Barça-Bayern : une différence de classe

Champions League, ½ finale retour : FC Barcelone – Bayern Munich 0-3

Buteurs : Robben (47’), Piqué (csc 71’), Müller (74’)

Plus pâle que son ombre face au rouleau-compresseur Munichois, le Barça n’a jamais semblé seulement croire en ses chances de remuntada, ni même de victoire. Outrancièrement dominés jusqu’à l’écœurement et la résignation, les ouailles de Tito ont sombré dans des abysses plus qu’inhabituelles. La soirée aura au moins eu le mérite de les débarrasser médiatiquement de la pénible étiquette de « meilleure équipe du monde », mais ne les dédouanera pas d’une sérieuse réflexion et de prises de décisions à tous les étages du navire.

 

 

Un enfant de 6 ans qui essaie de se battre avec un adulte. Tenu à distance par une paume de main qui repousse son front, le gamin se débat et envoie des coups de poings dans le vide… Voilà dans les grandes lignes à quoi a ressemblé la double confrontation entre la « nouvelle meilleure équipe du monde » et le cadavre encore chaud de son prédécesseur sur le trône. A la différence près que, contrairement à un père jouant avec son fils, le Bayern a tenu à souligner la différence de puissance à grands coups de mandales avant d’achever son adversaire de piétinements sans pitié. Ce qui tendrait à mettre une bonne volée de plomb dans l’aile de notre théorie sur la (non) fin de cycle, mais on en reparlera l’an prochain à la même heure.

Condamné à un impossible exploit, le FCB a vu, avant le coup d’envoi et à la surprise générale, son cahier de correspondance s’épaissir à la rubrique « absence ». Probablement victime d’une rechute musculaire, même si la communication du club autour de la véritable raison est restée aussi claire que les alibis de Claude Guéant, Leo Messi ne fait pas parti du onze de départ, tout comme Puyol, Masch, Busquets, Abidal et Alba. A ces défections connues à l’avance est donc venue s’ajouter celle de Dieu (qui n'a pas l'habitude de lâcher un match à moins d'être vraiment hors-service), le seul potentiel détenteur de la baguette magique capable de transformer la citrouille en carrosse. Les Catalans n’avaient pas vraiment besoin de ce handicap supplémentaire, eux dont le couvercle était quasiment déjà clouté sur le cercueil de leur parcours européen.

L’aficion a eut beau donner une leçon de tifo à son homologue de l’Allianz, l’orgueil et la fierté réclamés par 98 000 bras tendus n’aura pas trouvé écho dans le onze aligné sur la pelouse. Pas plus d’une mi-temps en tout cas. Les férus de nostalgie future pourront, dans les années à venir, se rappeler que les protagonistes de cette claque historique, dont ils sont à la fois coupables et victimes,  s’appelaient Valdes, Dani Alves, Bartra, Piqué, Adriano, Song, Xavi, Iniesta, Pedro, Villa et Fabregas.

 

Une équipe qui a, et c’est le premier problème sur lequel il faudra se pencher, bu la tasse dans les proportions d’un tsunami sur le plan physique. Trop loin les uns des autres, toujours en sous-nombre autour du ballon,  à un contre deux, deux contre trois, ou trois contre quatre, dans une infériorité numérique au mètre carré qui devenait exponentielle à l’approche du but de Neuer. Certes, l’équipe a besoin de renforts, devant et derrière, et probablement d’un plan B en cas d’absence de Messi ou de configuration de match défavorable. Mais si à l’avenir, dans les matches de très haut niveau européen, le club recrute un caïd défensif et deux pointures offensives pour les faire évoluer avec un souffle aussi court, l’équipe semble promise au même genre de bouillon.

En effet le Bayern a asphyxié le Barça, de la tête, des épaules, des pecs et des poumons, voire encore un peu plus, ce qui a rendu plus facile et éclatante son intelligence rigoureusement tactique et sa démonstration technique. Face à une machine de guerre si bien huilée, on ne peut pas se présenter avec la jauge à moitié remplie, les jambes lourdes et les joueurs en dessous de leur meilleur niveau. Ceux qui se sont dressés éclopés face à la Panzer Division en savent quelque chose.

C’est donc le plus naturellement du monde que le Barça, comme à l’aller, à donné le change pendant une mi-temps, avant de sombrer après un but à la 48ème, autant athlétiquement que dans les tronches. L’entame est plus que poussive, la relance est bloquée par un pressing à la gorge des Bavarois, et le ballon voyage essentiellement entre les godasses fluo des centraux et du milieu, passant avec difficulté la ligne médiane. A la surprise pas du tout générale, malgré leur bonne volonté, les trois de devant n’arrivent pas à proposer un mouvement suffisant au moindre décalage, au moindre déclenchement d’étincelle. Pire, sans l’à-propos de Piqué, dans son costume du tacleur de la dernière chance (par trois fois), Valdes n’aurait certainement pas gardé ses filets intacts jusqu’aux citrons. La seconde moitié de la mi-temps est plus prometteuse, Pedro de très loin passe tout près de surprendre Neuer, Xavi de tout près passe très loin de cadrer sa frappe. En dehors de ces deux principales occasions, les ballons chauds que les Blaugrana arrivent à se procurer sont mal exploités. On pense à Iniesta qui oublie de décaler Pedro seul sur sa gauche, à Alves qui attend pour centrer au lieu de foncer vers le but en solo, ou au coup de rein qu’il aura manqué une paire de fois à Villa ou Cesc pour faire la diff.

 

Lorsque M. Skomina, qui comme son nom l’indique avait les cheveux plaqués et luisants, renvoie tout son monde sous la tribune, on se dit surtout que le Bayern n’a pas marqué, donc qu’une succincte once de menu suspens frétille encore, et on espère qu’un petit magicien avec un gros numéro 10 dans le dos va sortir de sa boîte, pour écrire le chapitre d’un conte de fée que nos enfants de voudront pas croire quand on leur lira, à l’heure du coucher, dans quelques années.

Ceux qui croient à la symbologie et aux signes vont sérieusement revoir leur fantasme à la baisse dès le retour des vestiaires. Messi a enfilé une doudoune Bibendum qui donne des relents de forfait à sa présence sur le banc. De toute façon, le Barça n’en a plus que pour deux minutes.

Le temps pour Valdes de rater une relance rapide suite à un corner. Alaba récupère et signe la préface du grand dictionnaire de la transversale. Vous comptez bien, une seule passe a suffi à perturber la défense Barcelonaise, en cours de remontée. La suite est d’une banalité confondante, mais d’une efficacité tout sauf flatteuse pour Adriano et son manque de jugeote, qui ne pourra pas jouer les surpris sur le coup. En un-contre-un face au Brésilien, Robben, comme par hasard (vraiment, ça doit bien être la première fois), crochète pour se remettre sur son gauche, et enveloppe second poteau. On aurait pu parier la maison sur l’enchaînement du Batave dès sa prise de balle, et pourtant, le résultat est là et sa réussite renvoie la défense locale face à son édifiante naïveté.   

Les Catalans doivent à se moment-là en planter 6 pour voir Wembley, autant dire que la blague va tourner court. Vilanova, lui, a semble-t’il déjà abdiqué puisqu’il fait rejoindre le banc (reposer ?) à Xavi puis surtout Iniesta, il est vrai pas dans leur assiette. La seconde mi-temps à l’Allianz avait été un calvaire, le Bayern est heureux de vous présenter sa petite sœur. Le pressing ne se relâche pas et contraint Piqué et Bartra, le plus souvent, à jouer sur un Valdes bien obligé d’allonger le jeu. L’attitude culé sur la pelouse n’est pas des plus présentables, les joueurs semblent prostrés, découragés, groggys. Il leur tarde déjà, certainement, comme à tous leurs supporters, que le match se termine et que l’addition ne se corse pas trop. 

 

La douloureuse va pourtant se révéler salée. La faute en grande partie à la vitesse de Ribéry et/ou à la lenteur de la défense Blaugrana, qui va tout d’abord pousser Piqué à la faute et à l’autogol. Pourtant un des meilleurs mercredi, dans le contenu et dans l’attitude, Shakiro signe le 2-0 d’un dégagement raté dans ses propres filets. Sur le coup, il est le seul défenseur en position face à trois attaquants, et parvient à couper la trajectoire du centre de BeauGosse, mais le ballon, à hauteur de hanche (Hips Don’t Lie) n’est pas des plus propices à l’intervention et finit donc sa course tragiquement dans les buts de VV. Le grand Gerard n’est pas plus heureux sur l’action suivante puisque, encerclé dans sa relance dans le rond central, en mal de solutions de passe, il est coupable de la perte de balle qui amène le troisième coup de couteau. Pour la petite histoire, Song se fait enrhumer par Alaba qui centre vers Müller au second poteau. A la lutte avec Bartra, Adriano et Valdes, le bourreau du match aller est le seul à suivre le ballon des yeux tout du long, et le pousse derrière la ligne d’une tête sans artifice.

Les travées se vident déjà mais les déserteurs précoces ne rateront pas grand-chose. Mise à part une tête de Villa sur le poteau, le Barça poursuit dans un désert d’occasion particulièrement aride sa vaine quête pour « sauver l’honneur ». Une expression du journalisme d’antan, galvaudée à souhait en l’occurrence vu l’état de l’honneur Barcelonais du haut de ces sept grains de retard, qui ne trouvera finalement aucun écho dans la surface de Neuer (dont la coiffure d’enfant de chœur n’a pas tremblé sous le poids des balles).

 

La pelouse de l’Estadi, champ de ruine où les vainqueurs vêtus de rouge célèbrent leur triomphe avec plus de décence qu’un certain José M. il y a trois ans, n’avait pas été le théâtre de telle débâcle depuis des décennies. Le 0-7 est implacable mais reflète en tout point la différence de niveau, de classe et de préparation des deux équipes, à l’instant t de ces demi-finales.

La gravité du constat a d’ores et déjà lancé la politique de grands travaux en regard du mercato, à la lumière des pots cassés issues de la négligence du recrutement de l’été passé. Le Barça a besoin, si ce n’est de changement, de retouches importantes dans le très haut niveau, devant et derrière. Pour l’anecdote, il sera intéressant de comparer, en début de saison prochaine, l’étendue des changements opérés (entraîneur, joueurs, philosophie de jeu) par le Bayern et le Barça, respectivement en début et fin de "cycle et de règne".

 

Napoléon a t’il noté ses hommes suite à la bataille de Waterloo ? La grande Histoire n’est pas catégorique sur ce point. De notre côté, on va quand même se pencher sur les acteurs du Naufrage.

 

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Par où commencer ?

Par ceux qui ont sincèrement mouillé le maillot et qui se sont montré dignes. Song et Piqué, qui ont longtemps retardé l’inéluctable avant de sombrer eux aussi sur le tard, emporté par la vague. On mettra dans le même bateau Bartra, qui a souffert, pour dire les choses de façon consensuelle, mais qui n’a jamais lâché.

On ne se prononcera pas sur Valdes, pas en cause sur les buts malgré un troisième où il subit clairement les évènements.

 

Au rayon des déceptions, les latéraux se sont comme à l’aller fait péter l’élastique du short par Ribéry et Robben, sans apporter quoi que ce soit dans la moitié adverse. Aucun impact non plus au milieu, l’absence de solutions devant aura forcé Xavi à des passes atrocement neutres et Iniesta à des tentatives de dribbles pas très bien senties, et pas vraiment réussies non plus.

Devant, le marasme, pas de mouvement et aucune proposition de solution tangible. Malgré leurs efforts, Pedro, mais surtout Villa et Fabregas se sont largements enlisés, leur manque de vivacité gâchant les rares opportunités d’ouverture.

 

On devrait se retrouver très vite dans de prochains numéros pour disserter sur l’utilisation outrancière de Messi, sur les changements à apporter, etc.

 

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Commentaires: 1
  • #1

    EL BARCAOUI (dimanche, 05 mai 2013 15:58)

    Ces deux confrontations nous ont mis clairement en lumière les gros manques que l' on a montré lors des précédents tours (Milan et Paris) les zones de vérité que sont l' attaque et la défense, une condition physique déplorable entre méforme et blessures, cette année on se repose trop sur les exploits de Léo mais quand il est absent les joueurs sont perdus il va falloir remettre les bases qui nous ont permis d' avoir était au top. Rosell et l'équipe dirigeante ont un défi excitant à relever. Visca Barca !!!

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