Atlético-Barça : Désillusion, de sueur et de sang

Champions League, 1/4 de finale retour: Atlético de Madrid - FC Barcelona 1-0

Vicente-Calderon - Buteur: Koké (5')

Le Barça devait marquer pour espérer prolonger d’une unité sa série record de demi-finales de Champions consécutives. Dominés physiquement, pris à la gorge par un Atlético dont les incisives rayaient la pelouse de Calderon, les joueurs de Martino laissent en toute logique les Colchoneros continuer la route à leur place. Pourtant, malgré le marasme dans le jeu, le FCB a eu les occasions pour contredire la loi du plus fort.

Il est des sommiers plus confortables que d’autres. Les habitués du couchage hôtelier le savent, et le Barça ne cochera certainement pas 5 étoiles sur TripAdvisor pour évaluer la qualité de l’accueil dans l’antre des Matelassiers. Il aura donc fallu, cette saison, attendre le cinquième côté du pentagone pour que l’affrontement se décide un vainqueur. Impressionnant en tous points depuis septembre, l’Atlético de Madrid a prouvé une nouvelle fois qu’il connaissait l’enchantement pour dompter le onze blaugrana. Vainqueurs de la double opposition en Supercoupe,  les Catalans ne pouvaient pas espérer gagner l’intégralité des 3 manches de ce coude-à-coude face à un adversaire aussi gênant, et abandonnent donc l’acte Champions. En attendant, espérons-le, une possible revanche pour le titre lors de la 38ème journée de Liga.

 

Marquer. Telle devait être l’obsession culé à l’entame de ce quart retour mal embarqué, faute d’avoir su capitaliser à l’aller sur vingt dernières minutes de folie. Attendu au tournant tactiquement, el Tata avait choisi comme annoncé d’avancer son équipe-type. Le gardien de fortune et la défense sans alternatives connus, le milieu inamovible, la seule incertitude résidait dans l’animation offensive et le positionnement de Cesc, qui devait conditionner la situation géographique de Neymar et de Messi sur le pré. Sur le coup d’envoi, c’est le Brésilien qui occupe la bande droite, laissant présager une organisation de jugones classique, qui  a montré toutes ses limites il y a huit jours. Rapidement, on se rend compte que le positionnement correspond à ce qu’on a pu lire depuis une paire de publications des périodiques. Cesc occupe l’axe, Messi s’exile sur le côté de Dani, et Ney retrouve son jardin à gauche, où l’on attend beaucoup de son entente avec Alba et Iniesta. Suivant l’évolution du score, cette formule avait l’avantage de pouvoir se moduler en un retour au milieu à quatre, en cas de prise d’avantage au score. Ce qui n’arrivera jamais…

 

La première minute laisse présager le meilleur. Busquets enquille un dribble plus qu’osé à l’entrée de sa surface, puis Messi rushe de la touche vers l’axe et décoche une frappe, au-dessus. Les schémas semblent se mettre en place comme désiré, mais vont violemment voler en éclat. Survoltés, portés par leur public et plus sanguins qu’un boudin aux oignons, les Rojiblancos vont marcher sur les Catalans pendant un quart d’heure de cataclysmique. Le FCB s’attendait peut-être à des Madrilènes attentistes, sur les lauriers de leur 0-0, mais découvrent un pressing étouffant dans sa propre moitié de terrain. Submergée, l’arrière garde, noire comme les maillots et comme la soirée qui s’annonçait, accumule les errements. Comme si les sous-nombres, les duels aériens perdus et les mauvaises appréciations de trajectoires (Masch, paie-toi des cours de ballistique !) ne suffisaient pas, les Barcelonais donnent le bâton pour se faire soumettre par une dominatrice en cuir et latex. Jusqu’au boutistes d’un jeu construit, ils s’entêtent à sortir les ballons proprement à terre, et précipitent par là leur propre chute. Busquets, ciblé comme l’homme à déposséder par el Cholo, ne semble pas assimiler que l’arbitre est britannique et donc peu enclin à lui octroyer des coups-francs lors de ses grigris dos au jeu. Pinto s’y met aussi, empêtré dans un dribble plus subi que souhaité, dont il se sort indemne. En l’espace de 10 minutes, le leader de Liga touche trois fois les montants (pas de jaloux, une fois chacun) et une fois le fond des filets. Alors que les défenseurs sombres sombrent, ne sachant pas où donner de la tête, ils oublient Koke qui surgit au premier poteau pour compliquer un peu plus le scenario culé.

 

Au quart d’heure, alors que le momentum local retombe quelque peu, le Barça peut estimer bien s’en sortir avec ce 1-0 qui ne lui change pas grand-chose, au fond, puisqu’il doit toujours marquer pour espérer voir plus loin. C’est bien là le problème. L’organisation de cette autre Madrid nie au Barça sa substance propre. Sans espaces, toujours en sous-nombre à tous les coins de la pelouse, les hommes de Martino n’arrivent même pas à bégayer leur football. La moindre passe dans l’intervalle est interceptée ou contrée. Le moindre dribble est raté. Messi n’en montre pas plus qu’à l’aller (ce qui fait vraiment peanuts, avouons-le). Iniesta, alchimiste de ces dernières semaines, transforme désormais en plomb tout ce qu’il touche, et rate même des contrôles, seul aux 40m. Malgré ce néant plus qu’inquiétant, Leo se procure une paire d’occasions énormes. Dani le trouve tout d’abord seul au point de péno, mais son coup de tête ne fait que chatouiller le poteau, qui semble t’il ne craint pas les guilis. Rebelote en milieu de mi-temps, Messi vendange une nouvelle balle en or, servi par un Neymar grandiloquant, caviardeur au terme d’un rush face à toute la défense conclu du bridge de l’année sur Tiago, emballé dans du cachemire. Un Barça aussi mal en point, nécessiteux d’un but comme un paria, ne peut pas se permettre de goinfrer, qui plus est par son joueur majeur, les rares opportunités de se sortir de la nasse qui se présentent à lui. Pour faire une incursion du côté polémique, M. Webb ne bronche ni sur un accrochage au coude à coude entre la Masche et Adrian (léger pour siffler la peine maximale), ni sur le contact subi par Fabregas dans la surface (qui a provoqué un drôle de silence à l’antenne de BeIn Sports lors des 4 ralentis). Globalement permissif comme tout bon sifflé de son île, l’arbitrage du grand Howard sied à ravir le jeu rugueux et intense de l’Atlético. Mais l’excuse de l’arbitrage ne sera même pas un recours, ni une excuse, pour l’issue de ce quart de finale.

 

Le constat est implaccable, un Atléti à 120% réduit le Barça à n’être que l’ombre de lui-même. Les locaux appuient là où ça fait bobo, jeu long et aérien vers l’avant, pressing suffocant et anéantissement des lignes de passes. Puisqu’on ne change pas une équipe qui gagne, on prendra les mêmes après le repos. Pour une même souffrance de milliers de quidams, drapés de maillots blaugrana et prostrés dans leur canapé.

 

Pourtant, l’entame de deuxième pouvait laisser présager autre chose. Un autre match. Une équipe qui va au bout en Champions vit toujours au moins une mi-temps en dedans entre les huitièmes et la finale, et le vainqueur est souvent celui qui traverse le mieux son moment de tempête. Avec son déficit d’un but pour trois poteaux, le FCB semblait admissible pour la théorie du roseau, celui qui plit mais ne rompt pas. En léger mieux, malgré des séquences d’échanges toujours contrariées par des crampons rouges, la bande à Tata se crée d’emblée sa meilleure occasion. Xavi profite d’un appel gonflé d’exactitude de Neymar, pour ce qui sera le seul décalage « barcelonesque » de la soirée. Lancé en diago dans la surface, Junior croit pouvoir dribbler Courtois mais se rappelle bien vite qu’outre un tarin qui s’apparente à une arme blanche, le portier du plat pays possède aussi 197 cm et l’envergure qui va avec, suffisant pour repousser du bout des gants le but promis au Brésilien. Et pour tracasser Messi, sur qui le ballon revient au niveau du rond de craie blanche. Inexplicablement, ou à cause de la présence envahissante de Courtois en train de se relever, Leo n’allume pas du droit sans contrôle pour ce qui aurait été le petit frère de son but du 2-2 lors du dernier Clasico. La tentative de crochet du génie en souffrance voit une mer de défenseurs se refermer sur lui, tandis que l’action se poursuit sur Alves, qui remet dans la boîte. Pour l’ascenseur émotionnel de l’année. Dans une confusion palpable, l’intégralité de la planète barceloniste se lève pour célébrer l’égalisation de X6. Mais non, Courtois parvient, d’un pied tendu vers son destin, à dévier au-dessus la reprise à bout touchant du capitaine.

 

A mesure que le match avance, les problèmes Blaugrana persistent, et signent. El Tata tente un peu tard d’insuffler de l’attaquant au mètre carré, avec les entrées de Faudel et Pedro, mais ni la fluidité, ni le punch ne reviennent dans la maison Catalane. Si la sortie de FabPasTropFab ne souffre aucune contestation, celle d’Iniesta fait parler, et n’aurait pas spécialement été goûtée par l’intéressé. Si son match a effectivement tutoyé un niveau bas qu’on lui a rarement connu, le Don fait partie des rares joueurs dont un coup de rein peut faire changer la partie, et rien qu’à ce titre, le laisser sur l’herbe aurait paru justifié. Prenant lentement mais surement le dessous sur son adversaire, l’équipe va se couper en deux, et abandonner à eux-mêmes Bartra, Masch et Alba, qui la plupart du temps s’en sortent avec les honneurs, à l’huile de coude. Dans la dernière demi-heure, sur des contres à un pour un, l’Atleti aura trois fois l’occase de s’engoncer dans le confort d’un second pion d’avance. Diego, Gabi et Cristian R. vont buter sur une Tresse vigilante, mais c’est surtout le capitaine Matelassier qui joue le plus mal le coup, alors que le 2-0 lui semblait promis.

 

De l’autre côté, ce sont deux actions jumelles qui feront trembler le peuple du sud de Madrid. A l’heure de jeu, Alves expédie son 476ème centre dans la surface, Xavi le coupe d’une tête peu convaincue, la balle fuit le cadre et le pied de Neymar, à qui semblait promise une reprise aux 6 mètres. Le copié-collé de la 77ème sera autrement plus glaçant. A la réception d’un centre d’Alexis, @Njr11 grille Juanfran d’une tête plongeante quasi-parfaite. Le temps s’arrête dans Calderon, le bruit avec, et dans un souffle d’angoisse le peuple Colchonero (50 000 + 11 spectateurs, Courtois inclus) voit avec bienveillance le cuir s’échapper à quelques centimètres du poteau. L’ultime quart d’heure ne verra pas naître de dernière chance d’accrocher la prolongation, le Barça ne parvient pas à mettre le feu au match, à acculer l’Atlético dans sa surface. Les arrêts de jeu synthétisent l’impuissance blaugrana face à l’organisation du Cholo, sur trois minutes d’extra-time, deux seront passées au poteau de corner droit de Pinto, à la désespérée quête d’une bouigue insaisissable.

 

Game Over. Barcelone ne pourra donc pas s’adonner au jeu des 7 familles avec ses demi-finales de LDC. Gêné à souhait par le bloc Rojiblanco, un voire deux tons en dessous physiquement, Xavi & Cie n’auront pas su faire régner leur supériorité technique. Au-delà de 20 minutes d’enflammades à l’aller qu’ils n’auront pas su rendre suffisamment bankable, les Catalans ont enchaîné un bon match puis un autre hors-sujet. Fatalement trop peu pour sortir une équipe dont ça semble être l’année, qui se sublime et dépasse sa valeur intrinsèque. Malgré tout, malgré la supériorité et la méritocratie de L’Atléti, le Barça a eu les occases et aurait dû forcer au moins une prolongation, quitte à passer par la petite porte.

 

Après ce lourd coup sur la tête, la clique d’el Tata a les cartes en main, et des objectifs à l’horizon. Il ne tient qu’à elle de relever la tête et finir dignement, avec les perspectives d’un possible doublé, teinté de revanche lors d’une 38ème journée face à son bourreau européen. Si tel est le cas, la saison sera étonnamment réussie et constirtuera un jouissif pied-de-nez aux épisodes néfastes apparus en coulisse depuis Janvier. A l’inverse, on peut craindre que l’éviction continentale, objectif suprême qui cristallisait l’attention et cimentait les ambitions, laisse des traces profondes, à même de faire imploser le groupe. Et de terminer l’exercice en eau de boudin, sans le moindre titre à caler sous l’oreiller.

 

Début de réponse samedi soir, à Grenade. Il serait bon de ne pas y dégoupiller. (La vanne de clôture de cet article est sponsorisée par Jean Bloguin, humoriste).

 

La notation qui plombe la moyenne du trimestre est déjà dans le carnet de correspondance, ici.

 

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