Xavi : Faux départ

On l'attendait ailleurs. Dans le golfe selon les premières rumeurs. De l'autre côté de l'Atlantique, aux derniers on-dit. Après une carrière vouée au Barça, Xavi semblait décidé à s’offrir un autre challenge, hors des limites du vieux continent. Si le grand saut vers un autre maillot reste d'actualité, à moyen ou court terme (fin de saison ? mercato d'hiver ?), el de Terrasa va bien reprendre la saison en blaugrana. L'occasion de jeter un coup d'oeil dans le rétro...

Torse à l'air, le bide rentré. Xavi a d'ores et déjà pris la relève de Puyi...
Torse à l'air, le bide rentré. Xavi a d'ores et déjà pris la relève de Puyi...

Une saison sans titre, une fin de cycle beuglée surtous les toits depuis des mois, une révolution annoncée. Si le ravalement de Can Barça, du sol au plafond, a bien lieu cet été, il semble avoir fait au moins un rescapé. Xavi Hernandez i Creus et sa coiffure Playmobil qui lui valut le triste surnom de ‘Pelopo’ (aisément traduisible par ‘Poil de couille’) va donc poursuivre son chemin culé, désormais orphelin de Carles Puyol et de sa chevelure serpillère. Deux enfants de la Masia incarnant à souhait le Barcelonisme. Le second par sa grinta légendaire et son style anachronique dans le Barça le plus technique de tous les temps. Le premier reflète, lui, ce fameux jeu qui a fait rêver les hinchas, et énervé le reste du monde.

Pourtant, tout aurait pu tourner court en début de carrière pour X6. Cantonné, par le mythe Guardiola, dans un rôle de faire-valoir, Xavi ne doit son début de carrière barcelonaise qu'à la volonté de Van Gaal de l’intégrer au groupe pro et à celle de sa femme, récalcitrante à quitter sa Catalogne natale. Les blessures à répétition de Pep accélèrent alors son ascension, jusqu’au parcours qu'on lui connait aujourd’hui. En chiffres, Xavi, c’est tout de même 723 matchs officiels avec le Barça, 7 Ligas et 3 Champions ; et bien sûr, 1 Mondial et 2 Euro avec la Roja (ce qui n'en fait pourtant pas une carrière à 2 balles). Surtout, il a incarné le jeu développé par le plus grand Barça de l’histoire, celui mené par son mentor Guardiola. C’est le football dans ce qu’il a de plus simple et de plus difficile. Pas forcément doué d’un physique hors-norme, le joueur de Terrassa s’est évertué à rendre exceptionnel l’essence du jeu : faire des passes, à la bonne personne et au bon moment.

 

Alors que ses valises semblaient déjà sanglées, et le Visa pour les USA tamponné, au chaud dans le passeport, Xavi a fait machine arrière. Suite à un entretien en bille à bille avec Luis Enrique et Bartomeu (enfin, en bille-à-bille-à-bille, puisqu'ils étaient trois...), Xav' a décidé d'annuler, ou en tout cas d'ajourner, son exil vers New York.

Le Barcelonisme respire un peu mieux. Après avoir perdu son emblématique capitaine et son gardien, le Barça aurait en effet, le même été, perdu son troisième capitaine, emportant avec eux la forte dose d’identité Barça qu’il véhiculait. A eux trois, ils comptabilisent quasiment tous les records du club. Xavi est le joueur le plus titré et le plus capé, juste devant Carles, Migueli et le Double V. En sus, Don Carles a le record du capitanat et Valdés celui de trophée Zamora. Par amour du goût.

 

Si une large part de l’esprit du club et de l’âme de l’équipe se fait donc la malle en un mercato, un zeste de l'essence Catalane va rester. Derrière Xavi, il y a certes des joueurs formés au club et des ex-pensionnaires de la Masia. Mais il est difficile de trouver une tronche aussi forte que ces trois-là. Naturellement, le capitanat devrait échoir entre Piqué, Busquets, Iniesta et Messi, en imaginant que Xavi devienne cette saison un joueur de rotation plus que le titulaire inamovible qu'il a toujours été. Parmi eux, seuls Shakiro et Busi sont nés en Catalogne et devraient donc incarner le barcelonisme, succéder au symbole Don Carles. Pourtant, Gerard Piqué i Bernabeu symbolise plus le métrosexuel marié à une bombe latine que le Catalan pure souche, prêt à tout pour défendre le Can Barça. Et jusque-là, Sergio n’a jamais eu le plaisir et l’honneur de porter à son bras la senyera. Iniesta et Messi, quant à eux, semblent un peu éloigné de la figure du leader de vestiaire. Nés hors des limites du comté de Catalogne, ils représentent pourtant l’identité du club, comme jadis un asturien nommé Luis Enrique. Parmi les joueurs non formés à la Masia, Javier Mascherano apparait comme une évidence pour pallier à la grinta de Puyol, lui, l’aboyeur en chef de l’Albiceleste qui caractérise à merveille la rage autrefois détenue par les cheveux frisotés du Capita.

Si vous ne l'avez toujours pas dans votre penderie, c'est le moment ou jamais...
Si vous ne l'avez toujours pas dans votre penderie, c'est le moment ou jamais...

Côté effectif, la prolongation de Xavi soulage un milieu de terrain en reconstruction profonde. Mascherano devrait retrouver sa position naturelle, Rafinha et Rakitic remplacent numériquement Song (si le FCB arrive à lui trouver une porte de sortie) et Cesc, mais un départ non compensé de Xavi aurait laissé un vide, tant numériquement qu’en termes d’expérience. A ce niveau, on peut corréler la volonté du club de le garder par l’échec de recrutement d’un Koke, ou l’abandon des pistes Kroos ou Pjanic. A terme, la question de la succession finira fatalement par se poser pour un Barça qui a toujours au dessus de la tête la menace d'une interdiction de recruter. Quitte à faire la révolution, le club aurait peut-être eu intérêt à tourner la page Xavi, histoire de ne pas se retrouver dans l'impasse en juillet prochain...

A un tournant difficile après l’ère Pep-Tito et l’interim de Gerardo Martino, le Barça est confronté à un vrai renouveau identitaire. Le départ des cadres catalans amènera forcément une redistribution de l’esprit Barça, mais Xavi, pour quelques mois encore, servira de trait-d’union. Une identité qui pourra être transférée en partie sur les épaules du successeur d’el Tata. Joueur, Luis Enrique avait gagné le titre de plus Catalan des Asturiens et le coeur de l’aficion en cultivant la haine du Real Madrid, dont il était le transfuge. Puis, en tant qu’entraineur du Barça B, il a prouvé sa dévotion pour le club culé. Souhaitant s’appuyer en large partie sur ses anciens protégés, Lucho va donc renforcer l’effectif de joueur estampillé Masia. Une volonté affichée en promouvant Bartra au rang de capitaine pour le premier match amical, en l’absence des internationaux.

 

Seul survivant des trentenaires de la Masia, Xavi Hernandez se lance donc pour ce qui devrait être son dernier tour de piste en blaugrana. Certainement avec un temps de jeu réduit. Certainement avec un niveau de jeu conforme à sa légende.

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