Vigueur à gauche, molesse à droite

Il ne s'agit pas d'un avant-goût des primaires à venir. Simplement un constat sur les déséquilibres du onze Blaugrana. Revenu en verve depuis Décembre et le retour de la paire Alba-Iniesta, le côté gauche submerge son homologue droitier, à la peine dans les grandes largeurs. Etat des lieux, activité géographique à l'appui.

Source Twitter @fcbarcelona_fra
Source Twitter @fcbarcelona_fra

 

Le Barça version 2016-17, a fortiori sa mouture de début d'année, laisse perplexe quant à sa force collective, sa fragilité défensive ou ses difficultés à établir un fonds de jeu lorsque l'équipe adverse vient chercher haut. On est en droit de se poser des questions sur les aptitudes de Luis Enrique à trouver les parades tactiques, lui qui bâtit surtout son programme de campagne sur le talent de ses noms propres. A la frontière entre problème collectif et souci individuel, le FCB apparaît particulièrement bancal, avec un penchant non dissimulé pour la gauche (toute correspondance avec ce qui pourrait se passer en France au mois de Mai serait purement fortuit).

Lors de la réception de Bilbao pour la vuelta de huitièmes de Copa, l'utilisation de la largeur par les Barcelonais a tutoyé la caricature, puisque près de la moitié des attaques s'est déroulée sur le côté fort. Le gauche, donc. El zurdo, pour nos lecteurs avides de la faconde cervantine...

Près de la moitié des attaques sur le flanc gauche, l'autre moitié se répartit entre l'axe et le côté droit (Source : fcbarcelona.fr)
Près de la moitié des attaques sur le flanc gauche, l'autre moitié se répartit entre l'axe et le côté droit (Source : fcbarcelona.fr)

 

L'animation des côtés et sa problématique reposent évidemment sur les triangles formés entre l'ailier, le relayeur et le latéral. Malgré certains défauts, l'attelage Alba-Iniesta-Neymar s'appuie sur la force de l'habitude, forgée depuis plus de trois saisons communes. Le poids de ces automatismes fait largement pencher la balance, que le trio Messi-Sergi Roberto-3ème homme (à piocher entre Rakitic/Denis/Gomes/Rafinha) ne parvient pas mettre de niveau.

Analyse en détail de chaque position, et des différences entre babord et tribord.

 

Les Latéraux : un problème de profondeur

Evidemment, comparer Jordi Alba et Sergi Roberto, c'est mettre sur le grill un vétéran rompu aux joutes du front depuis des années, et une bleusaille tout juste sortie des cours théoriques des manuels militaires. Après des début très prometteurs, Sergi Roberto a connu des déboires défensifs au cours de l'automne, qui ont semblé mettre un grand coup de froid dans son sac de velléités offensives. Il paraît depuis jouer avec le frein à main.

Comme on peut le voir sur les passmaps des trois derniers matches (cf. ci-dessous - cliquer sur l'image pour agrandir), Jordi Alba s'engage infiniment plus dans la profondeur dans son couloir que son homologue du côté opposé. Alba a tendance à attaquer la zone dans le dos de Neymar par des appels de balle, là où Sergi R. préfère souvent partir de loin, balle au pied, dans des rushes solitaires ou à relais. Surtout, le plus jeune des deux s'affiche 2 à 3 fois moins souvent dans les 25 derniers mètres.

 

Lors de ses trois matches, Sergi Roberto est en retrait par rapport à Alba/Digne en ballons passés ou centrés dans les 25, les 15 derniers mètres et à l'intérieur de la surface. (Source : fcbarcelona.fr)
Lors de ses trois matches, Sergi Roberto est en retrait par rapport à Alba/Digne en ballons passés ou centrés dans les 25, les 15 derniers mètres et à l'intérieur de la surface. (Source : fcbarcelona.fr)

 

Pour un latéral, la zone de création de danger se trouve dans les 15 derniers mètres adverses, à hauteur de la surface de réparation. Mieux, l'idéal est de trouver des positions de centre depuis l'intérieur de la surface. Ces deux géographies sont régulièrement visitées par Alba, très peu par Roberto.

Cas particulier, le match a Villareal, face à des Jaunes placés très bas, a permis à nos latéraux de se poster très hauts, mais là également, Sergi R. a eu un déficit de tranchant, puisqu'il a moins pénétré la surface adverse que ne l'a fait Digne.

Modèle du genre cette saison, la performance de Jordi lors du déplacement à Osasuna, qui l'avait vu commettre deux passes décisives, serait une bonne vidéo de chevet pour son jeune padawan droitier. Comme on peut le voir ci-dessous, le n°18 avait attaqué la "end zone" à huit reprises, dont cinq fois à l'intérieur du grand rectangle. Une fois dans la surface, tous les centres prennent un caractère de dangerosité évidente, ce qui n'est pas forcément le cas de ballons envoyés dans la boîte depuis l'extérieur de l'area, d'autant plus si la source se trouve au delà des 25 mètres.

A Osasuna, Alba a été touché 8 fois dans les 15 derniers mètres, dont plus de la moitié à l'intérieur de la surface (Source Fcbarcelona.fr)
A Osasuna, Alba a été touché 8 fois dans les 15 derniers mètres, dont plus de la moitié à l'intérieur de la surface (Source Fcbarcelona.fr)

 

Les Relayeurs : une question de volume

A ce poste encore, la comparaison est difficile puisque depuis Septembre, la fadeur des prestations de Rakitic a amené Luis Enrique a beaucoup de rotation sur la position d'interior droit. La place est donc un siège brûlant, sorte de chaise musicale sur laquelle personne n'arrive à poser son cul durant deux rencontres consécutives. Impossible donc pour le quatuor Rakitic/Denis/Gomes/Rafinha de tenir la dragée haute face au taulier Iniesta.

Face à Bilbao, Iniesta a écrasé Rafinha, tant en termes de ballons joués que de gonfles touchées dans les dernier tiers du terrain (Source : fcbarcelona.fr)
Face à Bilbao, Iniesta a écrasé Rafinha, tant en termes de ballons joués que de gonfles touchées dans les dernier tiers du terrain (Source : fcbarcelona.fr)

 

Ca se vérifie à chaque match, mais c'était notoirement évident face à Bilbao mercredi, Iniesta présente un volume de ballons joués monstrueux en regard de ce qu'a pu proposer Rafinha. Ce qui est valable pour Alcantara Junior l'est aussi pour ses trois collègues d'infortune, aucun n'arrive à tirer son épingle du jeu dans l'utilisation du ballon, et les circuits de relance qui démarrent dans les pieds de Busquets, Piqué ou Umtiti cherchent donc préférentiellement le Don, à leur détriment. Le rôle de relayeur droit a qui plus est cette particularité qu'il doit pouvoir assumer un énorme volume défensif, pour compenser le non-repli de Messi sur cette aile. Une débauche d'énergie qui se paie lorsque l'équipe a le ballon (le relayeur droit paie également le sous nombre numérique d'un Messi qui déserte et d'un Roberto qui monte peu).

Outre la quantité, la différence entre Andrés et les autres se juge aussi sur la qualité. Plus que ses comparses de la droite pas encore décomplexée, Iniesta joue énormément de ballons dans le dernier tiers du terrain, et ose beaucoup plus. Que ce soit du dribble ou des passes verticales et brise-lignes, le Manchego assume les prises de risque que son rôle impose. Ce n'est le cas pour aucun de ses pendants à droite.

 

Les Ailiers : un souci de positionnement

Bien qu'ils soient tous les deux attirés par l'axe de la pelouse, Messi et Neymar se distinguent nettement dans leur occupation de l'espace, comme on peut le noter sur les cartographies ci-dessous (passes + dribbles, les tirs n'apparaissent pas).

La grande différence entre Neymar, aimanté dans la moitié gauche, et Messi qui visite l'intégralité du territoire - Les ballons touchés par Ney à droite sont des corners. (Source Fcbarcelona.fr)
La grande différence entre Neymar, aimanté dans la moitié gauche, et Messi qui visite l'intégralité du territoire - Les ballons touchés par Ney à droite sont des corners. (Source Fcbarcelona.fr)

 

Le Brésilien, qui a la fâcheuse tendance à surjouer, notamment à stopper la dynamique pour jouer des un-contre-un, a affiché des améliorations en première mi-temps face aux Basques, en jouant plus vite et plus souvent en première intention vers Suarez et Alba, alors qu'historiquement ses relais favoris restent Messi et Iniesta. Malgré tout ce que l'on peut lui reprocher, Junior demeure toujours une solution de proximité pour la paire Alba-Iniesta.

Ce n'est pas le cas de Messi. Le jeu du Barça n'est jamais aussi bon que lorsque la Pulga garde une attache sur son côté droit, mais c'est justement lorsque la fluidité du collectif grince qu'il se permet de dézoner pour venir assumer la création dans l'axe, voire jusqu'au côté gauche. Leo est difficile à suivre, tous les défenseurs vous le diront. Mais l'avis doit également être partagé par ses deux portes-flingues de la bande droite, qui ont le droit d'avancer un certain sentiment d'abandon. D10S est partout sur le terrain, mais pour ses voisins, il est souvent nulle part, en tout cas trop régulièrement hors de portée. Il n'est pas inconcevable que ce soit Messi lui-même, par manque d'affinité technique, qui fuie volontairement un couloir dans lequel il se plaisait gaiment lorsqu'il l'arpentait en compagnie de Dani Alves. Toujours est-il qu'à vouloir aider toute l'équipe, l'Argentin commence par contrarier sa confrérie de droite.

 

Quelles solutions ?

Elles peuvent être multiples, du remaniement du système au choix des hommes, mais la notion primordiale étant l'animation, la première des réponses devrait venir du comportement individuel de chaque joueur (ou, à défaut, de consignes particulières venant du coach).

- Les consignes

  • Pour Sergi Roberto, prendre cette p***** de profondeur et se projeter dans la surface adverse.
  • Pour le relayeur droit, prendre plus de risques offensifs, assumer une part de débordements.
  • Pour Neymar, jouer plus vite et plus souvent avec Alba et Suarez en première intention.
  • Pour Messi, venir aider les joueurs sur le côté droit.

- Le choix des hommes

Au delà des consignes, le profil des joueurs utilisés à chaque poste permet d'insister sur un aspect du jeu particulier :

  • Latéral droit : Donner sa chance à Aleix Vidal, à l'aise dans le domaine offensif (mais pour Vidal, le sujet semble ailleurs dans la tête d'Enrique). Recruter un autre latéral (Srna ?) qui "connaisse le métier" et possède cette faculté à déborder.
  • Relayeur droit : le poste est un siège éjectable, c'est le principal problème. Choisir un profil oui, mais alors il faut lui laisser de temps de s'installer, et lui donner une demi-douzaine de titularisations consécutives pour pouvoir montrer ce qu'il a dans la sève. Avec sa capacité de dribble et sa polyvalence comme ailier, Denis Suarez a notre préférence, il a le meilleur karma pour provoquer balle au pied, oser dans les passes et déborder.
  • Les trois de devant : Avec la nécessaire gestion de la fraîcheur physique à prendre en compte, on aimerait que Lucho pose ses c***** sur la table et opére une rotation parmi la MSN. Arda a plus que prouvé qu'il avait de quoi suppléer Neymar. C'est beaucoup moins vrai pour Alcacer et Rafinha à la place de Luisito et Messi, mais il faut insister et leur donner à nouveau leur chance. Asseoir un des membres du trio magique aurait plusieurs effets bénéfiques. Responsabiliser les deux qui jouent. Tirer vers le haut le "remplaçant" aligné avec eux. Enfin, et surtout, avoir une arme de gros calibre dans la cahute à faire rentrer pour changer le cours du match si nécessaire (ce qui n'est jamais le cas quand la MSN est titulaire, faire rentrer quelqu'un revient toujours à affaiblir intrinsèquement la ligne offensive).

- La tactique

On est en droit de douter de Lucho sur ce plan là, mais il pourrait modifier tactiquement son système, comme il l'a testé en début de saison, sous la forme d'un 3-4-3. Ca n'avait pas été un franc succès dans le jeu, mais pourquoi pas ? L'idée d'un 3-4-3 serait de donner entière liberté à Messi, et de missionner deux joueurs à l'occupation des lignes de touche, Alba à gauche, et... qui à droite ? On en revient aux points précédents, ce milieu droit devra avoir le profil d'un mangeur de ligne, ou les consignes qui vont dans ce sens. Est-ce que cela pourrait être Sergi R, rassuré  et libéré offensivement par la présence d'un défenseur supplémentaire dans son dos. Possible, mais on a quelques doutes sur Sergio Busquets à droite d'une espèce de double pivot avec Iniesta, il garderait un registre plus défensif que le Don, et ne serait donc que d'une aide limitée pour son milieu excentré.

 

 

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