Qui a progressé sous Luis Enrique ?

Depuis qu'un naufrage notoire à Paris l'a propulsé en première ligne des critiques, Luis Enrique en prend plein la gueule. L'heure semble déjà au bilan, l'occasion de se pencher sur un thème central mais rarement abordé, la progression individuelle des joueurs depuis la prise en main du mister. Revue d'effectif.

 

Le Luis Enrique bashing est devenu le hobby favori de pas mal de monde depuis la débâcle à Paname. Nous n'allons évidemment pas déroger à la tendance, puisque l'on étale déjà notre scepticisme depuis le début de la saison (voire même avant). Mais au delà des considérations tactiques ou de résultat, la qualité d'un coach se juge également à la progression des joueurs qu'il a sous la main. Petit tour d'horizon des Blaugrana de Lucho.

 

Quid des autres grands coaches ?

Avant de détailler le "palmares" de Luis Enrique auprès de ses ouailles, petite comparaison avec quelques-uns des poids lourds du banc de touche mondial. Pour ne parler que des coaches à l'ADN Barça-compatible, commençons évidemment par Guardiola, qui a fait éclore Busquets, Pedro ou Thiago, et a porté Iniesta, Xavi ou Messi a des niveaux jamais atteints auparavant (voire après). Citons également Bielsa, dont les bases tactiques et individuelles ont nourri l'Athletic et le Chili bien après son départ. A Marseille, Marcel avait fait des merveilles en magnifiant Imbula, Payet, Mendy ou Gignac. Favori pour atterrir sur le banc culé cet été (en tout cas c'est notre favori), Sampaoli peut aussi se vanter d'avoir transformé des joueurs corrects en une véritable cavalerie : Mariano, Escudero, NZonzi (travail initié par Emery), mais aussi d'avoir réussi à ressusciter des talents endormis comme Nasri ou Jovetic. Enfin, on finira par el Cholo Simeone, dont l'architecture collective a tiré vers le haut chacun des joueurs de l'Atlético ces quatre dernières années.

 

Influence sur les tauliers

Lorsque Luis Enrique débarque à Barcelone, il peut s'appuyer sur une palanquée de cadors ayant déjà prouvé au plus haut niveau. Piqué, Busquets, Iniesta, Messi, Suarez, tous ont peu ou prou maintenu un très haut niveau de performance depuis les trois années de prise de fonction de Lucho. Au moment de passer sur le grill de l'analyse, le timing n'est pas forcément le plus opportun, puisque tous ont régalé lors de la saison du triplé, et pas mal d'entre eux piétine cette saison, la plus pénible d'Enrique au Barça.

Néanmoins, là encore une comparaison avec Guardiola s'impose. Lorsque Pep prend en main le Bayern, il hérite d'une situation similaire avec des cracks patentés à tous les étages. Pourtant, sa démarche au quotidien a fait encore progresser un joueur pourtant plus que rôdé comme Lahm, en lui proposant des alternatives au niveau tactique (utilisation des latéraux comme milieux déf). Même chose pour Alaba, Boateng ou Vidal, qui ont nettement amplifié leur polyvalence et leur QI foot. De ce point de vue, difficile de faire le même constat pour Luis Enrique a Barcelone. Il n'a pas cherché à proposer d'alternative au cadre de jeu de chacun de ses joueurs (hormis Messi un temps repositionné à droite), et s'est surtout reposé sur le talent de chacun sans tenter de le faire évoluer.

Le cas de Neymar est différent. Junior était à créditer d'un bilan mi-figue mi-molette après sa première saison sous les ordres de Tata. Il a bien évidemment explosé par la suite, passée sa période d'adaptation. Sans vouloir minimiser l'influence de l'entraîneur dans son rendement, force est de constater que, surtout cette saison, Ney pêche encore des mêmes défauts dans son jeu qui l'empêchent de se propulser au rang de meilleur joueur du monde. En ce sens, LE ne lui a pas donné de cadre pour gommer ses travers et le rendre plus contondant, plus concret, plus dévastateur.

Si l'on devait pointer une déception, elle viendrait de Jordi Alba. Il y a trois saisons il pouvait légitimement prétendre au titre de meilleur latéral gauche on earth, aujourd'hui il paraît loin d'un Marcelo, d'un Alaba, peut-être d'un Filipe Luis. Au-delà de ses blessures récurrentes ou d'une régression personnelle, c'est plus son utilisation qui est en baisse dans l'animation offensive de l'équipe, ce qui renvoie la responsabilité sur l'entraîneur. Dans la même idée, le système moins milieu-centré de l'Asturien défavorise le rayonnement d'Iniesta et Busquets.

 

Intégration et rendement des recrues

Mis à part Suarez, qui s'est directement rangé dans la catégorie des piliers de l'équipe par son rendement clinique, aucune des recrues des trois dernières saisons ne s'est réellement imposée dans le onze. A part Rakitic. Le Croate, la mèche blonde au vent (mais de plus en plus courte), a triomphé dans sa première saison par son volume, qui en faisait le complément idéal de la paire Messi-Alves. Alors qu'il avait les rênes de l'équipe à Séville, dans un style de jeu plus direct, il est devenu à Barcelone un soutier flamboyant, en retrait des ses petits camarades dans l'utilisation du ballon. Passée cette première saison faste, sa seconde fut correcte, sans nous arracher des émotions grandiloquentes. La dernière en date, elle, fleure bon la mauvaise eau de cologne, Raki passe à côté, et son abattage (en baisse) ne suffit pas pour animer un côté trop orphelin de Dani. Bref, pour lui aussi, l'évolution sous le règne d'Enrique se résume à une lente courbe descendante après un démarrage stratosphérique.

Les autres recrues de l'ère Lucho se sont elles plutôt vues attribuer un rôle de doublure. Avec des temps de jeu épars et souvent une utilisation en mode couteau-suisse, des joueurs comme Arda ou Denis Suarez obtiennent la mention "satisfaisant", sans pour autant atteindre le niveau de perf qui étaient le leur à l'Atlético ou à Villareal. Cibles de toutes les critiques cette saison, Paco Alcacer et André Gomes sont les fantômes des joueurs débarqués dans l'enthousiasme général. Si leur piètre productivité est avant tout de leur propre faute, leur gestion par Luis E. ne fait rien pour les aider. Alcacer ne se voit offrir que des miettes de match, et Gomes est sans cesse bombardé d'un angle à l'autre du triangle au milieu. A lui seul, le Portugais symbolise le management bizarroïde du mister dans la salle des machines. Avec abondance de biens, Lucho a choisi de ne pas fixer chaque joueur comme doublure attitré sur un poste précis, au lieu de quoi il opère des rotations incessantes qui empêche tout le monde d'avoir un semblant de continuité. Le résultat est pour le moment largement insuffisant.

Enfin, comment ne pas mentionner la situation d'Aleix Vidal. Avant de se retrouver aujourd'hui à souffrir en rééduc' chez le kiné avec la cheville en porte-manteau, l'ancien Sévillan, plutôt probant à chaque sortie, s'est fait mettre au placard plus souvent qu'à son tour. Enrique en avait visiblement fait un cas personnel (envers le joueur ou envers la Direction), toujours est-il qu'en agissant de la sorte il a non seulement sclérosé volontairement le développement du joueur, mais aussi affaibli l'équipe en la privant d'une solution viable sur une banda derecha qui en avait pourtant bien besoin. 

 

 

Les jeunes issus de la Masia

Impossible de terminer ce tour d'horizon sans faire escale à la case Masia. Aujourd'hui, les derniers sortis de la cantera à faire partie de l'effectif A sont Rafinha et Sergi Roberto. Et ils faisaient déjà parti du groupe avant l'arrivée sur le banc de M. Martinez. Soustrait à cette liste depuis son départ à Dortmund, Bartra a vu son éclosion mise sous cloche par un entraîneur qui lui préférait hiérarchiquement Mathieu et Vermaelen. Allez comprendre. Certes, Bartra ne brille que modérément cette saison chez les Jaunes, et l'Europe ne se l'est pas arraché l'été dernier alors que le prix affiché sur l'étiquette était très attractif, mais son parcours blaugrana aurait pu (dû?) être tout autre, et laisse un amer goût d'inachevé, voire de gaspillé.

Concernant Rafinha, difficile de voir mieux qu'une stagnation chez le Brésilien, imputable en partie à sa grave blessure de la saison passée. Mais il est étonnant de voir que Lucho, qui en avait fait une sentinelle éclatante au Celta, ne s'appuie pas davantage sur lui. A l'inverse, Sergi Roberto était certainement, jusqu'à l'intersaison dernière, le joueur de l'effectif ayant le plus progressé. Dans l'antichambre sous Pep puis Tito, il avait commencé à montrer régulièrement le bout du museau pendant l'année du Tata et de son polo pistachio. Mais c'est sous Enrique qu'il a atteint sa maturité, brillant essentiellement dans un rôle d'homme à tout faire, au milieu, sur le côté, devant ou derrière. Malheureusement, le parti pris d'en faire un latéral cette saison (la faute, pour le coup, en incombe certainement plus à la Direction qu'à LE) est en train de tourner au fiasco, et de casser le joli château de carte qui était en train de se mettre en place depuis 24 mois.

Autre dossier sombre sur le bureau du coach, son refus de regarder vers la Masia étonne, et fait grincer des dents. S'il a bien donné sa chance à Munir et Sandro, pour qui le costume était un peu grand (mais qui s'en sortent bien ailleurs depuis), l'Asturien se fait surtout remarquer comme l'entraîneur qui ne sort personne du centre de formation. Samper, à qui il préférait Gumbau (oui, oui...), ou Grimaldo n'ont jamais vraiment eu la porte ouverte vers l'équipe première, alors qu'ils représentaient la classe biberon la plus prometteuse. La même chose est peut-être en train de se passer avec Palencia...

 

La réponse était assez clairement dans la question... Depuis son arrivée, Luis Enrique a principalement cherché à s'appuyer sur le talent individuel de ses cracks, sans chercher à faire évoluer l'équipe ni ses individus. Au final, difficile de dire que le collectif a progressé, qu'il est meilleur qu'il y a trois ans lors de l'arrivée de Lucho. Le constat s'applique bien entendu également pour chaque cas personnel. Pire, au fil de cette saison plus que difficile à tous niveaux sur le terrain, la courbe de performance semble bien s'orienter vers le bas.   

 

 

 

Photo : Source Twitter @fcbarcelona_fra

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Thorfinn (mercredi, 01 mars 2017 15:23)

    Très intéressant, super article ! C'est pas dans L'Equipe qu'on va trouver des analyses comme ça sur le Barça !

  • #2

    Ju (mercredi, 01 mars 2017 15:25)

    Merci !!
    De manière générale, c'est vrai qu'on parle assez peu de la progression des joueurs avec un coach (à part Bielsa à l'OM). Mais c'est un des thèmes centraux selon moi. Et clairement une des limites de Luis Enrique.

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