L'insécurité comme thème de campagne

Lancé au galop (mais déferré des quatre) vers une hypothétique course aux trois titres, le Barça jouera ses campagnes européenne et domestique sur le terrain de l'insécurité défensive. Assez symptomatique de ses forces et faiblesses, la victoire face à Valence souligne la puissance offensive de l'équipe d'Enrique, mais aussi et surtout sa fragilité derrière, qu'il faudra à tout prix gommer pour espérer voir des trophées en fin de saison.

 

Dimanche soir, dans un match tout feu tout flamme face aux chauve-souris de la Comunitat Valenciana, le Barça a fait étalage de sa force de frappe en attaque, emmené par un quatuor Iniesta-Neymar-Suarez-Messi particulièrement inspiré. Malgré une guirlande d'occasions et quatre buts marqués (ou à cause d'une inefficacité notable au moment de tuer le suspense), les Blaugrana ont tremblé jusqu'au bout avant de disposer de Che réduits à dix pendant tout le second acte. Brillants devant, donc, les Catalans sont apparus très fébriles dans leur moitié de terrain. Ou tout du moins pas complètement impliqués. Dans le détail, le secteur arrière a pêché sur coups de pied arrêtés, dans la profondeur, et dans l'impact sur le porteur.

 

Corners, dix repetita

Nous en parlions longuement la semaine dernière dans un article dédié au sujet des CPA défensifs, force est de constater que Luis Enrique n'a pas passé sa semaine libre à travailler le sujet avec ses ouailles... Face à Valence, le FCB a concédé trois corners. Si le premier a été dégagé de la tête par Piqué (comme prévu dans la stratégie défensive des CPA), le second a fini au fond et a permis à l'équipe de Voro de virer en tête au planxot. C'est le dixième but concédé cette saison en Liga sur coup de pied arrêté. 

Dans le détail, on retrouve comme d'habitude la mixte du Barça sur phase arrêtée : Piqué et Suarez en zone et tout le monde en indviduelle. Le corner est excellemment frappé, très tendu, entre le premier poteau (zone de Suarez) et le point de penalty (zone de Piqué). Luisito ne peut intervenir car le ballon le lobe, Gerry va chercher la trajectoire vers le point blanc mais le ballon n'y arrivera jamais, intercepté avant par Mangala.

Piqué et Suarez dans leur positionnement habituel au départ du ballon. Entre les deux, Rakitic et Busquets au marquage de Mangala et Soler.
Piqué et Suarez dans leur positionnement habituel au départ du ballon. Entre les deux, Rakitic et Busquets au marquage de Mangala et Soler.

 

Suarez ne pourra pas intervenir, pas plus que Piqué (compte tenu de la trajectoire, pas certain qu'il aurait pu jouer le duel même s'il avait bien lu cette trajectoire). Les deux voltigeurs "neutralisés", le salut du Barça se retrouve donc dans les mains (enfin, sur les têtes) des joueurs qui assurent un marquage. Comme c'est souvent le cas, les hommes de Valence attaquent les zones en couples de deux joueurs, ce qui permet, moyennant un peu de frottement, de rendre plus difficile l'intervention de leurs marqueurs. 

Rakitic et Busquets, à 4 dans une cabine téléphonique avec Mangala et Soler, sont battus dans le combat aérien par le défenseur Français. Pour mémoire, c'est exactement la même situation que le dimanche précédent à La Corogne, Raki et Busi avaient également été battus dans un "duel à quatre" par Arribas qui avait envoyé son coup de tromblon sur le poteau. A noter que dans ce duel, et plus généralement sur toute cette action, Mangala est le seul joueur à sauter pour aller véritablement disputer le ballon dans les airs. Encore une fois, comme les deux joueurs cités ou Alba dernièrement au Riazor, les joueurs au marquage font plus acte de présence que véritablement la chasse au ballon, et se reposent sur la doublette Piqué-Suarez pour les duels aériens. Une prise de conscience et une responsabilisation de chacun semble nécessaire à ce niveau.

A la retombée, seul Mangala attaque le ballon avec volonté. Certes gênés par l'appel de balle "en couple" des Valencians, Rakitic et Busquets sont spectateurs et ne sautent même pas.
A la retombée, seul Mangala attaque le ballon avec volonté. Certes gênés par l'appel de balle "en couple" des Valencians, Rakitic et Busquets sont spectateurs et ne sautent même pas.

 

Fais moi mal dans la profondeur

Masochiste sur les bords, le Barça a joué à se faire mal, incapable de gérer les ballons que l'attaque Che envoyait dans son dos. Ci-dessous trois exemples sur des situations a priori anodines.

27' : sur un dégagement du gardien Diego Alves, Piqué et Masch pensent mettre Munir hors-jeu, mais celui-ci est finalement sur la même ligne. Il file au but avec 3-4 bon mètres d'avance sur Piqué, dont la pointe de vitesse rivalise avec celle d'un Solex rouillé en manque de super sans plomb. Finalement, c'est une mauvaise conduite de balle (de l'occiput) du jeune el-Haddadi qui empêche les Blancs d'ouvrir le score.

Mal alignés au départ, Masch et Piqué laissent 4m d'avance à Munir, qu'ils ne rattraperont que sur la fin à cause d'un ballon mal maîtrisé par l'ex-Canterano.
Mal alignés au départ, Masch et Piqué laissent 4m d'avance à Munir, qu'ils ne rattraperont que sur la fin à cause d'un ballon mal maîtrisé par l'ex-Canterano.

 

51' : Abdennour dégage en catastrophe un ballon chaud dans sa surface. A la réception aux 40m, Cancelo se met dans le sens de la marche d'un bon contrôle orienté. Les Che se retrouvent alors dans le rond central en situation de 3 contre 4, avec une moitié de terrain devant eux. Comme c'est trop souvent le cas sur ce genre de contre-attaque, le Portugais peut tranquillement parcourir près de 30 mètres sans être harcelé. En face, les trois défenseurs jouent le recul-frein comme ils peuvent, c'est à dire en sprintant vers leur surface. Néanmoins, ils parviennent à peu près à cadrer les deux appels de balles des attaquants. Mais la situation finit quand même par une frappe.

Alerté dans ses 40 mètres, Cancelo parvient à porter la balle sur 30m avant de décaler un partenaire pour une frappe. La défense s'en sort plutôt bien, mais elle subit encore en courant vers son but au lieu de couper l'action dès le départ.
Alerté dans ses 40 mètres, Cancelo parvient à porter la balle sur 30m avant de décaler un partenaire pour une frappe. La défense s'en sort plutôt bien, mais elle subit encore en courant vers son but au lieu de couper l'action dès le départ.

 

57' : Luis Suarez manque un ciseau retourné au niveau du point de péno. Le ballon échoit dans les pieds de Garay, qui relance au sol sur Cancelo. Celui-ci, sur lequel est sorti Umtiti (donc à 70m de son but) trouve Soler en une touche dans le dos du milieu de terrain. En deux touches de balle, Valence vient d'éliminer 8 joueurs de champs de son adversaire, pour provoquer un 2 contre 2 sur la ligne médiane. D'une passe en profondeur, Munir est envoyé vers le 3-3, qu'il goinfre goulûment en s'emmêlant les crayons à l'entrée de la surface.

En deux passes, Valence met 8 Barcelonais hors de position, pour un 2 vs 2 à champ ouvert. Munir file vers l'égalisation mais négocie mal la finition, il est repris par Piqué.
En deux passes, Valence met 8 Barcelonais hors de position, pour un 2 vs 2 à champ ouvert. Munir file vers l'égalisation mais négocie mal la finition, il est repris par Piqué.

 

Il est fondamental de noter que ces deux dernières occasions ont été concédées contre une équipe qui jouait à 10. Très inspiré offensivement, le Barça en a oublié certains principes de base et s'est jeté inopinément dans les 20m adverses. On le sait depuis longtemps (et le contraste des deux mi-temps de la remuntada l'illustre bien), cette équipe est faite pour défendre en avançant, pas en courant vers son but. Contre Valence, la défense a été trop souvent exposée, la faute en grande partie à un milieu de terrain trop permissif, qui a permis aux passes du FC Valence d'avancer entre ses lignes. Ce qui nous conduit au troisième point.

 

Un manque d'implication général

Il s'agit là aussi d'un défaut que l'on a remarqué assez souvent, surtout lorsque l'affiche n'attire pas la foule des grands soirs. Lors des rencontres de gala, les Blaugrana envoeint du pressing et tout le monde est au diapason, concentré et synchronisé pour maintenir un bloc haut dans le camp adverse. Face à Valence, comme dans d'autres rencontres au clinquant diaphane, les lignes d'attaque et de milieu sont moins concernées et plus fainéantes en regard des efforts minimum à consentir. Il en résulte une distance d'intervention trop importante vis-à-vis du porteur de balle, qui a le temps de manoeuvrer et de poursuivre l'action. Le manque d'agressivité se remarque aussi dans le suivi des appels de balle adverses, les Culés laissent trop volontiers partir leur marquage, et se trouvent destabilisés entre les lignes par des joueurs libres.

Pierre angulaire du système, Busquets fait la pluie et le beau temps sur le jeu du Barça, notamment quant à sa sérénité défensive. Son match face à Valence s'est teinté de paresse (ou d'un gros coup de mou physique...), et c'est toute l'équipe qui s'est mise en danger.

Sur cette première occase de la rencontre pour les visiteurs, tout le monde est en place défensivement, mais il manque de proximité sur les adversaires directs. Umtiti suit le débordement de Cancelo, mais il ne le colle pas assez et celui-ci peut centrer. A la retombée, c'est du un pou un, plus Piqué en homme libre, qui dégage le ballon à l'arrache. Le problème, c'est que Busquets a lâché son marquage depuis le début de l'action, et son joueur libre hérite du ballon pour une occasion très nette.

Le Barça est en place derrière, malgré des distances d'intervention un peu larges pour Umtiti et Mascherano. Le danger est écarté, sauf que Busquets a lâché son joueur depuis le départ, et c'est lui qui récupère pour frapper.
Le Barça est en place derrière, malgré des distances d'intervention un peu larges pour Umtiti et Mascherano. Le danger est écarté, sauf que Busquets a lâché son joueur depuis le départ, et c'est lui qui récupère pour frapper.

 

Juste avant d'aller de déshydrater à petites gorgées de Gatorade, les joueurs de Luis Enrique ont proposé à leur public un clinique de dilettantisme défensif. Valence vient d'être réduit à dix, la mi-temps fait bruyamment entendre ses gros sabots sur le pallier, mais les Barcelonais trouvent le moyen de dilapider l'avantage qu'ils viennent d'acquérir... 

Tout commence par Busquets (décidément) qui sort de sa position et se fait éliminer. Les Che se trouvent à deux dans un rond central désert, en situation favorable, ce qui fait sortir le Masch de sa défense. A droite, Rakitic et Rafinha sont plutôt bien placés, mais totalement inattentifs à ce qui se passe dans leur dos. Et dans leur dos, il y a Gaia, qui va être lancé en profondeur pour attaquer la surface de réparation de ter Stegen. Piqué vient fermer mais le latéral gauche Valencian parvient à centrer. Sur qui ? Sur Munir, parti sans escorte du milieu de terrain (Busquets et Iniesta le regardent s’éloigner sans sortir leur lasso). Umtiti, qui était au contact de Joao Cancelo, se retrouve avec deux marquages à assumer, il switche sur celui de Munir, mais il est trop tard, il ne refera pas les 4 mètres de retard qui lui font défaut.

Busquets éliminé crée un appel d'air que Masch tente de colmater, laissant un courant d'air dans son dos. Inattentifs dans leur dos, Rakitic et Rafinha laissent partir Gaia.
Busquets éliminé crée un appel d'air que Masch tente de colmater, laissant un courant d'air dans son dos. Inattentifs dans leur dos, Rakitic et Rafinha laissent partir Gaia.
Piqué vient fermer sur Gaia, qui parvient à centrer. Busquets et Iniesta ne compensent pas la sortie de Masch et laissent partir Munir. Umtiti, à 1 vs 2, est trop court.
Piqué vient fermer sur Gaia, qui parvient à centrer. Busquets et Iniesta ne compensent pas la sortie de Masch et laissent partir Munir. Umtiti, à 1 vs 2, est trop court.

 

Coupable de nombreuses approximations / suffisances / inattentions (rayer les mentions inutiles - plusieurs réponses possibles), le Barça a fait preuve de beaucoup trop de relâchement, et donc de trop peu de sérieux, dans le domaine défensif face à Valence. Sa supériorité (dans le jeu mais aussi l'avantage numérique) lui a permis de gagner le match, mais à l'avenir, les Catalans ne pourront plus se permettre se genre de largesses. Face à Munir, ça tient de l'avertissement sans frais, mais prochainement ce seront Dybala ou Cristiano, et ça risque fortement de changer l'addition de la limonade.

 

 

Images : BeIn Sports

Photo : Source Twitter @fcbarcelona_fra 

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