Revue de lacunes

Eviscéré au Juventus Stadium, sur un air de déjà-vu du Parc des Princes, le Barça a une nouvelle fois compromis ses chances de Grandes Oreilles. Et fait face à ses limites. Les mêmes que l'on a pu diagnostiquer tout au long de la saison.

 

Evidemment, on ne va pas tarder à aller chercher le mot "remuntada" dans les tiroirs. L'avantage, c'est qu'on n'aura pas à fouiller bien longtemps. L'inconvénient, c'est que ça ne fonctionne que très rarement, donc, a fortiori, probablement pas deux fois de suite... Surtout, même si miracle il devait y avoir, cette nouvelle débâcle européenne confirme définitivement le niveau insuffisant de l'équipe d'Enrique dès que la pente s'élève. Comme un long inventaire de ses lacunes depuis le début de saison, le Barça a fait mardi soir étalage de tout ce qu'il ne sait pas, ou plus, mettre en oeuvre.

 

Jouer face au pressing

C'est une vieille constante de la saison. Dès lors que l'adversaire exerce une pression tout terrain, le FCB éprouve toutes les peines du monde pour sortir un ballon proprement. Mardi, jusqu'au but de Dybala, aucun Barcelonais n'a touché la moindre gonfle dans le camp bianconero. Surtout, faute de solutions courtes et claires, le ballon a irrémédiablement fini son circuit de passes dans les chaussures colorées de ter Stegen. L'Allemand, largement moins inspiré qu'à l'accoutumée, a rendu un wagon de ballons à l'adversaire, précipitant ainsi les vagues offensives sur sa cage. Sur la durée du match, la Juve a alterné phases de pressing intenses et positionnement en bloc bas. Mais à chaque séquence de pression, le Barça s'est retrouvé en manque d'oxygène. Evidemment, dans ce genre de situation, l'absence de Busquets devant la défense est un lourd handicap.

 

Remplacer Busquets

C'est LE poste qui n'a pas été doublé lors du mercato estival. Et c'est dans des soirées comme celle-ci qu'on prend toute la mesure de ce raté. Une nouvelle fois, Mascherano n'a pas réussi à s'en sortir en tant que sentinelle. Trop limité techniquement pour faire office de plaque tournante et rampe de lancement (mais on était déjà au courant), l'Argentin n'a aucunement aidé à fluidifier les sorties de balle de son équipe. Comme en témoigne sa Passmap en première mi-temps (cf ci-dessous, avant qu'il ne recule en défense à la pause), el puto jefe n'a pas, ou si peu, effectué la moindre passe vers l'avant. Habituellement, le Masch compense à la grinta et récupère un nombre incalculable de ballons. Pas mardi soir, où il a passé la soirée à l'envers, notamment à la chasse au Dybala, qui lui a fait l'amour toute la nuit.

La première mi-temps de Masch au poste de sentinelle. Quasiment que des passes latérales ou en retrait, et donc, aucun poids sur la construction du jeu (source fcbarcelona.fr)
La première mi-temps de Masch au poste de sentinelle. Quasiment que des passes latérales ou en retrait, et donc, aucun poids sur la construction du jeu (source fcbarcelona.fr)

 

Défendre au contact

Autre vieille rengaine de la zaga catalane, l'absence d'impact au contact du porteur a une nouvelle fois sauté aux yeux face à la Juve. Et permis royalement à Dybala d'y aller de son doublé en première période, en toute liberté. Ses deux buts illustrent à merveille la faillite dans le comportement défensif des Blaugrana.

L'ouverture du score permet de mettre en lumière la première défaite tactique de Luis Enrique. Son 3-4-3 n'était pas armé pour se protéger sur les ailes, notamment à droite où Mathieu aurait déjà eu du mal face au seul Cuadrado, s'il n'avait aussi eu à gérer les dézonages répétés de Dybala dans son couloir. Comme on peut le voir sur l'action entraînant le premier but (comme un éléphant dans un couloir), le ballon est encore à gauche mais Cuadrado est déjà en position très dangereuse, isolé à droite. Mathieu ne peut pas aller le chercher dès le début de l'action, il doit rester solidaire de son bloc défensif pour ne pas ouvrir un boulevard dans l'axe. Lorsque le Colombien est trouvé en position de débordement, le grand Jérème vient fermer mais, par peur de se faire éliminer, reste à une distance de 2-3m, sans cesse sur les talons en train de reculer. Sans trop de difficulté, Cuadrado peut transmettre à Dybala. Mathieu a simplement fait opposition mais n'a pas gêné la passe.

Dès le départ de l'action, Cuadrado se trouve démarqué et en position dangereuse. Il bénéficie de trop de liberté (source fcbarcelona.fr)
Dès le départ de l'action, Cuadrado se trouve démarqué et en position dangereuse. Il bénéficie de trop de liberté (source fcbarcelona.fr)
En position mais pas assez agressif et au contact, Mathieu ne gêne aucunement la transmission de Cuadrado (source fcbarcelona.fr)
En position mais pas assez agressif et au contact, Mathieu ne gêne aucunement la transmission de Cuadrado (source fcbarcelona.fr)

 

A la réception de la passe, Dybala navigue dans l'espace libre, entre Piqué et Iniesta-Neymar qui sont revenus défendre. Tous trois sont bien placés, mais là aussi leur manque d'agressivité est fatal. Aucun d'entre eux ne sort sur l'Argentin pour empêcher ou contrer sa frappe. Alors qu'il reçoit le cuir dos au but, il a le temps (OK, et le talent aussi) de se retourner pour trouver le petit filet opposé. Passivité quand tu nous tient...

Entouré par Piqué, Neymar et Iniesta, Dybala ne se voit chargé par aucun d'entre eux, et a le temps de se retourner pour frapper (source fcbarcelona.fr)
Entouré par Piqué, Neymar et Iniesta, Dybala ne se voit chargé par aucun d'entre eux, et a le temps de se retourner pour frapper (source fcbarcelona.fr)

 

Second but, et les manquements sont encore plus criants. Alors que Mandzukic déborde sur la gauche, Mascherano est à la rue et oublie complètement Dybala plein axe. El Jefecito essaie de refaire son retard mais il part de trop loin, lorsque le ballon arrive dans les pieds de Paulo le magnifique (sauf la cup de cheveux), il a déjà la liberté de pouvoir reprendre, sans contrôle ni opposition. Face à lui, l'attitude de Piqué et Umtiti est aussi coupable. Certes ils restent concentrés sur le voisinage d'Higuain, mais ils reculent vers leur but au lieu de sortir pour gêner la frappe. La encore, un souci entre la marche avant et la marche arrière...

Tout le monde est en place dans la défense du Barça. Sauf Mascherano (même pas sur la photo !!!) qui laisse un océan de liberté à Dybala (source fcbarcelona.fr)
Tout le monde est en place dans la défense du Barça. Sauf Mascherano (même pas sur la photo !!!) qui laisse un océan de liberté à Dybala (source fcbarcelona.fr)
Lorsque Masch revient au contact, Dybala a déjà frappé. Piqué et/ou Umtiti auraient dû jaillir vers l'avant pour gêner ou contrer la frappe (source fcbarcelona.fr)
Lorsque Masch revient au contact, Dybala a déjà frappé. Piqué et/ou Umtiti auraient dû jaillir vers l'avant pour gêner ou contrer la frappe (source fcbarcelona.fr)

 

Défendre sur corner

On en a longuement parlé tout au long de ces dernières semaines (ici et , notamment), le Barça s'est mué en une proie facile sur coups de pied arrêtés. Face à la Juve, les Catalans ont encore encaissé un but. Comme on l'a souvent déploré, outre Piqué et Suarez qui couvrent une zone et jouent réellement le ballon, les autres joueurs au marquage ont tendance à être plus spectateurs qu'acteurs de leurs duels. Sur le but de Chiellini, Mascherano (encore lui, ce n'était décidément pas sa soirée) s'occupe plus du maillot de son opposant que de la course du ballon. On se demande même s'il y a jeté un oeil. Au final, malgré l'avantage de taille du défenseur Italien, son coup de tête victorieux n'a pas lieu dans la stratosphère mais plus près du plancher des vaches, à une altitude totalement jouable pour Masch s'il s'était donné la peine de jouer la trajectoire.

Plus globalement sur le sujet - sensible - des corners, le Barça maintient son rang de mauvais élève, et garde le bonnet d'âne qui va avec. D'après The Numbers Game (de David Sally et Chris Anderson), que je n'ai évidemment pas lu mais il va falloir que je m'y mette, un but est inscrit tous les 60 corners environ (soit un tous les 10 matches, à raison de 5-6 corners obtenus en moyenne par une équipe). Soit un peu moins de 2% de réussite.

En se repenchant sur les dix dernières rencontres des Catalans (depuis le match au Calderon face à l'ATM), le Barça a concédé seulement 33 corners, mais a subi 4 buts (La Corogne x2, Valence, Juve), soit plus de 12% de réussite pour ses adversaires. Et encore, on ne compte pas les deux buts encaissés sur la même période sur coups-francs indirects (PSG, Atlético), dont celui face aux Colchoneros qui peut être considéré comme un corner ouvert.

Pour mettre en perspective, offensivement, les Blaugrana ont obtenu 69 corners dans ce laps de matches (soit presque 7 de moyenne par match, ce qui est supérieur au ratio moyen) et ont inscrit deux buts (Umtiti face au Celta, Messi face à Séville), dont un à la suite d'un corner "à la rémoise", qui avait plus la tête d'une action de jeu que d'un coup de pied de coin traditionnel.

 

Etre efficace

Luis Enrique et sa fine équipe sont rentrés de Turin avec la valise passablement chargée de ce lourd 3-0. Pourtant, à y regarder de plus près, le Barça a eu plus d'opportunités que la Juve (cf. Expected Goals ci-dessous). Au final, le rapport de force des buts supposés penchent du côté barcelonais, avec des ratios de 1,2 contre 0,92. A la lumière de ces chiffres, le Barça n'avait que 25% de chances de perdre le match... alors de là à le perdre par trois buts d'écarts, il fallait vraiment y mettre du sien.

 

La Juve prend trois buts d'avance en ne compilant même pas 1 but en termes d'Expected Goals (source 11Tegen @11tegen11)
La Juve prend trois buts d'avance en ne compilant même pas 1 but en termes d'Expected Goals (source 11Tegen @11tegen11)

 

Dans le détail, la Juve a surtout été dangereuse dans le premier quart d'heure de chaque mi-temps. Elle a triomphé dans la maximisation de ses temps forts, en scorant deux fois au bout de trois grosses occases, et en clôturant la marque au terme de son unique poussée en seconde période. Il est notable de constater l'encéphalogramme plat de leurs occases après le troisième but.

Côté culé, bien entendu, l'efficacité offensive a plombé l'équipe et ses chances de qualifications au retour. Le contenu n'a pas été si mauvais, surtout après la pause, et le Barça aurait du faire le voyage retour avec au moins un but inscrit au compteur.

Comme à Paris, le tournant du match se situe à 1-0. Gomes avait butté sur Trapp, cette fois c'est Iniesta qui ne parvient pas à tromper Buffon sur une occasion monumentale aux 6m. En moins d'une minute, ce potentiel 1-1 se transforme en 2-0, et la face du monde en est changée. En seconde mi-temps, le FCB a campé dans le camp piémontais, accumulant les situations plus que les occasions franches. Mais Suarez aurait dû lui aussi tromper Buffon. 

Outre l'efficacité, comme à Paris le Barça a failli et laissé le scenario tourner en faveur des Juventini. Une équipe comme celle d'Allegri ne demande rien de mieux que de mener au score, il est donc impardonnable de lui offrir rapidement la possibilité de virer à 2-0 et de s'installer confortablement dans son canapé douillet.

 

L'exploitation des ailes

Visiblement, Luis Enrique ne dispose pas d'un GPS Tom-Tom dernière génération qui indique les zones d'embouteillage. Ses joueurs, notamment après la mi-temps, sont copieusement venus s'enferrer dans la densité axiale de la Juve. Les Italiens avaient musclé le centre du terrain, laissant volontairement de l'espace sur les ailes, un schéma défensif assez commun face au Barça, pas réputé pour être effeicace à la réception de centres dans la surface. Il y avait donc de la place dans les couloirs, mais les Blaugrana ne les ont pas exploités. Mathieu avait pourtant délivré un centre très dangereux pour Suarez au coeur du premier acte. De l'autre côté, Messi a étrangement passé les 45 premières minutes collé à la ligne (au moins au départ des actions), avec un Sergi Roberto qui se positionnait plus comme un milieu intérieur. Pour autant, les débordements ont fait défaut. En seconde, à 4 derrière, Sergi s'en est mieux sorti mais ses velléités sur le côté ont souvent péri du fait de la timidité des intentions de Rakitic. Victime une nouvelle fois du coaching de Lucho, Jordi Alba et son electricité n'auraient certainement pas fait de mal dans le dos de Dani Alves.

 

La liste des maux est longue, et a tendance à se répéter au fil des semaines, sans que le mister n'y trouve de parade. Au plus haut niveau d'exigence, le Barça n'est pas assez consistant, et pas assez efficace pour masquer ses lacunes. Sauf lors de la remuntada. Faut-il y croire une nouvelle fois ? L'espoir, c'est gratuit, alors allons-y. Mais ne misez peut-être pas votre PEL sur un nouveau retournement de situation.

 

 

Photo : Twitter @fcbarcelona_fra

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