Trois longs mois d'abstinence

La saison 2016-17 a rendu l'âme, dans la blanche euphorie d'une Duodécima qui a laissé les bouches amères et les idées maussades parmi la gent blaugrana. D'autant que nous entrons dans la période la plus désertique de l'année, un néant balloneux d'une quatre-vingt-dizaine de jours qui va paraître aussi long qu'un jour sans pain...

 

Le ballon rond pour la période 2016-17 peut désormais se conjuguer au passé, les émotions vont pouvoir être mises en stand-by pendant trois mois. Trois mois sans rencontre, sans l'attente excitée de voir Messi rentrer sur la pelouse, sans le stress permanent d'un scenario de match qui s'échappe à contre-courant, sans discussion de comptoir inspirée sur le niveau de jeu cauchemardesque des recrues de l'été dernier, sans commande du combo pizza-bière pour soigner gentiment son cholestérol, avachi sur un canapé rabougri par les précédents soirs de victoires. Toutes ces réjouissances ne sont plus disponibles en magasin, il n'y aura pas de réassort avant la mi-août,à part quelques matches entre amis qui ne vous donneront pas plus la chair de poule que la lecture de la dernière circulaire parue au Journal Officiel. Ajoutez à cela qu'il faudra supporter les railleries de vos accointances blanc-meringue, bien appuyées par la toute puissante bien-pensance médiatique française qui ne jure que par le double Z. On risque même d'entendre que Cristiano a un Maradona dans chaque orteil du pied gauche, et un Cruyff dans chaque orteil du pied droit. Fuyez le débat. Allez à la piscine.

 

Pour entretenir la flamme, comme un vieux couple qui bat de l'aile, il y aura bien les rumeurs de transferts, que vous devrez manipuler avec des pincettes, histoire de ne pas vous noyer dans un océan sans fond de rumeurs aussi incongrues que vendeuses de papier à encre. De quoi alimenter les comptes Twitter, les sérieux qui tournent sept fois leurs index sur les claviers azerty avant de pondre un commentaire, comme les autres, ceux qui ne sont pas à un retournement de veste près, ceux qui colportent chaque jour des ragots qui contredisent ceux de la veille. Entretenir son addiction au foot en lisant les petits messages de l'oiseau bleu, c'est quand même moins fandard qu'un une-deux Messi-Iniesta ou une passe de l'extérieur du pied dans le dos de la défense... Mais on le fait tous...

 

L'été aura bien quelques ersatz à proposer pour colmater le manque. Les tenues immaculées sur les verts tapis de Wimbledon, l'exquis goût de reviens-y d'un service-volée de Roger le Magnifique. Les aficionados de la pédale se rueront sur le bord des routes de France pour avoir le furtif privilège de voir passer devant eux, à 55 km/h de moyenne, un troupeau de cycliste en lycra moulant aux couleurs criardes. Certains transposeront leur passion du football pour un amusement digital, manette ou clavier en main, pour faire jouer les avatars de leur stars favorites ou commencer à penser leur onze-type pour leur prochaine fantasy. Le tout cloîtré dans l’appartement aux volets fermés pour combattre la chaleur estivale avant d’aller, peut-être, se dégourdir les jambes dans un Five à l’ambiance moite rappelant le hammam Souleyman Pacha. D'autres rapatrieront leur intérêt sur le raccourcissement non-négligeable de la longueur des jupes, à mesure que le mercure fait l'ascenseur dans le tube des thermomètres bon marché, attablés en terrasses à siroter des Perrier-grenadine qui mériteraient tout de même une dose plus conséquente de glaçons. Et une rondelle de citron. Enfin, la trêve estivale verra des passionnés délaisser leurs discussions préférées sur les possibilités d'animer offensivement un 4-4-2 en losange, pour switcher dare-dare sur leur science diffuse de la braise et la seule (l'unique !!) façon de maîtriser la cuisson des chipos (démonstration qui s'accompagne souvent d'une nécessaire désaltération à petites gorgées de rosé bien frais, quasi-glace - un petit producteur de l'arrière pays Provençal déniché lors des dernières vacances avec les minots...). C'est long, c'est long, un été sans rectangle vert, une année impaire qui nous prive d'Euro et de Coupe du Monde, qui tiennent toujours en haleine malgré une qualité de contenu souvent discutable. C'est long, et même si la pause est souvent bienvenue pour vos proches, qui retrouvent un accès normal aux programmes de télévision, vous aurez depuis bien longtemps coché sur votre application Calendrier les dates des deux Clasicos de Supercoupe qui inaugureront la saison. D'ici là, rien ne vous rassasiera. Ni les footings de bords de plage qui font luire vos torses plus ou moins sculptés, ni la vacuité toujours plus profondes des textes du dernier PNL, ni ce grand paquet de pop-corn un brin rassi pendant la projection d'un blockbuster américain à la finesse de scenario plus que douteuse. Vous tenterez de distraire votre esprit dans des festivals de théâtre de rue qui sentent la bière chaude, dans la lecture de cet excellent polar aromatisé à la Mafia, dans le calme reposant du bruit des vagues qui nappent un coucher de soleil sur la Méditerranée, dans les retrouvailles autour d'une longue tablée de vieux copains, verres qui tintent et blagues pas nécessairement finaudes. Mais rien - vraiment, rien - ne remplacera l'excitation d'un jour de match.

Le football entre dans sa grande parenthèse. Il ne nous tarde qu'une chose. Qu'il en ressorte.

 

 

 

Photo : source Twitter @fcbarcelona_fra

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