les épaules de Korneev, ou Korneyev, on peut lire les deux. On peut même lire Igor Vladimirovitch Korneev, si l’on y regarde de près, et Игорь Владимирович Корнеев si on se fie au passeport. Milieu offensif au potentiel beau gosse proche du Ginolisme (cf. notre rutilante collection de pin’s), Korneev aura eu la joie de jouer pour trois sélections différentes sans pour autant changer de nationalité. Merci à la chute du bloc communiste, qui l’aura paré des maillots de l’URSS (prononcer « Urs », à la Léon Zitrone), la CEI et la Russie. Accessoirement, il aura également eu me plaisir de voir Lama dévier dans son but son centre tire pour ouvrir le score à l’aller. Enfin, passé relativement inaperçu dans sa seule saison au FCB, Eskurza aura au moins droit à la postérité de la feuille de match de ce quart de finale. Et donc d’une citation dans ce torchon, 18 années pas-toutes-bisextiles plus tard.

 

Dans les faits, les deux équipes ont copieusement dominé sur leur pelouse, et souffert à l’extérieur. Asphyxié au Nou, Paris ramène un nul virtuellement qualificatif du Nou grâce à un but de Weah sur coup de pied arrêté.

Le trajet Barcelone-Paris de Carles Busquets a probablement bifurqué par Lourdes, puisqu’au retour le portier culé sera sauvé cinq fois par ses montants, dont trois frappes de Ginola (« On ne peut pas être à la fois beau et chanceux »). Bakero plante à la 56ème ce qui ressemble au but du hold-up, mais Rai, puis Guérin de la frappe la plus lente de l’histoire, rétablissent une amère justice et envoient Paris passer ses illusions de gloire européenne à la moulinette du Milan de Capello.

 

Les feuilles de match

 

FC Barcelone : Busquets — Koeman, Ferrer, Sergi, Guardiola (Amor, 19e), Bakero, Iglesias, José Mari, Begiristain (Eskurza, 75e), Stoichkov, Korneev. Entraîneur : Cruyff.

PSG : Lama — Cobos, Kombouaré, Roche, Colleter, Le Guen, Guérin, Valdo, Bravo, Weah, Ginola (Raí, 61e). Entraîneur : Fernandez.

 

PSG : Lama — Cobos, Kombouaré, Colleter, Le Guen, Guérin, Raí, Valdo, Bravo, Weah, Ginola. Entraîneur : Fernandez.

FC Barcelone : Busquets — Koeman, Nadal, Ferrer, Sergi, Bakero, Eusebio, Iglesias, Hagi (Abelardo, 72e), Begiristain (José Mari, 58e), Stoichkov. Entraîneur : Cruyff.


 

Retrouvez le reste du PaninHistorique :

Amical 1977

Amical 1982

Finale Coupe des Coupes 1997

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