Barça-Real : A deux vitesses

Copa del Rey, Finale - FC Barcelona - Real Madrid CF 1-2

Mestalla, Valencia - Buteurs : Bartra (66') / Di Maria (10'), Bale (85')

En une semaine, le Barça vient de saboter ses chances dans les trois compétitions en cours. La dernière en date hier soir avec la défaite en Copa face au Royal. Un trophée pas forcément stabiloté en aout dernier au moment de définir les objectifs prioritaires, mais qui aurait été un sacré lot de consolation dans une saison qui s’annonce blanche.

Plus rien. Voilà ce qu’il devrait rester en termes de trophées à la fin de la saison. Habitué à gagner au moins un titre majeur depuis la saison historique de 2008-2009, le Barça va, sauf remuntada bien sentie, voir sa ligne de titres rester malheureusement vierge. La faute à cette mi-avril plutôt mal gérée qui voit tous les rêves de titre s’envoler, emportant avec eux les certitudes sur son toque. Encore plus que des coupes, le club catalan semble avoir perdu la foi en son jeu et l’envie de gagner. Un constat triste, que l'on se réitère devant la télévision depuis mercredi dernier.

Au lendemain de cette nouvelle défaite, l’image marquante pour tout un chacun reste ce déboulé de Bale, symbole de l’impuissance barcelonaise face à un bon Madrid. Gêné par Bartra au début de l’action, le Gallois prend le périph' pour contourner le canterano. 50 mètres plus loin, le joueur le plus cher du monde a même le temps de bafouiller un contrôle avant de tromper Pinto. Sur le replay, on se demande même si l’homme aux mâchoires sur-carrées n’aurait pas eu le temps de passer au Mac Drive avant d’aller inscrire le but qui crucifie le Barça. Bale, le genre de mec qui cranait au lycée avec sa Yamaha 80 DT avec kit carbu pendant que toi et tes potes galériez avec une 103 SP bridée. Certes, ça vaut 100M€, mais ça peut vous glaner deux, trois couronnes apparemment.

 

Ce but fatidique  inscrit à cinq minutes du terme vient bonifier pour le Real un match intelligent, laissant la possession à un Barça sans idées nouvelles et sans véritable envie. La Meringue aura exécuté à merveille son jeu de contre-attaque, dont deux fulgurances auront suffi à ramener la Coupe à Cibeles, plus tard dans la nuit. La première n'a même pas attendu les dix minutes de jeu. Une perte de balle stupide et anodine de Dani Alves se transforme en but, grâce à une sortie de pelota parfaite d’Isco, relayée à une touche par Bale puis Benzema. Lancé seul two aux 35 mètres, Di Maria semble mal jouer le coup de prime abord, bien contrôlé par Jordi Alba. Sa frappe croisée mollassonne vient néanmoins tromper un Pinto bien mal inspiré sur ce ballon qui ne passe qu’à quelques centimètres de son pied d’appui. La main gauche de la Tresse se veut au moins aussi mollasse que la frappe du Madrilène. L’action illustre les forces et faiblesses des deux rivaux. Une vitesse éclair dans l'exécution et les déplacements des merengues contre une défense poreuse et centralement lente des blaugrana, pas aidée par un portier malhabile. Aussi, elle souligne une dissension entre le milieu et la défense. C’est encore une fois l’histoire de l’œuf et de la poule pour savoir quelle ligne était mal positionée. Toujours est-il qu’Isco a profité de l'espace laissé vide entre Busquets et ses centraux pour éliminer d’une passe tout le milieu et livrer la défense en un-contre-un, un schéma qui se répètera tout au long du match.

 

 

La seconde attaque décisive ne devra une conclusion joyeuse qu’à la célérité de Gareth Bale. Aujourd‘hui déjà, GR11 (rien à voir avec le sentier de promenade qui serpente l’Ile-de-France) est affublé dans les réseaux sociaux et sur les internets de costumes de super-héros, parmi lesquels la coiffure des super-saïens ou le vêtement moulant de Flash Gordon. Des comparaisons flatteuses (en somme, ce n'est rien d'autre que le driblle à Djibril) mais assez illustratives du sentiment engendré par son sprint. Encore une fois, sans toutefois pouvoir être targué du surnom de « passoire », La Tresse ne montre pas vraiment l’image d’un gardien de premier ordre, laissant passer le ballon de la gagne entre ses deux guiboles sans avoir tenté une sortie incisive. Aussi, une telle attaque menée sur la ligne de touche devrait être avortée par un tiers venant fermer la porte et soutenir Bartra. L'action est un copié collé du rush de Gabi à Calderon (pour les nostalgiques des Paninis du PSG), où l'entrée de la surface se fait sur tapis rouge, Busquets n'arrivant pas à lâcher la caravane et Masch conservant le marquage de son attaquant au second poteau.

Entre ces deux buts, les Livides auront eu une bonne demi-douzaine d’occasions qui auraient pu crucifier plus tôt les Catalans. Surtout en seconde période, où Bale manque de scorer sur un rush puis d’une frappe de volée à l’entrée de la surface, toutes deux hors cadres. Un rectangle de 2,44 par 7,32 qui aura rarement été attrapé, mis à part par Benzema, dont le tir voué à raser le poteau, est repoussé tant bien que mal par Pinto, via l’aide de son montant droit. Surtout, le Real avait inscrit le but du 2-0 sur un corner où Mateu Lahoz a préféré siffler une faute de Bale sur le gardien barcelonais. Le genre de coup de sifflet "qui n'aurait pas été sifflé en Premier League", championnat où le raffut est toléré, comme aurait pu le souffler Stéph' Guy.

A ce moment-là, le Real est sûr de sa force. Tout juste inquiété par deux frêles têtes d’Alba et Neymar et deux frappes ratées de Messi en première, Iker n’aura eu qu’à sortir une frappe lointaine de Bartra pour garder son record d’invincibilité en Copa. Assez étonnamment, les Laiteux vont prendre un but sur un corner, où leur taille devait les garder à l’abri de tout danger. Bartra, le seul avec Busquets à culminer au-dessus du mètre 80, se joue du marquage de Pepe pour loger le cuir dans la lunette de San Iker et calmer les ardeurs du virage blanc.

Ce but récompense le joueur qui avait le plus envie sur le pré côté barcelonais. A l’instar d’Alba et Neymar, celui qui était trop jeune pour participer aux campagnes de 2009 et 2011 a montré qu’il avait envie d’écrire de nouveaux glorieux chapitres dans les lignes de palmarès de son club. Une volonté visiblement plus faible chez les cadres qui ont semblé résignés face à une physionomie de match qu’ils ont trop connus. Englués dans une nouvelle partie de handball, ils semblaient ne plus croire aux principes qui ont fondé les succès de leur lustre récent. Parmi eux, comment ne pas pointer l’attitude de D10S. Lui qui nous avait habitué à sortir la bonne prestation au bon moment ne semble plus que l’ombre de lui-même, sans essayer de sortir de sa mauvaise passe. A la limite de la tête à claque dans son attitude, big up Jérémy Ménez, Leo donne l’impression d’un collègue ayant posé sa démission et qui se la coule douce pour ses trois derniers mois de préavis. La Coupe du Monde sera un bon test pour savoir si la thèse du je-m’en-foutisme tient la corde ou si le mal est plus profond.

Dans cette opposition attendue, difficile aussi de ne pas débattre la composition du Tata. A nouveau, il a préféré un milieu de jugones, avec un Fabregas clairement en-deçà, logeant Iniesta à gauche et Neymar sur la droite, pas forcément le bon joueur à la bonne place. A croire que petit, il s’entêtait à vouloir faire rentrer les triangles dans les trous en étoile. On aurait aimé voir plutôt et plus tôt (à ne pas confondre avec l’ami de Mickey, ni avec Dingo qui est le chien de Mickey) une solution avec Pedro ou Alexis en ailier droit. Hélas, on aura vu la même chose qu’au Nou face à l’Atlético en Champions.

Tirés de leur insipide bouillie de match par le but requiquant de Saint-Marc, le Monsieur Propre de la soirée, les blaugrana vont essayer de mettre un peu de folie dans les vingt dernières minutes. Jouant dans les vingt mètres adverses et multipliant les gestes de grande classe dans les petits périmètres, ils ne vont pourtant pas réussir à concrétiser leur temps fort. Au lieu de cela, sur une nouvelle perte de balle d’Alves, Bale vient sentencier la Copa. Pourtant, Neymar aura l’occasion de rajouter une prolongation à ce match. Trouvé magistralement par Xavi, Junior bafoue l’offrande d’un pointu le poteau frappant de plein fouet. Pas mécontent du sort métallique de l’action, Casillas voit le ballon échouer dans ses gants, alors qu’il était cerné par deux blaugrana qui auraient bien gouté renvoyer au fond des filets ce ballon.

 

Au final, même si cette action à l’orée des arrêts de jeu auraient pu déjouer le plan madrilène, le score de 2-1 n’est que trop logique vu l’écart constaté entre les deux équipes, surtout sur le plan de la vitesse des enchaînements, techniques et athlétiques. Ce matin, les culés se réveillent avec une gueule de bois longue d’une semaine, comme s’ils venaient de passer les sept derniers jours avec des punks à chien à siroter de la Bavaria 86  tiède à côté du Lidl voisin. Pourtant, au lendemain du clasico liguero, tout le monde osait rêver à une nouvelle saison à titres. Le retour à la réalité est brutal, le Barça vient d’enchainer un triste record de trois défaites consécutives qui viennent annihiler les espoirs de trophées.

 

En 2011, le Roi avait tenu la main de Casillas en lui remettant la Coupe. Là, il lui tient la jambe. Il vaudrait peut-être mieux qu'il n'y ait pas de victoire du Real en 2015...
En 2011, le Roi avait tenu la main de Casillas en lui remettant la Coupe. Là, il lui tient la jambe. Il vaudrait peut-être mieux qu'il n'y ait pas de victoire du Real en 2015...

Ressassée depuis de longs mois par la presse, d’autant plus si elle est madrilène, cette putain de fin de cycle vient nous frapper de plein fouet, et paraît aujourd'hui difficile à contre-argumenter. Espérons que ça suffise pour que les journalistes arrêtent avec ça, une fois passé le Mondial brésilien. Surtout, espérons que le club démarre avec un nouveau cycle dès cet été. Même si l’interdiction de transferts à venir amènera un mercato vierge de recrues, après deux étés passés à accumuler les mauvaises idées, il faut souhaiter un chamboulement profond au club. Si on imagine mal Bartomeu appeler de nouvelles élections (sauf révolte des socios), on peut toujours croire à une refonte des institutions pour une meilleure gestion globale. Sur le pré, certains départs devraient se confirmer, parmi eux ceux de Valdes, Alves, voire de Xavi. Sur la touche, difficile de dire si le Tata sera encore présent dans la cahute l’an prochain. En tout cas, les résultats ne plaident pas pour lui.

 

Avant de penser à la période estivale, il va falloir se remettre vite de ce violent mal au crâne. Dès dimanche, le Barça a rendez-vous avec une remuntada. Dans la presse et les discours policés, on va ressortir la traditionnelle formule qui voudrait que chaque match soit une finale. Il n’en reste que cinq. On peut toujours espérer une faille de chaque club madrilène d’ici à la fin du championnat, eux qui devront aussi gérer la Champions. Il serait donc de bon ton pour le Barça de gagner ses cinq dernières rencontres, pour ne pas regretter cette fin de saison. Ou pire, avoir à se ressasser les deux défaites face à Valladolid et contre Grenade.

 

Les notes sont encore tristes, mais elles sont toujours là...

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