T'es sûr qu'il vaut double ce but à l'extérieur?

La scène est connue. Vous invitez des amis pour un huitième de finale aller de Champions. L’équipe qui se déplace marque un pion d’entrée. Bien calé sur le canapé, vous entendez un pote, un peu léger en connaissances footballistiques, qui lance : « Avec la règle du but à l’extérieur, ça fait déjà 2-0, non ? ». Ben non, pas tout à fait. Retour sur la plus grande incohérence des Lois du Jeu.


Jusqu’à la fin des années 60, les matchs aller-retour de Coupe des clubs champions et la Coupe des villes de foire ne nécessitaient pas de connaissances particulières en mathématiques. Une addition simple des scores du match aller et du match retour suffisaient. Et si les deux équipes se retrouvaient à égalité, on les envoyait faire un match d’appui. Oui, à l’époque, personne n’avait encore inventé les tirs aux buts. A l’instar de la demi-finale de Coupe des clubs champions de 1968 où l’Eintracht Braunschweig et la Juventus étaient allés jouer un match d’appui à Berne, territoire suisse idoine pour la neutralité. Et pour cause, les Allemands l’avaient emporté 3-2 chez eux à l’aller avant de s’incliner 1-0 dans le Piémont.


Fin des années 60 et début des années 70, le football connait sa dernière grande période de réforme. Pour info, depuis, on n’a inventé que la victoire à 3 points, la passe en retrait interdite et la règle des 6 secondes, ostensiblement bafouée par des gardiens chronophages. Avant l’invention de la séance de tirs aux buts et de la différence de buts pour remplacer le goal average, la FIFA avait bossé sur un concept étrange : le but à l’extérieur qui compte double.


Surement experts en Scrabble, les pontes du football mondial reprennent l’idée de la petite case « Mot compte double » pour se l’approprier. Ici, pas question de favoriser les têtes pensantes, mais plutôt les équipes se déplaçant. A cette époque, que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaitre, les déplacements en Europe n’ont pas encore connu la révolution EasyJet/Ryanair. Alors, on pense à une idée pour que les visiteurs (sans Christian Clavier ni Jean Réno) soient récompensés du désavantage qu’ils ont eu à sillonner l’Europe dans des conditions difficiles. Le principe de base est simple, récompenser les équipes qui marquent à l’extérieur.


Si l’intention est louable, la formulation de la règle va être foireuse et prêter à une confusion sans précédent. En effet, la FIFA sort alors la règle tel quel : « Si le score est nul à l'issue des deux matchs, tout but marqué dans le stade de l’équipe adverse comptera double. ». Dans l’idée, on comprend bien le truc, si une équipe marque plus que l’autre à l’extérieur, elle est qualifiée. Mais pourquoi donc avoir été chercher le coup du « compte double », là est toute la question. La formulation a depuis été revue pour celle-ci, présente dans le règlement de la Champions : « si les deux équipes ont marqué le même nombre de buts sur l’ensemble des deux matches, celle qui a marqué le plus grand nombre de buts à l’extérieur se qualifie pour le tour suivant ». Voilà, là, c’est clair !


Malheureusement, ça ne l’a pas toujours été. Alors que la première utilisation de la règle remonte à 1965, l’arbitre du match de Coupe des vainqueurs de coupe (ancienne C2) entre les Rangers et le Sporting Portugal, joué en 1971, va se méprendre. Le match retour à Lisbonne voit son score égaler celui du match aller (3-2). On dispute alors logiquement une prolongation, qui va voir marquer les deux équipes. Selon la règle, les Rangers sont donc qualifiés à la faveur du but à l'extérieur, valable jusqu'à la 12ème minute. Pas du goût de l’arbitre qui fera jouer la séance de tirs aux buts pour rien, l’UEFA entérinant a posteriori la victoire des Écossais.


Plusieurs questions se posent aujourd’hui sur la légitimité de cette règle. D’ailleurs, Sepp Blatter, un mec qui a des idées, a récemment proposé de ne pas tenir compte en cas de prolongation. Une remarque pas dénuée d’intérêt, ce qui est a signalé pour le ce génie qu’est le président de la FIFA. Mais qui peut se pousser encore plus loin.


Dans une Europe où les aéroports forment un tissu serré sur l’ensemble du territoire (on pourra toujours discuter de quelques territoires reculés en Europe de l’Est), le désavantage se fait de moins en moins flagrant. Aussi, on peut aboutir à des aberrations totales, comme cette demi-finale de Champions 2003 où le Milan AC s’est imposé au but à l’extérieur face à l’Inter Milan. Après avoir fait un nul vierge à domicile à San Siro à l’aller, les rossoneri étaient allés décrocher la qualification avec un 1-1 à Giuseppe-Meazza.


Si la raison originelle de difficultés de voyage peut être remise en cause, la volonté initiale de motiver l’offensive à l’extérieur est carrément tombée dans l’oubli. Jadis créée pour prôner le jeu vers l’avant, la règle amène désormais les équipes hôtes à jouer les frileuses pour ne pas encaisser ce fameux but qui compte double. Il n’est plus anormal de voir un match aller finir sur un 0-0, qualifié de bon résultat par l’équipe recevant.


Par contre, si on peut contester ces points, il est impossible de nier que cette règle apporte le must du suspense pour ces matchs à couteaux tirés. Une dramaturgie folle qu’on n’a pas vue depuis l’Iliade et l’Odyssée ou les films de Christopher Nolan. Avec elle, on obtient la seule configuration où un but peut vous faire passer du rire aux larmes, comme dans une chanson de Sniper, ou inversement. Quand un but salvateur dans les arrêts de jeu vous amène tout droit en prolongation dans une confrontation directe, ce même but peut vous qualifier en Ligue des Champions. Parlez-en à Chelsea, ils sont encore en deuil. (¡Bestial! ¡Brutal! ¡Total! ¡Descomunal! ¡Increíble! ¡Increíble! ¡Cómo la pegó, como la pegó! ¡Cómo le salió! ¡Con el corazón de todo el barcelonismo! ¡Con la ilusión, por el futbol!)


Le débat mérite donc d’être posé, même s’il reste des cas où le déplacement reste quelque chose de désavantageux, comme pour les matchs en Amérique du Sud où une visite en Bolivie n’est jamais facile, voire pour les voyages difficiles aux Iles Féroé où il est habituel de rester bloqué de longues heures à l’aéroport de Tórshavn. Là, le but à l’extérieur est précieux. Mais dans aucun cas il ne vous en remportera deux !

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Commentaires: 1
  • #1

    stocco luciano (jeudi, 14 mai 2015 09:13)

    Hier au soir le real madrid aurait gagner minimum 3 à 1 pour se qualifier car à parité des buts le but à l'exterieur compte double . ou bien ? merci

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