Dejan Stankovic, symbole de l'éclatement yougoslave

Dejan Stankovic. A la page Football du Guinness Book des Records, ce nom traine à côté des Dino Zoff, Lottar Matthaus et Just Fontaine. Tous ont une ligne statistique à leur nom. Pour Stankovic, il n’est pas question d’âge, de nombre de matchs ou de buts. Non, sa ligne est singulière et sort de l’ordinaire. Il est tout simplement le seul joueur de l’Histoire à avoir disputé trois Coupes du Monde avec trois sélections différentes. Tout cela à cause de l’Histoire récente de son pays d’origine, la Yougoslavie.

Dejan Stankovic, sous ses trois maillots
Dejan Stankovic, sous ses trois maillots

Dans un sport où il est assez rare de voir un joueur défendre deux sélections (voir ci-contre), il est improbable d’imaginer quelqu’un porter trois maillots différents dans trois Coupes du Monde. C’est pourtant le cas de Dejan Stankovic, à la faveur de la dislocation successive de son pays natal. Un parcours international qui dépeint à merveille les événements balkaniques qui verront passer, de 1990 à 2006, la région d’un seul pays fédéral à six états indépendants**, si on ne compte pas l’épineux statut du Kosovo. Une période traversée footbal-listiquement par Stankovic et bien d’autres joueurs qui ont vu leur carrière internationale changer au gré des déclarations d’indépendance.

 

Un vent d’indépendance qui va flotter sur les Balkans au début des années 1990, au sein d’une période de chamboulement est-européen entre chute du Mur de Berlin et fin du Rideau de Fer. Gérée par Tito depuis la Seconde Guerre Mondiale, la Yougoslavie commence son déclin en 1980 après la mort de celui-ci. Les nationalismes, jusque-là contenus et canalisés par l’aura du Maréchal, ressurgissent peu à peu jusqu’à l’éclatement en 1990. En 1991, la Macédoine, la Slovénie et la Croatie déclarent leur indépendance, suivies un an plus tard par la Bosnie-Herzégovine. Des indépendances acceptées par la communauté internationale mais pas au goût de la Yougoslavie qui envoie son Armée Populaire en Slovénie, Croatie et Bosnie-Herzégovine. Des guerres civiles qui dureront, dans les deux derniers pays, jusqu’en 1995.

L'Euro 1992 comme premier écho

Une situation politique qui fera écho sur le plan footballistique. Le premier fait est la disqualification de l’équipe de Yougoslavie en 1992 par l’UEFA, suite aux guerres civiles déclenchées par le pouvoir. Une suspension qui lui vaut d’être retirée de l’Euro 1992 suédois juste avant son démarrage, alors qu’elle y avait glané sa place en devançant les Danois dans leur poule de qualification. Ironie du sort, ce seront ces mêmes scandinaves qui brandiront le trophée Henri-Delaunay à la faveur d’une victoire finale sur les champions du Monde en titre allemands.

 

Dès lors, parallèlement à la reconnaissance par l’ONU des nouvelles nations, leurs fédérations vont s’activer pour intégrer l’échiquier footballistique continental et mondial. La Croatie, la Macédoine et la Slovénie vont obtenir leur intégration en 1992 et ainsi pouvoir participer aux éliminatoires de l’Euro 1996 anglais, celles du Mondial états-unien étant déjà planifié lors de leur affiliation. La Bosnie-Herzégovine, empêtrée dans la guerre civile, ne verra l’aval de la FIFA que quelques jours après la signature des accords de Dayton en décembre 1995, mettant fin à cette guerre. Avant d’y être affilié en 1996, juste à temps pour participer aux éliminatoires du Mondial français.

Les différentes affiliations
Les différentes affiliations

Très logiquement, ces nouvelles affiliations vont entrainer des changements de nationalités footballistiques pour quelques joueurs. L’analyse de l’effectif yougoslave du Mondial 1990 est une très bonne image du démembrement yougoslave.

Sur les 22 sélectionnés, 10 ne rejoueront pas en sélection nationale après 1992. 7 d’entre eux prendront leur retraite avant de revoir leurs nations, la République Fédérale de Yougoslavie (abrégée RF Yougoslavie par la suite) pour certains, la Bosnie-Herzégovine pour d’autres, reprendre les compétitions officielles. Parmi eux, côté bosnien, deux têtes sont connues du football français, Faruk Hadžibegić et Safet Sušić.

 

Sur les 12 autres, ils auront tous repris sous un autre blason, que ce soit avec la Bosnie-Herzégovine (Fahrudin Omerović), la Croatie (Robert Prosinečki, Alen Bokšić, Davor Šuker…) , la Macédoine (Darko Pančev…), la RF Yougoslavie (Dragan Stojković, Dejan Savićević…) ou la Slovénie (Srečko Katanec).

La Serbie et le Monténégro, deuxième dislocation

Cette génération est donc la première à vivre le changement de nationalité, officielle comme sportive. La seconde phase de la dislocation de la RF Yougoslavie va créer une nouvelle vague. En 2003, après de longues années de guerres civiles, la République Fédérale de Yougoslavie cesse totalement d'exister pour devenir la Serbie-et-Monténégro, avant que celle-ci ne se scinde, trois ans plus tard, en deux états indépendants : la Serbie et le Monténégro.Sur le même territoire, la nation kosovare se bat pour une indépendance encore non reconnue par l'ONU. Pourtant, en 2016, la fédération kosovare de football intègre coup sur coup l’UEFA et la FIFA.

 

Ces changements de début du siècle vont donc emmener de nouveaux changements de nationalité. Parmi eux, on dénombre notamment côté monténégrin l’ancien romanista Mirko Vucinic ou le monégasque Stevan Jovetić, passés tous deux en sélections de Serbie-et-Monténégro. On est aussi obligé de parler du cas de Branko Boskovic, qui a laissé un souvenir mitigé du côte du Parc des Princes. Le milieu de terrain a évolué pour trois sélections puisqu’il a démarré en RF Yougoslavie en 2002, sans pouvoir goutter à une phase finale de grande compétition.

Les parcours des joueurs au gré des changements de nationalités
Les parcours des joueurs au gré des changements de nationalités

Côté serbe, il y a plus fort que Branko Boskovic, le cas iconique de Dejan Stankovic, donc. A l’instar du monténégrin, lui aussi va revêtir trois maillots nationaux différents. Sauf que son niveau et celui de sa sélection sont autres, ce qui va l’emmener à jouer trois phases finales de Coupe du Monde sous trois bannières différentes, en étant capitaine sur les deux dernières éditions. Dans le détail, il joue pour la RF Yougoslavie en 1998, la Serbie-et-Monténégro en 2006 puis la Serbie en 2010.

 

L’ancien intériste (que les connaisseurs de PES6 auront forcément déjà croisé lors de partie avec l’équipe la plus cheaté de l’histoire des jeux vidéo) est donc le reflet parfait de l’histoire récente d’une des zones européennes les plus mouvementées des 30 dernières années. Comme le sien, le parcours de tous les yougoslaves est donc une leçon d’histoire pour ceux qui veulent se (re)plonger dans l’histoire récente des Balkans.

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