SOS coups de pied arrêtés

C'était un des apports majeurs du triennat de Luis Enrique. Le Barça était beaucoup plus efficace sur coups de pied arrêtés défensifs. Cette saison, les Blaugrana retombent dans leurs vieux travers dans ce domaine. C'est d'ailleurs la faillite dans ce secteur qui a précipité la défaite face au Depor. 

 

Dans un jour moyen, en plein contre-coup de sa nuit magique face au PSG, le Barça a perdu trois points fondamentaux dans la course au trône. Si son 3-3-1-3 lui a donné une certaine maîtrise (où il a néanmoins manqué l'étincelle), l'équipe de Luis Enrique a été plombée par son inefficacité sur coup de pied arrêtés. Une vieille rengaine qui resurgit cette saison, alors que c'était un des axes forts d’amélioration depuis la prise de fonction de Louis-Henri.

 

Les chiffres qui piquent

Les suiveurs culés avaient pris l'habitude de se gargariser d'un mieux certain dans la gestion des CPA depuis la nomination d'Enrique. Cette tendance semble désormais bonne à conjuguer à l'imparfait, puisque le Barça montre de nouveau des signes (inquiétants) de fragilité dans cet exercice.

Face au Depor, le Barça a concédé 4 corners. Deux ont fini au fond et un sur le poteau. Autant dire que le taux de réussite défensive affole le niveau d'alerte. Mais les voyants sont au rouge depuis un moment... Lors de ses 5 dernières rencontres, le FCB a encaissé 5 buts, dont 4 sur CPA. Outre les trois points abandonnés au Riazor, les pions concédés face à Paris ou à l'Atlético auraient pu coûter très cher, comme ç'avait été le cas pour l'égalisation de Sergio Ramos (le Phénomène) lors du dernier Clasico.

Ci-dessous, dans le détail, l'évolution de la part des CPA dans les buts encaissés, depuis 4 saisons. Si Luis Enrique avait réussi à corriger le tir, cette saison marche sur les traces de l'exercice du Tata Martino, son polo pistacchio et sa porosité sur coups de pied arrêtés.

 

Organisation sur CPA défensif

Le Barça n'est pas une équipe réputée pour son jeu aérien, c'est le moins que l'on puisse dire. Avec son armée de gabarits sous-dimensionnés, les Catalans sont très peu équipés en joueurs qui excellent dans le jeu de tête. Parmi ceux qui dépassent les 1m80, Busquets fait partie des cérébraux, qui font plus fonctionner leur crâne pour penser le jeu que pour dégager des corners. Ne restent donc que Piqué, Suarez et Umtiti/Mathieu (qui jouent rarement en même temps). Du haut de son 1m74, Mascherano s'en sort à la grinta mais son déficit de centimètres le rappelle immanquablement à la raison.

Dans l'organisation sur corner, le Barça se met systématiquement en place de la même façon. Personne aux poteaux. Certains s'en émeuvent, mais si l'on doit condamner deux joueurs à ne prendre aucun marquage, autant qu'ils soient pleinement actifs et jouent les ballons, plutôt que passifs et d'être utile dans les très faibles cas où la balle viendrait terminer sa course près des montants. C'est en tout cas le postulat de base de l'organisation Barcelonaise, deux joueurs libres, Suarez et Piqué, couvrent chacun une zone (le premier poteau pour l'Uruguayen, l'axe des 6 mètres pour Shakiro), et le reste de leurs équipiers se chargent d'un marquage.

Corner pour le Depor. Le Barça dans sa configuration classique, marquage pour tout le monde. Suarez et Piqué sont libres (marqués en orange sur toutes les images à suivre) et couvrent respectivement le premier poteau et l'axe du but.
Corner pour le Depor. Le Barça dans sa configuration classique, marquage pour tout le monde. Suarez et Piqué sont libres (marqués en orange sur toutes les images à suivre) et couvrent respectivement le premier poteau et l'axe du but.

 

Le Barça a plus ou moins toujours opéré de la sorte, même depuis l'époque Guardiola, sans joueurs pour protéger les poteaux, et avec Piqué en casque-à-boulons libre. Si Luis Enrique a réussi à parfaire le concept, c'est aussi parce qu'il a profité de l'incorporation de Luis Suarez dans l'effectif, qui pèse énormément sur l'efficacité défensive sur CPA. Partant du principe que les autres joueurs ne sont pas bons de la tête (voire sont en infériorité au niveau de la taille, ce qu'on appelle un "mismatch" en NBA), et auront toutes les probabilités de perdre leur duel, la sécurité dépend quasi-totalement de la lecture des trajectoires par la paire Gerry-Luisito.

Notons que ter Stegen n'est pas un grand aficionado des sorties aériennes, encore moins sur corner, et vient donc rarement soulager sa défense, à l'intérieur comme à l'extérieur de sa zone de but.

Sur les coups-francs ouverts, joués indirectement, les Catalans s'alignent systématiquement et attendent les commandements de Piqué. On a d'ailleurs souvent vu cette ligne remonter pendant la course du tireur pour mettre les attaquants hors-jeu (cette combinaison est désormais connue et on voit régulièrement les tireurs feinter une première fois avant de centrer). Sinon, même topo que pour les corners, marquage de zone et Piqué en homme libre. Suarez prend un marquage ou pas selon le rapport numérique, en fonction du nombre de joueurs consommés dans le mur.

Pour contrer le rôle de ces deux voltigeurs, les équipes adverses s'inspirent du basket et mettent en place des systèmes d'écran, pour couper la course de Piqué (surtout) et Suarez, et permettre de donner un temps d'avance à leur force de frappe aérienne.

 

Dans le détail

On l'a vu, le Barça a déjà encaissé 12 buts cette saison sur des phases arrêtées. Entrons dans le détail de certaines de ces situations pour expliquer la vulnérabilité de l'arrière-garde culé, et les responsabilités en cause.

 

DEPOR - BARCA : Corner n°1

Attardons-nous sur les trois corners qui ont précipité la défaite au Riazor. Sur le premier, le but est dû à une accumulation d'erreurs. Evidemment, celles qui sautent aux yeux sont celles de Mascherano, qui rate son dégagement, et ter Stegen qui savonne la gonfle pour offrir le but sur un plateau humide à Joselu (MATS pense-t'il à la passe en retrait sur le coup, d'où son hésitation ?). Mais dans l'organisation qui est celle de l'équipe d'Enrique, ce corner n'aurait jamais dû dépasser l'angle des 6m. Suarez lit mal la trajectoire et rate le ballon. Derrière, Piqué baisse la tête, et le ballon arrive à passer alors qu'il y avait un 3 contre 1 pour les Violets au premier poteau.

Le ballon est tiré au premier poteau, et arrive à passer au travers de la situation de 3 vs 1 pour le Barça. Libres, Suarez puis Piqué auraient dû dégager le ballon. Derrière, c'est un festival de savonette entre Masch et MATS qui se trouent.
Le ballon est tiré au premier poteau, et arrive à passer au travers de la situation de 3 vs 1 pour le Barça. Libres, Suarez puis Piqué auraient dû dégager le ballon. Derrière, c'est un festival de savonette entre Masch et MATS qui se trouent.

 

DEPOR-BARCA : corner n°2

Le corner est joué au second poteau, la zone la plus dangereuse car la moins couverte. Suarez au premier poteau est mis hors d'état de nuire, et Piqué est également lobé. A la retombée, c'est un 2 contre 2 que doivent négocier Busquets et Rakitic, pourtant pas les deux joueurs les plus courts sur pattes. Un premier joueur du Dépor "pose" un écran, qui empêche Busquets d'être au contact d'Arribas. C'est lui, car il a pu arriver avec quelques mètres d'élan, qui gagne le duel aérien. Sa tête touche le poteau et donne lieu (par erreur) au corner suivant, qui finira au fond.

Corner au second poteau qui rend inutiles Suarez et Piqué. Un écran donne de la liberté et de l'élan à Arribas qui gagne son duel et manque de peu de scorer.
Corner au second poteau qui rend inutiles Suarez et Piqué. Un écran donne de la liberté et de l'élan à Arribas qui gagne son duel et manque de peu de scorer.

 

DEPOR-BARCA : corner n°3

Même schéma, de l'autre côté cette fois. Corner tiré au second poteau qui lobe toute la défense. Piqué est attaqué par un appel de balle d'un joueur adverse dans l'axe du but, il ne peut pas aller intervenir et contrecarrer la situation que les Blaugrana veulent à tout prix éviter. Le ballon arrive au second pour un duel en total mismatch entre Jordi Alba et Alex Bergantiños, plus athlétique et bien meilleur de la tête. Battu dans le timing et le vice (le joueur de La Corogne s'appuie juste ce qu'il faut sur Jordi), Alba ne dispute pour ainsi dire même pas le duel.

Encore un corner au 2nd, dans la zone vulnérable. Piqué est attaqué par un appel de balle et hors d'intervention. A la retombée, Alba en situation d'infériorité athlétique s'incline logiquement.
Encore un corner au 2nd, dans la zone vulnérable. Piqué est attaqué par un appel de balle et hors d'intervention. A la retombée, Alba en situation d'infériorité athlétique s'incline logiquement.

 

BARCA- PSG : But de Cavani

Dans le premier quart d'heure de la 2MT, Paris joue plus haut et se procure plusieurs situations brûlantes sur la cage de ter Stegen. Ca commence à sentir fort le but parisien (et donc la fin des rêves de remuntada, du moins c'est ce que l'on croit), et il est très regrettable que le PSG marque non pas sur un contre, mais sur une phase arrêtée sur laquelle la défense aurait dû être en place. Le coup-franc ressemble à s'y méprendre au but de Marquinhos à Marseille : tiré depuis le milieu du terrain, il cherche un joueur lancé au second poteau qui remet le ballon vers le point de penalty. C'est Kurzawa qui va être visé, il est le seul joueur en mouvement au départ de l'action. Piqué est l'homme libre et les marquages sont respectés. Rakitic se fait prendre (en vitesse ?) et laisse Kurz' et son poitrail tatoué lui faire l'intérieur, pour une remise en retrait. Le ballon arrive sur Cavani, complètement seul car abandonné par Mascherano. Piqué est trop loin pour contrer la frappe d'el Matador. L'oubli de marquage du Masch est très grossière, mais au second poteau, Busquets avait aussi lâché Matuidi, et Umtiti paraît en train de se faire dépasser par Marqui. Si le ballon de Kurzawa avait été joué au second, il y aurait eu certainement énorme occase face à MATS.

Le ballon est joué sur Kurzawa qui passe devant Rakitic et remet en retrait. Cavani, abandonné par Masch, finit facile. Au second il y avait aussi danger avec des marquages lâches.
Le ballon est joué sur Kurzawa qui passe devant Rakitic et remet en retrait. Cavani, abandonné par Masch, finit facile. Au second il y avait aussi danger avec des marquages lâches.

 

ATLETICO - BARCA : But de Godin

La situation est un coup-franc qui ressemble à un corner ouvert. Il est frappé, plongeant, au premier poteau dans la zone de Godin. Piqué et Suarez occupent leur position habituelle, entre eux Umtiti et Busi sont au marquage de Saul et Godin. Niguez fait un appel vers le ballon, mais est lobé. Derrière lui, Godin se retrouve en 1 contre 3 face à Suarez (qui a reculé), Big Sam et le grand Serge, mais c'est Diego la fouine qui prend le meilleur, déviant à peine le cuir du haut du crâne dégarni qui est le sien. Plus loin sur la trajectoire, Piqué est trop loin pour intervenir. MATS ne pouvait pas sortir et la proximité de Godin ne lui laisse pas la possibilité de claquer une parade. Sur ce but, bien qu'il soit rageant de perdre un duel à trois contre un, difficile d'incriminer qui que ce soit. C'est un CPA excellemment tiré sur un des meilleurs joueurs de tête du circuit, le Barça s'incline contre plus fort que lui.

Le CF est plongeant et puissant à l'intérieur des 6m. Godin prend le meilleur sur le trio Suarez-Busquets-Umtiti. Le ballon légèrement dévié entre sans que Piqué ni ter Stegen ne puissent lever le petit doigt.
Le CF est plongeant et puissant à l'intérieur des 6m. Godin prend le meilleur sur le trio Suarez-Busquets-Umtiti. Le ballon légèrement dévié entre sans que Piqué ni ter Stegen ne puissent lever le petit doigt.

 

BARCA-REAL : But de Ramos

Le Barça croit tenir son Clasico alors qu'on entre dans les arrêts de jeu. Coup-franc déporté pour le Royal, qui a déjà été dangereux sur les précédents CPA durant la rencontre. A chaque fois, Lucas Vasquez se désintéresse de la trajectoire de la balle, pour se concentrer sur celle de la course de Piqué. Il se débrouille pour faire écran, ralentir ou obstruer la course de Gerry et limiter sa capacité d'intervention. Au départ de l'action, les Barcelonais sont alignés comme à leur habitude et vont plonger vers leur surface, avec Piqué en joueur libre. 

Piqué est gêné par Vasquez et "dévié" vers le second poteau, il perd une fraction de seconde qu'il ne récupérera pas. Au contact de Ramos au départ, Mascherano glisse et laisse filer Sergio vers un de ses 11 buts de la saison (série en cours). Au delà de ces deux péripéties fondamentales, plusieurs autres joueurs roupillent coupablement. Alors que c'est peut-être la dernière situation sur laquelle il faut se faire mal pour gagner, certains restent passifs et laissent partir leur opposant. A la réception du centre, trois joueurs Livides auraient pu reprendre la gonfle. 

Ecran sur Piqué, glissade de Masch, abandons de marquages, la voie était vraiment libres pour 3 Merengues. C'est Ramos, évidemment, qui claque l'égalisation.
Ecran sur Piqué, glissade de Masch, abandons de marquages, la voie était vraiment libres pour 3 Merengues. C'est Ramos, évidemment, qui claque l'égalisation.

 

Quelles solutions ?

Pour commencer, évidemment, il faut souligner que l'équipe en face a aussi ses mérites, au premier rang desquels des centres remarquablement exécutés. Et si le coup-franc ou le corner est bien frappé, il rend toute intervention plus périlleuse.

Ceci étant, le Barça peut améliorer son rendement sur phases arrêtées, dans un premier temps en réduisant les erreurs individuelles. Dans l'organisation qui est la sienne, le FCB mise sur Piqué et Suarez pour dégager les ballons et éviter à leurs partenaires des duels perdus d'avance. A eux donc d'éloigner un maximum le danger, surtout pour les ballons au premier poteau. C'est la faiblesse du système, le second poteau reste le plus exposé, et il sera compliqué pour Piqué d'arriver à s'y déporter pour intervenir. Ter Stegen a également un rôle à jouer en s'engageant plus souvent dans des sorties. Mais, premièrement, ce n'est pas sa nature et il aura du mal à changer sur ce point, et deuxièmement, si le CPA est bien frappé il est quasi-impossible de sortir pour le gardien. On imagine mal Luis Enrique libérer un troisième joueur de marquage (Umtiti ?) pour venir couvrir le second... Cette zone reste plus difficile à toucher par le tireur, on peut considérer qu'elle fera partie des zones de vulnérabilité assumées par la défense.

S'il est un point récurrent et facile à rectifier, c'est le marquage. Trop souvent, on l'a vu, les défenseurs Blaugrana lâchent leur attaquant. C'est intolérable, et il ne faut pas sortir de St-Cyr pour trouver une parade. Il suffit d'être attentif et concerné par les efforts.

Dernier point, plus pointu, la question des écrans. Le système défensif culé est bien connu, et les équipes ciblent Piqué pour réduire son influence. Comment déjouer un écran ? En posant un contre-écran ? Certainement. On va essayer de choper le 06 de Jacques Monclar pour qu'il nous éclaire sur le sujet.

Enfin, c'est Lapalisse, la meilleure technique de contraception, c'est de faire chambre à part... Si le Barça ne veut plus prendre de buts sur CPA, il n'a qu'à faire en sorte de ne plus en concéder. En jouant plus haut (virage ré-amorcé par le passage au 3-3-1-3), en défendant plus proprement (sans faute), en évitant de concéder des corners stupides comme ça peut parfois être le cas.

 

 

Photo : Source Twitter @fcbarcelona_fra

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