Souviens-toi d'Anoeta

Pour son retour sur le terrain de la Real, un mois et demi après y avoir coulé en Liga, le Barça a semblé obnubilé par la volonté de ne pas refaire les mêmes erreurs. C'est donc dans un style frileux et avare en prise de risque que les Catalans ont mis fin à une décennie d'insuccès dans la baie Donostiarra.

 

Le dernier voyage du Barça à San Sebastian s'était moyennement passé, c'est peu de le dire. Complètement asphyxiée par le pressing Txuri Urdin, l'équipe de Luis Enrique n'avait pas existé et s'en était miraculeusement sorti avec un point, arraché par une action de classe du duo Neyssi. Soucieux de ne pas revivre le même genre de cuisson à l'étouffée, les Catalans ont semblé aborder ce match de Copa avec l'intention première de ne pas se mettre en danger, quitte à rogner sur la qualité du fonds de jeu, et donc à basculer rapidement en mode boring.

 

Un bloc bas

On a bien noté quelques montées de latéraux, mais globalement le Barça de jeudi s'est distingué par une volonté de rester compact sur son socle défensif, et de laisser les clés de la production offensive aux trois de devant. Sans être dans une forme pyrotechnique, la MSN a eu le mérite de l'efficacité, puisque Neymar a été chercher puis transformer un penalty qui a sensiblement simplifié la soirée barcelonaise. Ce qui était déjà vrai en première mi-temps s'est accentué après la pause, l'équipe s'est progressivement coupée en deux. Les triplettes de Belleville ont abandonné après les citrons les phases de pressing qu'ils avaient éxecutées dans le premier acte (avec Suarez à droite et Messi en pointe sur les centraux ou le gardien), ce qui n'a pas aidé à sortir la seconde mi-temps de sa léthargie. Ce pressing initial n'avait pas été suivi par toute l'équipe, il avait pour unique but de gêner la relance, pas de venir agresser haut pour récupérer immédiatement.

Pour témoigner de la volonté de rester bas et de ne pas s'exposer, on observe (cf. ci-dessous) que les trois joueurs du milieu de terrain ont eu une position moyenne à l'intérieur de leur moitié de terrain, ce qui est rare pour une équipe habituée à dominer comme le FCB. C'était déjà le cas il y a 15 jours à Bilbao, mais Busquets et Iniesta avaient eu un positionnement plus haut de 5-10 mètres (à pondérer par la fin de match d'ultra-domination en supériorité numérique). Symbolique également, l'activité défensive de Busquets, et son gros abattage à la récupération, s'est presque complètement déroulé dans son camp, preuve que le Barça a eu un positionnement médian, plus bas que dans ses meilleures versions. Quand le Barça est dominateur, la récupération se fait au niveau de la ligne médiane ou au-delà, et la position moyenne de tout le bloc-équipe se situe dans le rectangle adverse (ou pas loin).

Négationniste ou "Atlétiquiste", ce parti pris aura réussi aux Culés puisque la Real s'est montrée très peu dangereuse, et n'a pas sollicité Cillesen de la partie. 

 

A gauche, le positionnement moyen des joueurs, où Iniesta, Busi et Rakitic sont dans leur camp. A droite, l'activité défensive de Busquets s'effectue essentiellement dans son camp (source fcbarcelona.fr)
A gauche, le positionnement moyen des joueurs, où Iniesta, Busi et Rakitic sont dans leur camp. A droite, l'activité défensive de Busquets s'effectue essentiellement dans son camp (source fcbarcelona.fr)

Face au pressing, une relance contrariée

Ca commence à être de notoriété publique, le Barça en chie pour sortir proprement les ballons face à un pressing intense, ou au moins face à un positionnement haut de l'adversaire qui coupe les premières lignes de relance. La Sociedad avait excellé dans ce type de harcèlement en Liga, ils ont donc remis le couvert, mais avec moins d'intensité, et ont trouvé en face des Blaugrana moins joueurs et moins enclins à prendre des risques pour sortir clairement balle au pied.

Les latéraux, relayeurs et attaquants se proposent trop peu entre les lignes (et au départ, bougent trop peu pour créer des espaces où venir se démarquer). De fait, le gardien et ses centraux se retrouvent rapidement en situation précaire, sans solution de relance évidente. Jeudi à Anoeta, Cillesen a très souvent cherché long, avec évidemment un déchet maximal (ci-dessous sur la passmap n'apparaissent que les ballons perdus "directement", auxquels il faudrait rajouter les longs ballons sur lequel les Barcelonais ont gagné le duel aérien puis perdu le second ballon). Le Néerlandais, par nature ou suite à des consignes du staff, s'est rarement embarrassé à chercher une solution courte. On a l'habitude de voir ter Stegen multiplier les relances proches, souvent avec mise en danger immédiat, hier les ordres semblaient être de repousser les prises de risques loin dans le camp adverse. A côté de Cillesen, Umtiti a aussi paru en difficulté pour trouver des appuis. Il a commis une paire de passes trop couillues qui auraient pu coûtercher. Il a également jeté quelques tubes au loin, mais pas tant que ça, comme en atteste sa passmap.

A gauche, les 13 ballons perdus par Cillesen sur du jeu long. A droite, la passmap d'Umtiti révèle moins de ballons longs que l'on aurait pu croire pendant la rencontre (source fcbarcelona.fr)
A gauche, les 13 ballons perdus par Cillesen sur du jeu long. A droite, la passmap d'Umtiti révèle moins de ballons longs que l'on aurait pu croire pendant la rencontre (source fcbarcelona.fr)

 

En panne d'alternative, Cillesen s'en est donc remis (beaucoup) à de grands coups de chausson. Dans le court périmètre, ces seules possibilités se sont nommées Umtiti, sur lequel il a orienté un grand nombre de passes latérales (cf. ci-dessous), et Sergio. Le grand Bousquette, à l'aise dos au jeu et easy pour se défaire de l'adversaire qui lui poussait au cul, s'est montré essentiel dans le jeu catalan. Le Barça n'a pas créé grand chose, mais les seuls mouvements propres sont partis de ses pieds devant la surface de réparation. Il a été le seul à se proposer comme homme libre pour créer le premier décalage. Ci-dessous, on voit clairement coïncider les relances courtes de Cillesen avec la zone d'activité de Busi. Le numéro 5 a touché ses ballons très bas prés de sa surface. Il n'en a touché aucun dans les 30 mètres adverses, mais c'est une habitude chez lui, qui rentre rarement dans le dernier tiers du terrain même quand son équipe domine les débats.

 

A gauche, les relances réussies de Cillesen, essentiellement sur Umtiti (en rouge) et Busquets (en Jaune). (Source fcbarcelona.fr)
A gauche, les relances réussies de Cillesen, essentiellement sur Umtiti (en rouge) et Busquets (en Jaune). (Source fcbarcelona.fr)

 

En conclusion, le Barça s'en est sorti car il a eu la réussite de faire tourner le scenario à son avantage en prenant le score rapidement. Dans un match pingre en occasions, et faible en qualité technique, les Catalans ont cherché par dessus tout à corriger ce qui n'avait pas fonctionné 45 jours plus tôt. Ils ont donc joué avec l'idée de ne pas s'exposer, ce qui n'a pas fait remuer l'échelle de Richter du plaisir. Mais la prise d'Anoeta passait par là, et les fondations d'une qualif' pour les demies sont désormais bien avancées.

 

 

Photo : Source Twitter @fcbarcelona_es

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