PSG-Barça : Le PaninHistorique (1997)

Deux ans après l’épisode malheureux en quart de Champions, le Barça retrouve Paris en Coupe des Coupes, pour une finale opposant l’épouvantail de la saison, portée par une stratosphérique découverte chauve en attaque, au tenant de ce titre depuis tombé en désuétude.

 

Ça ne sera pas forcément parlant pour les plus jeunes, mais il fut un temps, pas si lointain, où la Ligue des Champions laissait encore un tant soit peu d’importance et de clinquant aux autres Coupes d’Europe, puisqu’à l’époque, et jusque deux saisons plus tard, on célébrait encore les vainqueurs de Coupe Nationale en leur dévouant un tapis rouge continental privatif. Les romantiques et les tâtillons de la chose administrative l’appelaient la Coupe des Vainqueurs de Coupes, les intimes et les avant-gardistes de l’écriture texto d’avant-les-portables faisaient référence à la C2.

Au printemps 1997, le PSG expose encore le trophée dans ses vitrines du Parc des Princes, et postule à conserver sa ceinture, même si Luis a depuis exporté son sens du show à San Mames, Youri son déhanché reptilien et son plat du pied, gorgé de sécurité, du côté de San Siro.

 

Paris, désormais entraîné par Ricardo (secondé par Joël Bats qui, de facto, rompt avec sa légendaire soli-solitude), aligne sur la feuille de match une majorité de Champions d’Europe, ainsi qu’un écusson « moderne » dont le nouveau design a, il faut croire, été confié à un élève de CM1.

Parmi les noms qui noircissent la blanche feuille d’une encre incertaine, certains se révèleront voués à un futur maussade. Ce genre de joueurs qui suscitent l’intérêt d’un « que sont-ils devenus ? », non pas après la fin de leur carrière, mais bien pendant. Ce qui leur aurait valu à coup sûr une place de titulaire indiscutable au FC Jacques Pradel, dans l’équipe-type Perdu de Vue.

Issus de la formation parisienne, Fabrice Kelban, Bernard Allou, Edvin Murati ou Roméo Calenda s’imaginaient certainement un avenir plus reluisant que les trajectoires qui les amèneront, pêle-mêle, à la Berrichone de Chateauroux, à Créteil-Lusitanos, au Stade Briochin, au Stade Poitevin, au Stade Lavallois (oui, je sais, ça fait beaucoup de Stades) ou au Panserraikos FC, en D2 Grècque. Murati, l’aigle Albanais, s’en sortira tout de même avec les honneurs d’une quarantaine de sélections. Latéral portugais en début de carrière, Daniel Kenedy n’aura pas marqué les esprits des supporters du Parc d’une empreinte indélébile, on tendrait à penser que si son nom est resté célèbre, à l’approximation orthographique près, on le doit sensiblement plus à certains homonymes. Ce qui est également le cas pour le gardien remplaçant Vincent Fernandez, bien que la dynastie des Fernandez (Luis, Jean, Jérôme, Nilda…) n’ait pas à déplorer de scoumoune internationale faisant d’elle une « famille maudite ». En effet, jusqu’à preuve du contraire, aucun Fernandez n’a été un Président des Etats-Unis en exercice, assassiné en plein jour dans les rues de Dallas par Lee Harvey Oswald. Mais je ne suis pas sûr que ce soit vraiment le propos ici…

 

Premiers d’une génération où allaient éclore les Rabesandratana, Aliou Cissé, Gregory Paisley et autres Igor Yanovski, Didier Domi et Jimmy Algérino (que les plus jeunes auront la courtoisie de ne pas confondre avec un rappeur dont les textes sont en instance d’intégration à l’académie Française) auront eux connu leur apogée sous le maillot parisien.

 

Du reste (expression brevetée par Thierry Roland, rest in peace), la grosse dizaine de titulaires à Paris sont plutôt des briscards rompus aux joutes européennes, puisque les Lama, Roche, Le Guen, Guérin ou Rai, déjà dans le coup de l’élimination du FCB en 95 et du titre en 96, sont toujours là au stade De Kuip.

A leurs côtés, c’est Laurent Fournier qui tient un couloir droit laissé orphelin par Llacer et Cobos. Fournier, les globes oculaires les plus inquiétants du championnat, à la limite de la désorbitation, qui a inventé douze ans avant sa commercialisation en France le look « aujourd’hui j’ai bu 17 Red Bull ». Vedette de la finale précédente car auteur du coup-franc multi-dévié qui a permis de terrasser 1-0 l’immense Rapid de Vienne, dont les clutchs players avaient pour nom Carsten Jancker et Tryphon Ivanov, Bruno N'Gotty, les cuisses d’un haltérophile Letton et les dents de Jane Birkin, sera cette fois le héros malheureux, en provoquant le penalty qui donnera la victoire au Barça. L’évènement préjudiciable qui fera basculer la suite de sa carrière sur la pente savonnée et descendante, son manque de fulgurance, responsable de la déception qu’il va créer à Milan puis Marseille, le poussera à faire profiter les Wanderers de Bolton de sa coiffure afro-sage. Une trajectoire inversement proportionnelle à celle de Benoît Cauet. Avec son air de pas y toucher et sa chevelure qui rappelle les 80’s et Mel Gibson dans l’Arme Fatale (le 1, le 2, le 3, le 4…), Cauet, à Paris comme les cinq années qui suivront à l’Inter, débutait à chaque fois les saisons dans la chasuble du remplaçant, distancé dans la hiérarchie par bien plus coté que lui, mais finissait toujours, porté par ses sept poumons, dans l’équipe-type au moment du money time printanier. 

 

Au sein de ce milieu de terrain figurent enfin ceux sur qui le temps n’a pas de prise. Jérôme Leroy, radicalement fidèle à son éternelle coupe de cheveux minimaliste, n’a que légèrement grisonné entre cette finale de C2, il y a 16 ans, et la saison dernière qui fut aussi sa dernière au plus haut niveau, sous le maillot rose de l’ETG (un maillot qui, il est vrai, est déclaré source de jeunesse par votre corps). Une coiffure qui n’est certainement pas la came de Leonardo, dont les reflets soyeux ne connaissent aujourd’hui plus l’affront de ses excès de sudation occipitale du temps jadis. Homme de relation, Leo exhibe désormais, dans sa sveltesse de toujours soulignée par un complet D&G cintré en laine Mérinos Super 150, que c’est lui qui tire les ficelles. Mais plus les coups-francs.

L’artillerie offensive du PSG est en droit de susciter de la perplexité. Pour accompagner Rai, le monument, Ricardo peut s’appuyer sur les demi-valeurs sures, au premier rang desquelles Dely Valdes, dans l’ombre de Sonny Anderson au classement des buteurs de D1, et dans l’ombre du Canal au classement mondial de la renommée du Panama. Et  Patrice Loko, efficace en championnat mais dont le fait d’armes le plus célèbre dans la capitale restera son happening déconcertant sur les Champs en sortie de boîte. Il en aurait été autrement si le poteau blaugrana n’avait pas repoussé sa tentative pour égaliser en fin de match( ce qui en fait en quelque sorte le père spirituel de M'Baye Niang ). Derrière, la relève est assurée par Cyrille Pouget, le P flingueur. Qui n’a pas flingué grand-chose Porte d’Auteuil, à part peut-être sa réputation de cador des surfaces.

 

Dans le camp d’en face, dans un maillot vert bien moins dégueulasse que celui de la saison 2010-11, l’absence de publicité en prime, le FC Barcelone boucle une saison de premier plan, sous la britannique houlette de Bobby Robson, successeur de Cruyff. Surfant sur le raz-de-marée Ronaldo, le FCB accrochera la Coupe des Coupes et la Copa del Rey, mais échouera à deux points des Meringues en Liga.

Dans les buts, Papa Busquets, titulaire face à Paris une paire d’année dans le rétroviseur, est désormais sur le banc, d’où il peut observer Vitor Baia, le beau gosse, élastique du short au dessus du nombril et tube de Pento vidé dans la chevelure sombre. Baia, qui au passage confirme que certains ont la bellâtritude plus prononcée à 40 ans qu’à 20, a suivi Robson dans ses valises de Porto à Barcelone, et vivra difficilement le passage à l’ère Van Gaal. Féru de culture luse, Coach Bobby s’appuie sur un contingent do Portugal dont font partie, outre Baia, Fernando Couto et Luis Figo. Couto, la chevelure du siècle (dernier), une tignasse sans nom comme on croit qu’il ne peut en exister qu’une dans l’histoire d’un club, mais qui était un présage de l’émergence future de Carles Puyol. Habitué à cotoyer des poètes à ses côtés en charnière, notamment en Selecçao où il forme une paire subtile avec le délicat Jorge Costa, il retrouve dans cette finale un schéma connu puisqu’il partage l’affiche dans l’axe avec Abelardo. De manière assez incompréhensible pour nous, modestes Français pour qui Laurent Blanc représente l’essence du central de classe mondiale, le Beckenbauer des Cévennes, le Top of the Miel Pops du charisme et de la propreté défensive, le libéro de l’EdF est à la traîne dans la hiérarchie arrière du Barça. Des années après, il reste étonnant de voir que des Couto et Abelardo, aux pieds singulièrement plus carrés, aient été préférés à un jugon ayant autant de ballon que Blanc…

Dans un registre semblable, quoique moins élégant (chauvinisme, sort de ce papier !), et en dépit de son statut de sosie non-officiel de Guy Novès, Gheorghe Popescu, ce que le foot Roumain avait de presque meilleur puisque c’était l’époque d’Hagi et de Raducuiou, a lui dû exporter pour cette finale son toucher de gonfle au milieu de terrain. Un toucher de balle qui fera long feu puisqu’il ne survivra pas à la mi-temps, Popescu restant aux vestiaires pour laisser place à Amor (célébré depuis par un autre monument littéraire du pseudo-hip-hop Français). Est-il utile de mentionner que les latéraux s’appelaient Ferrer et Sergi ? Hein, non ? Effectivement, ce serait limite pléonasmisant.

Ce qui est vrai aujourd’hui l’était déjà dans les années 90, le Barça n’est pas une équipe qui se limite à sa défense. Ça se saurait… La légende s’est plutôt bâtie au milieu, et l’équipe de 97 ne déroge pas à la règle, les créateurs passaient déjà leur brevet des collèges à la Masia. Guardiola, que l’on appelle alors plus souvent Josep que Pep, jouit encore du plaisir d’un cuir chevelu intégralement garni, mais voit comme un sombre présage son avenir crânien personnifié par son acolyte Ivan De Le Peña.

Le trio offensif, de niveau fuoriclasse, comme aiment à le dire nos amis italiens, est néanmoins à pointer du doigt comme le clan de ceux qui, avant ou trop souvent après, se sont parés du maillot blanc. Des trois, plus Albert Celades, sur le banc, qui portera les mêmes tuniques dans un relatif anonymat médiatique, Luis Enrique reste le préféré des culés, puisqu’il est le seul à ne pas s’être embrouillé dans la chronologie. Figo, l’autre Luis, n’a lui pas reçu la même indulgence dans les travées de l’Estadi. Son transfert record n’a certes pas fait de mal aux caisses du Barça (pas pour longtemps…), mais les supporters retiendront surtout le pesetero parti à l’ennemi, pour quelques dollars de plus. Figo y a gagné un joli palmarès en blanc, ainsi qu’un Ballon d’Or obtenu en partie grâce au coup de projecteur médiatique du mercato. Pour s’en tenir au terrain stricto sensu, le Figo Livide n’égalera jamais le Figo Blaugrana, peut-être à cause d’une recrudescence de stars qui ne mettaient pas forcément les clés du jeu dans ses mains. Toujours est-il qu’au classement des plaques de Penyas, qui jonchent le périmètre extérieur des murs du Nou,  celle de la Penya Figo, portes Sud, est haut-la-main celle qui a connu le plus de dégradation physique, en plus des railleries, quolibets et têtes de porc qui sont déversées à leur passage par les spectateurs sur le chemin de leur asiento.

Mais en cette saison 96-97 où les maillots se portaient larges, s’il ne devait en rester qu’un, ce serait lui. Ce Brésilien alors encore affûté, que le temps, les soirées, la cortisone et les assiettes de feijoada ont redessiné au fil des ans en quelque chose d'assez éloigné du morphotype de joueur de haut niveau. Ronaldo, la dentition de Bruno N’Gotty, si vous suivez bien depuis le début, le phénomène, les averses de grêle sur tous les gardiens de Liga, dont les pions à Compostelle ou contre Valence empilent encore les vues sur YouTube. Meilleur buteur de Liga, avec 34 buts, record du club qui tiendra jusqu’à Messi, Soulier d’Or européen cette année-là, Ronaldo est un extra-terrestre et sera récompensé en fin d’année du Ballon d’Or. La menace pas du tout tirée par les cheveux pour le PSG, qui s’inclinera donc sur un coup de pied de réparation du Carioca en fin de première mi-temps. Malheureusement pour le peuple Blaugrana, le président Nuñez acceptera le chèque Interiste au mercato, et le bail de R9 en Catalogne s’en tiendra à cette seule saison, sur laquelle il est difficile de poser un adjectif tant la déflagration fut forte dans le macrocosme du foot mondial. Avec le recul, sachant ce qui allait arriver à Ronaldo, de son malaise en finale de Coupe du Monde 98 à ses rafistolages en série de tendon rotulien, peut-être que le FCB a vendu son prodige au bon moment. Son souvenir demeure en tout cas imputrescible, même s’il aurait pu avoir la décence, dans ses choix de carrière, d’éviter de passer par la Maison Blanche en 2002.

 

On est d’accord, la composition de départ a de la gueule. Le banc offre un peu plus de fantaisie. Les purs produits de la formation made in Masia, dont on attendait beaucoup, Albert (Celades), Oscar et Roger ont des prénoms qui fleurent bon la France du début du XXème siècle, la révolution industrielle, l’âge du cheval-vapeur, toute une époque chère aux aficionados du mouvement Steampunk. Et encore, à ce moment-là, Gerard joue seulement dans les catégories de jeunes.

Au crépuscule de son odysée culé, Stoichkov a rangé sa chaîne en or de 12 kilos sous sa veste de survêt’ de remplaçant, et ses camarades de banc n’ont pas le même lustre que le mythe Bulgare. Giovani sera le précurseur d'une lignée de joueurs du même nom, phonétiquement du moins (Geovani, Giovani Dos Santos), qui décevront. Cuellar, Amunike et dans une moindre mesure Pizzi, pourtant tous internationaux, quitteront aussi le club sur un constat d’échec. Mais donc, avec au moins cette Coupe des Coupes sur le CV.

 

La feuille de match


FC Barcelone 
Baia, Ferrer, Abelardo, Popescu (Amor 46), Sergi, Guardiola, De La Peña 
(Stoitchkov 85), Fernando Couto, Luis Enrique (Pizzi 89), Figo, Ronaldo


Paris Saint-Germain 
Lama, Fournier (Algerino 58), N'Gotty, Le Guen, Domi, Leroy, Guerin (Dely 
Valdes 69), Rai, Cauet, Loko (Pouget 78), Leonardo

Buts : Ronaldo s.p. (37ème)

Affluence : 52 000 spectateurs

 

Vous pouvez retrouver les fiches individuelles des joueurs Catalans dans notre Coin Panini.

Retrouvez également les autres épisodes du PaninHistorique:

Amical 1977

Amical 1982

Champions League 1995

 

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