Luis Suarez, celui qu'on adore détester

Il est des sujets qu’il est difficile à traiter. Comme celui d’un joueur haï par la majorité de la sphère footballistique et qui débarque dans votre club. Celui d’un joueur, mi-génie mi-démon, que vous n’avez jamais réussi à caser dans vos cases ‘J’aime’ ou ‘J’aime pas’ et qui oscille continuellement entre les deux catégories. Celui de Luis Suarez, l'incroyable avant-centre qui va dynamiter l'attaque du Barça, tout en détériorant l'image du club en débarquant à Barcelone avec toute sa batterie de casseroles.

Un grand merci à la FIFA, qui dans la grande mansuétude de ses sanctions nous prive même d'une photo décente de Suarez avec son nouveau maillot. L'escouade Photoshop du FCB a fait ce qu'elle a pu...
Un grand merci à la FIFA, qui dans la grande mansuétude de ses sanctions nous prive même d'une photo décente de Suarez avec son nouveau maillot. L'escouade Photoshop du FCB a fait ce qu'elle a pu...

Luis Suarez fait partie de cette frange de joueurs qui ne peut que cliver les aficionados de football. Comme jadis Hristo Stoichov, Eric Cantona ou Diego Maradona. Tous ont la particularité de mélanger les coups de génie et les coups de sang, les actions remarquables et celle remarquées pour les mauvaises raisons (et parallèlement, tous sont des joueurs d'exception). Pour l’Uruguayen, le côté bad boy se signe à la pointe des incisives, par ses morsures à répétition. Tout avait commencé par Otman Bakkal dans l’anonymat de l’Euredivisie, puis vint Branislav Ivanovic en Premier League, avant Giorgio Chiellini,en mondovision. Des gestes impossibles à excuser et franchement difficiles à comprendre pour un joueur désormais repu aux joutes continentales. Une attitude que les psychologues du monde entier ont voulu décrypter, apportant chacun leur version de l'analyse. A coup sûr l’attitude d’un mec impulsif qui fait le geste qui lui passe par la tête, à bon ou à mauvais escient.

 

Au-delà de ses coups de dent, l’autre fait polémique gravé dans les mémoires footeuses est son arrêt illicite contre le Ghana, en huitième de finale du Mondial sud-africain. Une parade salvatrice pour son pays que lui-même qualifiera d’ « arrêt du Mondial », comme pour envenimer encore la situation. Une action qui reste encore en travers du continent africain qui aurait aimé placer une de ses sélections dans le top 8 mondial. Une parade qui le classe immédiatement au rang de héros national en Uruguay et au statut de brigand ailleurs. Dans l’absolu, et bien que contre toute éthique sportive, ce geste était la réaction adéquate à ce moment du match (désepéré, Suarez s'est sacrifié, il a pris penalty et rouge en connaissance de cause, on ne peut donc pas le traiter de voyou. Et ce n'est pas sa faute si Gyan a envoyé le péno dans les gradins). Un geste finalement salvateur pour son équipe et c’est tout ce qu’on lui demandera sous les couleurs blaugrana.

 

Car, au final, c’est bien cela que le Barça est allé chercher. Un neuf capable de devenir meilleur buteur de son championnat malgré une absence pénitentiaire prolongée en début de saison. L’an dernier, il n’avait pu participer qu’à 30 des 38 matches de Premier League pour finalement en devenir le meilleur buteur. On signe de suite pour ce genre de copie pour la saison à venir. Usés à un schéma de handball dont ils ont de plus en plus de mal à se sortir, les Barcelonais tiennent en Suarez une nouvelle arme. Sans pour autant sortir des standards de taille de l’attaque culé, ni être un point de fixation des défenses, l’Uruguyan amènera son sens du but et ses talents de 9 pur, ce qui n’existe pas en soi (ni en velours) dans l’effectif de Luis Enrique. C’est d’ailleurs le nouveau mister qui a poussé pour le faire venir en Catalogne.

Avec cette recrue qui pique quqnd même au moment de passer à la caisse (81M€), le Barça arme donc son bras, déjà équipé de pépites argentino-brésilienne, de ce qui se fait de mieux au monde dans la surface de réparation (et autour). Dans un football mondial où le 9 véritable se raréfie, Suarez dispute à Falcao, voire à Roberto Lewa, le titre officieux de meilleur avant-centre planétaire. Plus mobile et meilleur dribbleur que Radamel, Luis le terrible a enquillé une saison 2014 de niveau Ballon d'Or, un peu plus près des étoiles. Son envie de chair fraîche l'éloignera en toute logique de la course à la récompenmse individuelle suprême, mais qu'importe, avec Neymar et Messi, le FCB alignera trois des cinq meilleurs joueurs offensifs actuellemet répertoriés. Moins esthète que ses compagnons (il faut bien garder un héritage de dix ans en sélection avec Diego Lugano pour Capitaine), Suarez sera fondamental par sa grinta, alors que l'attaque culé manquait justement d'un profil de joueur qui ne lâche jamais rien. Plus qu'un simple goleador, le Suarez 2013-2014, ce sont aussi 12 passes décisives et une entente cordiale avec ses collègues du front (Sturridge, Sterling, Coutinho), qui laisse présager une acclimatation en douceur dans le huilé collectif Catalan (mais pas aussi huilé que Cristiano à la plage). Seul bémol, s'il fallait en trouver un, de la palette technique du bonhomme, il n'est pas à proprement parler un joueur de tête dans la surface, solution alternative en attaque qui ferait un bien fou à l'équipe. Mais Suarez se montrera certainement plus capable d'en piquer une de temps en temps, du bout du front au premier poteau, que ses camarades offensifs.

Loin de chercher le buzz, Lucho a dû peser le pour et le contre au moment de faire venir son homonyme prénominique dans son équipe. Il a surement été attentif aux éloges reçus çà et là des anciens coéquipiers de Suarez. A travers les propos de Gerrard, Reina ou Stuani, on découvre un coéquipier modèle dont on vante l’humanité. Un côté méconnu du grand public que le Pistolero tente d’accentuer en se livrant à des petites sorties sympathiques dans les rues de Castelldefels, entre coup de com’ et véritable proximité.

 

Lucho Bumaye !
Lucho Bumaye !

Tout le problème de Suarez est là, actuellement. Dans sa géolocalisation. S’il a choisi de déambuler dans la station balnéaire du sud de Barcelone, ce n’est pas dans un but touristique mais sous la contrainte érigée par la sanction de la FIFA. Car, outre une suspension de neuf matches en sélection plus que logique, l’instance mondiale au-dessus de tout soupçon a aussi écarté le vampire de toute activité footballistique jusqu’au 25 octobre prochain. Une punition à la limite de l'atteinte à la liberté des droits de l’homme, qui l’a expulsé de l’hôtel des Uruguayens au Brésil et qui l’a privé de présentation officielle au Camp Nou. Plus concrètement, elle lui interdit aussi de pénétrer dans le Can Barça pour venir saluer ses collègues et de s’entrainer avec eux (on était à deux doigts de lui interdire l'accès à sa femme et ses gosses).

C’est sur ce dernier interdit que le bât blesse. Si la privation de matches officiels est on-ne-peut-plus logique au vu du geste d’un récidiviste, on peut logiquement se demander si l’interdire de venir s'entraìner  avec ses collègues n’est pas démesuré, voire grotesque. Surtout si on compare sa situation à celle de Zuñiga. Le Colombien, auteur de l’attentat qui a mis fin au Mondial de Neymar, a pu jouer en amical contre le Barça avec son club du Napoli. Certes, la morsure est une agression aussi vile qu'indéfendable. Pas sûr qu’il vaille pour autant quatre mois de plus d’expulsion d’activité footballistique qu’un coup de genou qui aurait pu paralyser les jambes de l’ex-joueur YouTube (désormais bien plus accro à Instagram).

 

Pour l’instant, El Pistolero doit donc ranger son flingue et s’adonner à des plaisirs solitaires de son côté. Si elle n’est pas réduite ce vendredi par le TAS, la sanction s’étalera dans les faits plus loin qu’à la date fatidique. En effet, on imagine mal Luis Enrique l’incorporer de suite à son onze sans qu’il n’ait traité football avec ses potes. A défaut de lui permettre de rejouer avant le 25 octobre, espérons que sa peine soit réduite de façon à lui laisser accès aux pelouses de la Ciutat Esportiva.

 

Quand il reviendra, Suarez formera le S du trio MSN, concurrence directe du BBC des Livides et relève du MVP de 2011, dans une course ridicule au surnom des triangles offensifs (JPP, lui, se débrouillait tout seul). Une association sud-américaine qui pourrait faire des étincelles si chacun arrive à trouver sa place. Pour l’instant, Luis S. se contente d'être le sujet de bien des détournements sur les réseaux sociaux et est considéré comme le plus gros paria du monde footballistique actuel. Une image qu’il est le seul à pouvoir gommer, sur et en dehors des terrains Barcelonais.

 

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