Stayin' alive

Lors de son rendez-vous sur le matelas de l'Atletico, le Barça avait hier le double objectif de gagner pour rester en vie en Liga, et retrouver son jeu pour croire à des lendemains meilleurs. A l'heure des comptes, force est de constater que le verre est seulement à moitié plein.

 

Pas dans sa meilleure mouvance actuellement, le Barça avait beaucoup à perdre hier sur la pelouse (haute et pas arrosée) de l'Atlético de Madrid. Dans un schéma nouveau, les hommes de Luis Enrique ont montré plus de grinta, mais pas davantage de jeu. Si sur le plan arithmétique l'opération est une réussite, on ne peut pas dire que l'équipe ait rassuré ses suiveurs inquiets. A vrai dire, on imagine mal ce FCB voyager loin avec une telle monture.

 

Hay Liga

C'était l'objectif premier de l'après-midi. Gagner, et rester dans le coup. Une priorité que les Catalans peuvent donc stabiloter en vert fluo et cocher comme validée. Dans la soirée, alors que l'heure de jeu rendait son dernier soupir au Madrigal, le coup semblait même parfait, puisque le Real avait l'air parti pour une seconde défaite en 4 jours. Les Cotonneux s'en sont finalement sortis, et reprennent la tête d'un court point devant Barcelone.

Mais l'essentiel est ailleurs pour le Barça. Outre le fait de se poser là, avec quand même une victoire sur la pelouse d'un cador Européen (ce n'est pas rien, il ne faut pas minimiser cet aspect), les hommes d'Enrique maintiennent surtout un intérêt dans leur fin de saison. Avec une élimination probable en Champions, le danger de voir le club partir en Chupa Chups à tous les étages est grand, et le risque d'incendie d'autant plus important s'il n'y a plus d'enjeu. Or, avec cette victoire, le Barça se donne le droit de croire jusqu'au bout au titre. Même si le trophée devait au final être soulevé par une autre équipe, l'avenir à moyen terme est intimement lié à ce que la Team Lucho reste focus jusqu'à la fin Mai.

 

Toujours aussi poussif

Une fois dépassée la vérité du tableau d'affichage, il saute aux yeux que celle du contenu n'a pas grand chose à offrir pour faire grimper aux rideaux. Avant d'entrer dans le détail, on peut d'entrée chasser l'idée reçue qui voudrait que le Barça s'en soit sorti miraculeusement au Caldéron. Point de hold-up, pas plus de braquage d'ATM. Les locaux ont en effet poussé épais dans la première demi-heure, mais au décompte des occasions, le FCB a bien été le plus dangereux, comme en atteste le graphe des Expected Goals (cf. ci-dessous - avec une probabilité de victoire de 73% pour les Culés). Le Barça a certes encore déçu dans le jeu, mais les Colchoneros, mis à part ce blitz initial, n'en ont pas fait assez pour mériter plus face à un adversaire moyennasse.

 

Dans le match des occases, l'ATM a dominé 30 minutes, avant que le Barça ne se fasse bien plus dangereux. Au final, selon les xG la victoire est largement justifiée (Source 11tegen - Twitter @11tegen11)
Dans le match des occases, l'ATM a dominé 30 minutes, avant que le Barça ne se fasse bien plus dangereux. Au final, selon les xG la victoire est largement justifiée (Source 11tegen - Twitter @11tegen11)

 

Luis Enrique, que l'on brocarde volontiers pour son manque d'imagination tactique, avait décidé de frapper sa compo du sceau de la nouveauté. En choisissant Mathieu plutôt que Jordi à gauche de la défense, il s'est offert un onze hybride, qui a très peu pris la forme du 4-3-3 classique. On a surtout vu une animation avec 3 défenseurs (Piqué et Jérème autour d'Umtiti en patron de la défense), milieu en losange avec SR20 et Iniesta excentrés, Messi en 10 et Rafinha ailier droit. Ce schéma permettait de revenir aisément au 4-4-2 en phase défensive (ligne de milieu Neymar-Iniesta-Busi-Rafinha). Dans les faits, l'utilisation du ballon s'est encore une fois vampirisée entre les centraux et le gardien. La formule n'a pas amélioré la qualité des sorties de balle, ni la possibilité de trouver un milieu de terrain digne de ce nom, ni d'alimenter Messi. Quant à l'utilisation du côté droit, on repassera, Sergi Roberto et Rafinha (en dépit de son but) n'ont pesé strictement en rien dans l'apport offensif.

Symbole flagrant du manque d'amélioration chez les Blaugrana, les Catalans n'ont pas réussi à jouer un seul ballon (un seul ballon !!!) dans le camp adverse entre la 15ème et la 25ème (cf. passmap ci-dessous). Durant cet intermède irrespirable, les mêmes lacunes auxquelles on commence malheureusement à s'habituer : pas de solutions de relances propres, et un sentiment d'impuissance à récupérer le cuir en phase défensive. A la mi-temps, 44% du jeu s'était déroulé dans le dernier tiers Barcelonais du terrain. Sans appel.

 

Entre la 15' et la 25', les passes des Barcelonais (en bleu). Aucune dans le camp adverse, 2 seulement au delà des 35m, la plupart dans la surface, souvent avec ter Stegen (source @flotoniutti)
Entre la 15' et la 25', les passes des Barcelonais (en bleu). Aucune dans le camp adverse, 2 seulement au delà des 35m, la plupart dans la surface, souvent avec ter Stegen (source @flotoniutti)

 

Comme lors de la déconvenue de Paris, le FCB n'a pas réussi à mettre la main sur le match au milieu de terrain. Comme à Paris, la seule source de création et de décalages se nomme Neymar Jr, condamné à des prouesses dans le un-contre-un face à plusieurs adversaires. Dimanche, il a battu le record de dribbles réussis dans un match de Liga cette saison (10), et son équipe n'aurait pas pu s'en sortir sans ces exploits, qui cachent mal le manque de liant collectif par ailleurs. Si les lauriers ont encore été tressés sur la tête de Messi, auteur du but de la gagne, Leo a certainement été le membre de la MSN le moins en vue. Suarez, malgré peu de ballons touchés, a constamment semé la panique dans l'arrière-garde du Cholo (frappe au-dessus et but refusé en 1MT / face à face perdu puis jeu de corps Suarezien sur les deux buts).

Ce déplacement à Madrid était également attendu comme une répétition générale pour le Barça, un test grandeur nature avant de se jeter dans le vide face au PSG. Sur cet aspect, tous les doutes sont encore bien vifs. Malgré la nouveauté tactique de cette défense à trois, le milieu de terrain n'a absolument pas existé, en témoignent les pâles copies rendues par Busquets et Iniesta, coupables de nombreuses pertes de balles inhabituelles pour eux. Pour ceux qui ont eu l'occasion de voir dans la même demi-journée les prestations du Barça à l'ATM et du PSG à Marseille, le constat est sans appel, et dans la dynamique actuelle on voit mal comment le Barça ne pourrait pas se faire marcher dessus dans le rond central par la justesse parisienne dans l'utilisation du ballon. Certes, on peut toujours espérer que la MSN passe en mode Super-Sayen, mais la vérité se situera certainement un cran plus bas. Et si le FCB prend l'eau au milieu, on voit mal comment la MSN sera alimentée, et comment la défense résistera aux occases que les Parisiens ne manqueront pas de se créer.

Ci-dessous pour illustrer cet état de fait, le no man's land dans la salle des machines Blaugrana, face à la présence et l'activité dans la même zone côté PSG.

A gauche, la PassMap du Barça à Madrid. très peu de liant entre les joueurs du milieu, Busquets est même isolé de sa défense. A droite, tout l'inverse pour le PSG face à l'OM (surce 11Tegen - Twitter @11tegen11)
A gauche, la PassMap du Barça à Madrid. très peu de liant entre les joueurs du milieu, Busquets est même isolé de sa défense. A droite, tout l'inverse pour le PSG face à l'OM (surce 11Tegen - Twitter @11tegen11)

 

Avant de se pencher sur cette sempiternelle remuntada, deux rencontres attendent les Blaugrana, toutes à domicile. Il faudra prendre 6 points pour maintenir la pression sur le couple Real-Seville. Ça commence dès mercredi avec la réception du club préféré de notre entraîneur chéri, le Sporting Gijón (ne traînez pas au boulot autour de la nouvelle stagiaire, le coup d'envoi est à 19h30). 

 

 

Photo : Source Twitter @fcbarcelona_fra

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Commentaires: 4
  • #1

    Telex (mardi, 28 février 2017 13:38)

    Bonjour,
    Merci pour ce compte-rendu, à nouveau très pertinent.
    Comme cela est indiqué, le milieu reste encore un gros point noir sur ce match, et ce malgré les innovations tactiques de Lucho.

    Par rapport au match contre, Paris, j'en viens presque à espérer plus de ne pas reprendre une branlée qu'une utopique remontada.

    Là où je souhaiterais avoir votre avis est sur le cas Rakitic. Catastrophique contre Leganes, globalement en dedans cette saison, il reste un joueur important au sein de ce milieu. Face à Paris, une titularisation me parait évidente, mais j'ai surtout le sentiment qu'il a du mal depuis le départ d'Alves. Qu'en pensez-vous ? Et quid d'Andre Gomes également ? Très critiqué en ce moment pour son inexistence offensive et son absence de prise de risque, il abat tout de même un certain travail défensif non négligeable.

    Cela m'intéresserait d'avoir votre avis là dessus.

    Merci pour le boulot en tout cas ! Après la défaite contre Paris, ça faisait du bien de pas se sentir trop seul.

  • #2

    Ju (mardi, 28 février 2017 18:32)

    Merci pour ton commentaire (tu peux me tutoyer ;-)))

    ça tombe bien puisque ça va faire l'objet d'un article demain sur la progression des joueurs sous l'ère Luis Enrique, et je m'arrête justement sur Rakitic et Gomes.
    Y a pas mal de joueurs qui pourraient se plaindre de la gestion à la limite du compréhensible du temps de jeu, mais eux ce sont ceux qui en ont eu le plus au milieu.
    Rakitic était le bon complément de Messi et Alves sur l'aile, car il apportait un volume défensif et était au soutien des deux, mais il restait en retrait dans la création. Cette année Messi ne reste pas sur l'aile et SR est très timide, ce serait au Croate de prendre la responsabilité de la création, mais depuis septembre son niveau dans l'utilisation du ballon est catastrophique. Un déchet incroyable, même s'il n'est pas Iniesta, son rendement est indigne de son niveau. Je préfèrerais voir Denis à sa place qui a plus les qualités pour animer le couloir.

    Pour Gomes, défensivement il court beaucoup mais il manque d'impact, il est toujours au contact du joueur mais ne récupère jamais le ballon, il fait écran à 1m mais n'empêche pas le joueur de faire son action. Dans ce sens défensivement je suis pas convaincu. Mais il a pas été servi par ses changements de postes incessants, j'aurais préféré que LE en fasse le remplaçant de Busquets devant la défense, et qu'il progresse dans ce seul registre (dans la récup ses courses et son sens de l'anticipation compenseraient mieux son manque d'agressivité). Tout le monde lui tombe dessus, mais je pense qu'avec un coach avec des idées de jeu fortes, il peut être un joueur intéressant. Je le garderai bien pour le voir sous Sampaoli, par exemple.

    Pour Paris, j'ai envie d'y croire mais si j'écoute la raison, j'ai en effet plus tendance à envisager un nouveau Barça-Bayern (0-3 après le 0-4) que Barça-Milan (la remuntada 4-0). Je crois que ça va se jouer au milieu, celui qui controlera le milieu se crééra les occasions, et dans ce domaine je vois le PSG très au dessus de nous actuellement. A moins que la réussite choisisse clairement son camp...

  • #3

    Telex (mercredi, 01 mars 2017 08:16)

    Merci pour ta réponse (pour le tutoiement, je savais pas combien vous étiez derrière l'écran).

    Pour Gomes j'ai perso envie d'y croire, il était irrégulier mais a sorti des copies de grandes classes à Valence. Le fait d'être dans une équipe en manque de confiance actuellement ne le sert pas.

    "Je le garderai bien pour le voir sous Sampaoli, par exemple" T'as des infos qu'on a pas ;) ?

    A priori, Sampaoli va resigner à Séville non ? C'est aussi l'autre grande question de cette fin de saison. Quid de Lucho l'an prochain. Il me semble qu'avant la débâcle parisienne il avait déjà laissé entendre qu'il prendrait bien un sabbatique. Les dirigeants continuent d'affirmer qu'il est le premier choix, parce qu'on peut difficilement virer un mec qui a fait le triplé, mais je pense qu'ils vont trouver un accord à l'amiable et quelqu'un d'autre sera sur le banc l'an prochain.

    On a longtemps parlé de Valverde, qui fait du bon boulot à Bilbao, mais depuis Paris, deux noms ressortent : Koeman et Sampaoli. La 2e option m'a l'air d'être la plus intéressante, mais je crois pas qu'il envisage de quitter Séville tout de suite. Koeman j'ai beaucoup de peine à y croire. C'est un ancien de la maison, mais son passage à Valence était mitigé et même s'il se débrouille pas trop mal en PL, j'ai peur qu'il n'ait pas les épaules.

    En tout cas si Lucho semble actuellement dépassé, j'en garderai un bon souvenir. Il a apporté une verticalité qui a surpris beaucoup monde lors de sa prise de fonction (même si cela nous a petit à petit fait perdre la possession). Je lui reprocherai toutefois toujours d'avoir trop snobé la masia. Il est clair que toutes les générations n'auront pas la qualité des joueurs du Barça de Pep, mais certains choix paraissent incohérents (l'achat de Digne alors qu'un Grimaldo semblait très prometteur, la vente d'un Barta qui avait au moins le niveau d'un Matthieu, 2-3 attaquants vendus très jeunes sans même avoir vraiment eu leur chance, etc.)

  • #4

    Ju (mercredi, 01 mars 2017 09:14)

    J'ai pas d'info sur Sampaoli, mais j'ai l'impression qu'il y a une envie mutuelle, à la fois du coach et aussi de certains joueurs dont Messi. Valverde a un profil qui est séduisant également, mais à part ces deux y a rien qui m'excite.
    Surtout, ça parle (évidemment) de fin de cycle, mais pour moi y a pas néccessairement besoin de changer la moitié de l'effectif. Avec un coach qui insuffle de la fraîcheur, une idée de jeu nouvelle à laquelle tout le monde adhère (notamment le milieu de terrain), et qui fait progresser chaque individualité, on sera très compétitif.

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